
Déformations professionnelles… Guerre en Iran : l’innombrable cohorte des bavards qui jugent des faits sans les connaître…
Par Dominique Jamet.

COMMENTAIRE – Cet article de Dominique Jamet, aussi bien écrit qu’à l’habitude, est paru le 14 mars dans Boulevard Voltaire. Les portraits, les tableaux de la situation et les présupposés géopolitiques y sont outrés et sans nuances. Voire, selon nous, erronés. En revanche, sa sortie – si justifiée – contre les bavards, professionnels de l’information et de la déformation, est réjouissante, salutaire, bienvenue. Sur la guerre en Iran, Dominique Jamet sacrifie au parti-pris majoritaire. Quant à son issue, qui suscite désormais surtout la perplexité après la phase initiale de certitude d’une victoire contre l’Iran, il nuance derechef sa réflexion en citant un « général de plateau » (sur LCI) : « Ce sera, dit le brave général, “Epic Furie” ou “Epic Connerie”. » (sic) On ne saurait mieux dire – JSF

À leur cal dans la main, on reconnaît aisément les derniers travailleurs de force, ceux qui triment et peinent dans les ultimes secteurs encore artisanaux de l’agriculture, de l’industrie et des services. Déformation professionnelle. Au poil qu’ils ont dans la main, moins immédiatement visible, les services de répression des fraudes qui les traquent (assez mollement) identifient parfois les parasites professionnels, ceux qui vivent, aux crochets de la collectivité, d’allocations familiales et d’assistance sociale. Mais il est une autre catégorie, moins nombreuse et plus favorisée, celle des professionnels de l’information et de la déformation qui ont pignon sur rue et rond de serviette dans les colonnes des journaux, sur les plateaux de la télévision, derrière les micros des radios, dans l’hémicycle de l’Assemblée, à la tribune des meetings. L’innombrable cohorte des bavards qui jugent des faits sans les connaître, des prétentieux qui analysent une situation sans disposer des bases sur lesquelles devrait reposer leur analyse, bref, des imposteurs qui parlent beaucoup en sachant peu, est incommensurable au petit nombre et incomparable à la retenue de ceux qui savent sans parler, qui agissent sans parader, et qui ont même le culot de frapper sans prévenir.
Les rieurs et ricaneurs médusés
À deux reprises, ces derniers mois, la force de la réalité et l’évidence du succès ont médusé les rieurs, ou plutôt les ricaneurs, les clabaudeurs, les sceptiques et les défaitistes. En tout cas un moment.
La première fois, c’était au tout début de 2026 lorsque, après des semaines et des semaines d’attente, d’apparente irrésolution, de supposées tergiversations, les forces spéciales des États-Unis, sans la moindre effusion de sang nord-américain ont frappé comme la foudre, cueilli dans son lit un Fidel Castro de troisième classe qui dormait sur ses deux oreillers et mis au pas, avec la capture facile de ce stalinien moustachu, son système de corruption, d’oppression et de basse police.
La deuxième fois – il y a moins de quinze jours, et cela semble déjà si loin –, c’était bien sûr le 28 février dernier, lorsque, après avoir savamment endormi et roulé dans la farine les négociateurs iraniens pourtant généralement tenus pour être les maîtres du noyage de poisson et du foutage de gueule, la coalition américano-israélienne surprenait dans son lit l’Assassin suprême, ce Guide au turban noir entre les dents, aux mains encore dégoutantes du sang de dizaines de milliers de victimes innocentes, et le tirait d’un repos trompeur pour mieux lui assurer le repos éternel avant de couper proprement, dans la foulée, la plus grande part des têtes de l’hydre islamo-bouchère.
Le monde stupéfait s’est incliné
La cause, quelques heures, au mieux quelques jours, a pu paraître entendue et gagnée, d’autant que du côté américain, où l’on avait décidé de laisser Israël régler de son côté, le plus vite et le plus discrètement possible, ses problèmes de proximité, il s’agissait essentiellement et seulement d’en finir avec la tyrannie la plus abominable de la planète, ce système islamiste né dans la violence, pour basculer aussitôt dans la tyrannie et qui ne table plus, pour se perpétuer, que sur la terreur et le massacre.
