
Par Gabrielle Cluzel.
Protéger les enfants du privé, c’est bien. Protéger TOUS les enfants, c’est mieux.
Cet article est paru le 5 mars dans Boulevard Voltaire. Nous ne le commentons pas car notre accord est une évidence. JSF
C’est l’angle mort de cette campagne parisienne, l’éléphant dans le couloir dont on détourne pudiquement le regard : les agressions sexuelles dans le périscolaire. Peut-on parler de scandale d’État ? À tout le moins, d’un scandale municipal.
À Paris, les classes ferment, les familles fuient. Les prix de l’immobilier, les crèches saturées, soit. Mais ce qui donne réellement aux jeunes parents l’envie de courir à toutes jambes loin de cette ville, leurs enfants serrés contre eux, c’est la litanie glaçante des animateurs périscolaires accusés d’agressions sexuelles sur des tout-petits. On savait les jeunes – comme Philippine – et les adolescents – comme Élias – en danger dans les rues ; on découvre que les enfants de 3 à 5 ans ne sont pas davantage en sécurité à l’école.
Inertie et omerta
Les chiffres donnent le vertige : en trois ans, 52 animateurs suspendus pour violences, le plus souvent sexuelles. En 2025, quinze enquêtes ouvertes pour des faits commis en maternelle. Et déjà, en 2026, de nouvelles plaintes émergent, portées par des parents démunis face à ce qu’ils décrivent comme un mélange d’inertie et d’omerta. Certains avocats évoquent même des mécanismes de cooptation, des complicités tacites pour se retrouver seuls avec les enfants. Coïncidences troublantes : plusieurs mis en cause dans une même école.
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— BFM (@BFMTV) March 17, 2026
🎧 "Ils se couvraient les uns les autres pour être seuls avec des enfants": à Paris, les signalements d’agressions sexuelles se multiplient dans le périscolaire
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Ce ne sont pas des cas isolés, des « loups solitaires » passés (faute à pas de chance) entre les mailles du filet. Le problème est qu’il n’y a pas de filet. La mairie, accusée de déni, semble pratiquer la vieille politique de la patate chaude : on déplace, on recadre, on redonne une chance – comme s’il s’agissait d’un paquet de feuilles subtilisées à la photocopieuse. Avec, à la clef, des récidives. Le principe de précaution, si souvent brandi ailleurs, s’évapore ici.
Quand l’opposition demande une enquête globale, on répond qu’elle n’est « pas nécessaire ». Des investigations locales suffiraient. Circulez. Pourtant, dès 2015, un rapport interne pointait déjà une gestion « empirique » de ces affaires : procédures inexistantes, enquêtes non systématiques, locaux inadaptés. Dix ans plus tard, les mêmes constats, les mêmes recommandations. Et toujours la même inaction.
Pourquoi 2015 ? Parce que la réforme des rythmes scolaires, deux ans plus tôt, a ouvert une brèche. Il a fallu recruter en urgence, combler des heures, sans exigence réelle. Casier judiciaire vierge – quand il est vérifié – et rien d’autre. Des profils précaires, instables, parfois inquiétants, envoyés dans les écoles sans que les parents n’en sachent rien. Une aubaine pour les prédateurs. On a ouvert la bergerie.
Face au scandale, la mairie dégaine un « plan d’action ». Deux jours de formation. Qui peut croire qu’un prédateur devienne inoffensif après un séminaire ? Comme un air de ressemblance avec les stages de déradicalisation des djihadistes. La naïveté est parfois criminelle.
Et puis, il y a le silence. Ou, en tout cas, le service minimum. Là où certaines affaires déclenchent des tempêtes médiatiques, ici, c’est un filet d’eau tiède. Il ne faudrait pas gêner aux entournures Emmanuel Grégoire et sa réélection à la mairie de Paris.
Cela rappelle, mutatis mutandis, la minoration du meurtre de Sarah Halimi, en avril 2017, pendant l’entre-deux-tours de la présidentielle.
Sous-traitement médiatique
Pourquoi le drame Bétharram passionnait-il la presse mainstream et la gauche (qui sont deux cercles concentriques) ? Parce que c’était l’occasion de faire strike, toucher à la fois l’école privée et le Premier ministre. Ce n’est pas tant les victimes de la pédophilie qui intéressent que l’instrumentalisation que l’on peut en tirer. Comment expliquer autrement le sous-traitement médiatique et politique du drame du périscolaire ?
Le député LFI Paul Vannier prétendait, dans un entretien sur France Info, le 24 février, qu’il y avait un tabou autour de la question de l’école privée. Que c’était pourtant là que la violence se concentrait. Pour lui, il y avait la volonté de fermer les yeux sur les violences dans ces écoles pour protéger coûte que coûte leurs privilèges exorbitants.
Sans faire de surenchère dans les horreurs, preuve est apportée que ces dernières ne sont pas l’apanage du privé, loin s’en faut. En tant que catholique, je pourrais tomber d’accord avec lui sur le fait que ces écoles incriminées, quand elles sont chrétiennes, sont pires parce qu’elles devraient être meilleures, mais il serait quand même très injuste de concevoir la traque de la pédophilie de façon hémiplégique : protéger les élèves des écoles catholiques, c’est bien ; protéger TOUS les enfants, c’est mieux.
On m’objectera que Sophia Chikirou a demandé une commission d’enquête sur ce sujet parisien en décembre. Mais les faits ne lui ont néanmoins pas paru assez graves pour refuser une alliance. C’est même elle qui a tendu une main (qui lui a été refusée) à Emmanuel Grégoire. Paris vaut bien une bassesse.
Quand on pense qu’au prétexte de « protéger les enfants », l’État a interdit l’école à la maison et impose, dans les classes et le cadre du programme EVARS, des intervenants extérieurs dont on cache l’identité aux parents pour parler sexualité…o ■ o GABRIELLE CLUZEL
Gabrielle Cluzel
Écrivain, journaliste. Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste.














