
Une chronique qui se veut ironique – et qui l’est vraiment, fourmillant d’idées saugrenues et drôles. Parfois désopilantes. Moment de détente rafraîchissant dans le contexte politique sous tension. Une ironie parfois fondée sur des poncifs ou des options politiques sous-jacentes qui ne sont pas les nôtres, ou même y sont contraires. Même en un tel cas, Samuel Fitoussi rend compte de la situation avec esprit et intelligence des circonstances. Le lecteur de JSF en fera la critique si bon lui semble.
Par Samuel Fitoussi.
À propos de ces chroniques du Figaro, Christophe Boutin a écrit : « Fitoussi est toujours aussi bon. Mais là, c’est un vrai régal… Et le pire est qu’il n’est sans doute pas loin de la réalité ». Avis partagé. Cet article est paru le 21 mars. JSF

CHRONIQUE – Une semaine sur deux, Samuel Fitoussi pose son regard ironique sur l’actualité. Aujourd’hui, il dresse le catalogue des différents sociotypes d’électeurs dans la capitale.
L’électeur de Sarah Knafo. En responsabilité, vous choisissez d’œuvrer pour la parité en politique. Tandis que vos amis « de gauche » votent pour un vieux mâle blanc cisgenre, vous votez pour une femme jeune d’origine marocaine. D’ailleurs, en vrai progressiste, vous rappelez souvent que les droits des LGBTQIA+ (dont le bien-être est la première de vos priorités, n’est-ce pas ?) sont davantage bafoués en Seine-Saint-Denis que dans votre 16e arrondissement adoré, protégé des ravages du gauchisme. Preuve de votre ouverture : les week-ends, lorsque vous allez bruncher dans le 11e arrondissement, vous demandez à votre femme de porter le voile, par respect des valeurs locales.
L’intermittent du spectacle. Vous ne comprenez pas que certains Parisiens puissent rechigner à vous donner leur argent pour financer les pièces de théâtre sans public dans lesquelles vous les insultez. La culture subventionnée est l’âme de Paris, et elle est notre meilleure arme contre la haine. En allumant votre 17e cigarette roulée (pleine de goudron et d’ammoniac) de la journée, vous dites : une ville sans pollution, ce serait plus sain. Renouons avec la nature. Votons Emmanuel Grégoire.
L’électeur de Pierre-Yves Bournazel. Bien entendu que la vie sera insupportable lorsque les quartiers ouest où vous habitez ressembleront à la Seine-Saint-Denis. Mais vous avez fait le calcul, cela n’arrivera qu’après votre mort.
Le porteur de keffieh. Par opposition à l’entité sioniste, vous soutenez Chikirou ! Ne sachant pas lire, vous risquez de voter involontairement Dati.
La féministe intersectionnelle. Vous en avez assez de ne plus pouvoir prendre le métro la nuit à Paris à cause des dangereuses milices d’extrême droite qui rôdent. Vous espérez que Sophia Chikirou sera intransigeante avec les électeurs RN qui pourrissent la vie des Parisiens. D’ailleurs, pour combattre le retour du patriarcat et apporter un contrepoids bienvenu à la masculinité toxique occidentale, il faudrait penser à régulariser 10 millions d’individus sous OQTF.
Le bourgeois macroniste. Pressentant que la transformation de votre immeuble en logements sociaux pour migrants risquerait de faire chuter la valeur de votre bien, vous avez voté Rachida Dati au premier tour. Au deuxième tour, vous votez toutefois Emmanuel Grégoire pour combattre l’extrême droite (Knafo s’étant retirée en faveur de Dati). Par humanisme. En responsabilité.
Imaginez-vous si la droite était élue ? Paris risquerait de perdre ses délinquants, ses vendeurs à la sauvette, ses manifestants en keffieh Place de la République.
L’électeur d’Emmanuel Grégoire en lutte contre le laxisme judiciaire. Qu’attend la mairie pour construire enfin des prisons ? Il faut absolument enfermer ceux qui menacent vraiment la collectivité : les fraudeurs fiscaux.
L’électeur enthousiaste de Sophia Chikirou. Ah, il y a des élections dimanche ? C’est en passant devant votre salle de shoot, exceptionnellement transformée en bureau de vote, que vous vous en êtes souvenu.
L’électeur de Raphaël Glucksmann. Vous êtes de gauche (car c’est important de l’être), mais vous combattez LFI. Vous regrettez les compromissions du PS, d’EELV, du PC, de NPA, de Lutte ouvrière et de Révolution permanente avec LFI, mais vous savez que ces partis ne représentent pas la vraie gauche. Et puis en 2022, en 2023, en 2024, en 2025, et en 2026, ces compromissions étaient le résultat de dérapages temporaires, toujours liés à de malheureux concours de circonstances : c’en est désormais fini, la gauche républicaine va renaître de ses cendres, grâce à l’épaisseur philosophique d’Olivier Faure et la subtile maîtrise économique de Marine Tondelier. D’autant que la dynamique démographique est favorable à cette gauche : en Seine-Saint-Denis, les cours d’empathie en maternelle ont réparé la machine à fabriquer des Français. Fort de cette certitude, vous votez pour Emmanuel Grégoire. Pour une gauche citoyenne et écologique.
L’électeur d’Emmanuel Grégoire qui souhaite que Paris reste Paris. Imaginez-vous si la droite était élue ? Paris risquerait de perdre ses délinquants, ses vendeurs à la sauvette, ses manifestants en keffieh place de la République, ses déséquilibrés brandissant des couteaux dans le métro, ses quartiers islamisés, ses murs de protection autour de la tour Eiffel. On ne change pas l’identité d’une ville comme ça. Les peuples ont le droit à la continuité historique.
L’écoanxieuse (à ne pas confondre avec le démo-anxieux ; celui qui craint le grand remplacement). Cette élection est celle de la dernière chance pour la planète. Si la mairie de Paris n’augmente pas la taxe foncière pour financer un 47e Observatoire de la justice climatique, l’humanité court à son effondrement systémique sous le poids de ses contradictions productivistes.o ■ o SAMUEL FITOUSSI

Samuel Fitoussi, « Pourquoi les intellectuels se trompent » aux Éditions de l’Observatoire.