Dans un premier temps, le monde stupéfait s’est incliné devant de ce qui paraissait une deuxième démonstration, infiniment plus forte et plus éclatante que la précédente, de la puissance américaine et l’aube d’une suprématie revendiquée par Washington et reconnue par la communauté internationale. C’est à peine si la Russie et la Chine, théoriques alliées et protectrices du royaume des mollahs, balbutiaient quelques mots de solidarité avec Téhéran et de reproche au vainqueur présumé. C’est tout juste si, conjuguant la lâcheté et l’idiotie, les démocraties européennes osaient invoquer le droit international pour blâmer l’intrusion de l’alliance Trump-Netanyahou dans les affaires intérieures d’un pays souverain. Rien n’a changé depuis Munich, en 1938, quand les deux grandes puissances qu’étaient alors la Grande-Bretagne et la France s’inclinaient devant Hitler qui n’avait guère fait que violer le traité de Versailles, réarmer le Reich et annexer de fait un pays souverain.
Les lâches tremblent, les complices se manifestent
Les choses se sont singulièrement compliquées en quelques jours. Loin de plier et de composer comme le rapport des forces semblait le lui imposer, le régime aux abois a réagi comme l’Allemagne nazie, par de définitives déclarations et actions de guerre totale – Totaler Krieg, comme disait Goebbels. Perdus pour perdus, sachant parfaitement que leur défaite militaire se traduirait immédiatement par leur élimination politique et peut-être physique, les mollahs et leurs troupes de choc ont mis le feu à toute la région, pour commencer. Tapis dans leurs bunkers, les maîtres de l’Iran comptent sur la fidélité de leurs SS et de leurs SA – pasdarans et bassidjis – pour faire tête à leurs adversaires, au risque de s’abîmer dans un embrasement suicidaire. Oui, l’Iran était un plus gros morceau, plus dur et plus coriace que le Venezuela – ou Cuba ? Oui, comme Médée, les sectateurs d’un islam mortifère sont prêts à périr pourvu que le monde périsse avec eux. Dès lors, les lâches tremblent et les complices se manifestent. Sous la menace de difficultés très réelles et pourtant marginales, amplifiées par la spéculation, dans les deux sens du terme – l’affolement gagne les sphères gouvernementales de l’Europe. Il n’en a pas fallu davantage pour que certains oublient qu’il n’était pas, dans son principe, de guerre plus juste, plus saine, faudrait-il dire plus sainte, que celle qui oppose l’Amérique mobilisée par Trump et Israël, rassemblé bon gré mal gré derrière Netanyahou, à un État tueur en série qui, depuis quarante-sept ans, entend se doter de l’arme nucléaire pour détruire l’État hébreu et exterminer le peuple juif.
L’affaire s’avère plus difficile, plus délicate, plus incertaine que prévu. Du coup, les professionnels du bavardage, du commentaire et du « je l’avais bien dit » s’agitent, clabaudent et clapotent de Londres à Berlin et de Paris à New York. Quitte ou double pour le joueur de poker de la Maison-Blanche ? Comme le dit très justement le pittoresque général Yakovleff, habitué du plateau de LCI, qui pratique quotidiennement le rude franc-parler que l’on prête volontiers, pas toujours à juste titre, aux officiers supérieurs, les spectateurs du combat des gladiateurs – vous, moi, nous tous – attendent l’issue pour ovationner l’homme fort d’un Occident ressuscité ou pour baisser le pouce, comme dans les arènes sanglantes de Rome. Ce sera, dit le brave général, « Epic Furie » ou « Epic Connerie » (sic). On ne saurait mieux dire.o ■ o DOMINIQUE JAMET













La sortie peu originale de M. Jamet contre les bavards, ne justifie pas la lecture des outrances proférées, notamment , dans l’ignorance volontaire de 50 années de sanctions sadiques par les USA et ses vassaux.
Bavard toi-même !
«Dans un premier temps, le monde stupéfait [NE] s’est [PAS] incliné», car, pour devancer ce qu’avance Dominique Jamet, en réalité, ce qu’il appelle «le monde stupéfait» n’a jamais su savoir sur quel pied danser, ni quoi penser, dès lors que les circonstances n’ont pas été imposées par lui-même ; cependant, ce «monde» ne se prive évidemment pas de «bavarder».
Que l’on tâche de se rappeler deux ou trois «bavardages», dans les lesquels chaque bavard se complaisait dans le brocard à l’adresse de Trump, au chef que celui-ci annonçait mais ne faisait pas et que les Iraniens passés par les armes dans les rues de Téhéran et d’ailleurs ne pouvaient décidément pas compter sur ce satané Trump.
La réalité stratégique entend que l’on n’aille pas se mettre à livrer publiquement les tenants et les aboutissants de ce que l’on prépare ; mais les bavards ne consentent qu’à une seule chose : «être les “bien informés”» et, s’ils venaient à manquer d’informations à se mettre sous la dent, ce n’est que parce qu’il n’y en a aucune qui leur soit accessible et que, finalement, c’est d’un agité seulement qu’il est question. Et celui-ci va fatalement se casser les dents sur ce que eux, les bavardeurs trimardent à longueur de satisfactions verbales.
Et voilà que Trump les prend de court : il fait exécuter proprement et d’un seul coup un quarteron de généraux et de mollahs. Là, pour le coup, les bavards déglutissent en grimaçant et doivent bien reconnaître un peu quelque chose qui leur échapperait.
À ce moment-là, Trump parle de «quatre à six semaines» ; mais les bavards retiendront ce qu’il n’a pourtant pas dit et les bavards vont progressivement prétendre de plus en plus doctement que Trump aurait laisser entendre que «en quelques jours […]». Mais c’est que les bavards mentent, tout simplement. À moins qu’ils n’aient rigoureusement aucune matière grise dans le compartiment mnémotechnique de leur cervelle – sauf à ce qu’ils soient affectés d’une mauvaise foi impénitente…
Mais c’est qu’il faut avoir impérativement une opinion sur Trump et, si possible, aussi mauvaise que de raison, quoique «avec des nuances». Mais le Trump se moque des bavards, il les méprise et consent à leur donner la parole d’un bout d’index lors de conférences de presse, lors desquelles les bavards glapissent les uns sur les autres afin d’être bien certains que nul d’entre eux ne saurait être entendu distinctement. Et voilà que, le doigt sur la couture du pantalon, ils la ferment soudain au premier pointage du «président des États-Unis». Et celui-ci écoute alors attentivement, les yeux dans les yeux, la question, et il y répond rigoureusement. Du coup, ça la lui coupe, au bavard. Tant et si bien que les bavards baveux de l’outre-Atlantique de par chez nous ici, dans le poulailler d’télé subventionné par le Conseil constitutionnel aux ordres élyséens, se mettent à glapir, à caqueter que, décidément, on l’avait bien dit, ce Trump dépasse les bornes de la bienséance journalistique, et ce, parce qu’il déclare froidement et avance sans faux col ce qu’il estime devoir faire savoir.
Mais le problème tient surtout au fait que sa langue n’a aucun goût «boisé» de derrière les fagots, elle est plutôt verte.
En réalité, la seule question qui se pose à tout bavard plus ou moins bien intentionné est celle qui ose avouer n’avoir rien à disposition pour pouvoir anticiper quoi que ce soit, et ce, pour la bonne et simple raison que, en matière de stratégie guerrière, aujourd’hui, il faut impérativement tenir compte de la tendance aux bavardages intempestifs des commentateurs et, surtout, à ces diables de préjugés dont ils sont parfaitement incapables de s’affranchir : quelque sympathiques qu’ils puissent parfois être, la profession du bavardage logorrhéique les empêche d’admettre qu’ils ne savent pas tout «infusément» mais, tout au plus, quelques bribes, et confusément.
Moralité, «on compte les bouses à la fin de la foire». Attendons les «quatre à six semaines», pour commencer à avoir vaguement le droit de considérer Trump comme un possible fumiste vésanique. Et, qui plus est, la prudence voudrait que l’on se réservât un petit délai supplémentaire avant de bavarder trop à l’envi.
Enfin, pour donner un aperçu des facilités bavardes, observons les commentaires comparés avec l’Ukraine : comme quoi, dès le départ, la Russie devait «écraser» en deux coups de cuiller à pot et que, finalement, «l’Ukraine résiste». Mais c’est encore un fieffé mensonge : en effet, ce n’est pas l’Ukraine qui résiste, mais la coalition occidentale par Ukraine interposée. Sans cette coalition économique militarisée, il n’y aurait d’ailleurs tout simplement pas d’Ukraine au sens où les européistes se sont évertués à la faire exister.
Et c’est pareille comparaison que les bavards entendent imposer à la masse amorphe des auditeurs, «pour faire en sorte que» (comme ils formulent tous de manière abrutissante), en sorte, au passage, que lesdits auditeurs consentent à mettre un signe «égal» entre Poutine et Trump, le premier étant plus ou moins pire que le second (ou inversement).
Si Poutine l’emporte, de son côté, et Trump, du sien, alors, ces bandes de démocrates à la noix et de républicains satisfaits, à coup(s) sûr(s), s’étrangleront avec leur chapeau, bel et bien et, peut-être, une bonne fois, cette fois.