
« D’un mort, si vous ne pouvez pas dire de mal, ne dites rien ». Ça tombe bien, j’ai quelques petites choses en travers de la gorge. Donc je vais en dire du mal. Pour réfuter quelques-uns des lieux communs que l’on va entendre.

Rubrique : nécro.
« De mortuis nihil nisi bonum » ? Et puis quoi encore, sûrement pas !
Alors comme ça Lionel Jospin est mort et c’est longues déplorations dans la fausse gauche. Vous me direz, de la vraie, il ne reste pas grand-chose. On va me répondre qu’il y a bien Mélenchon. Peut-être, peut-être, mais Lionel Jospin, quoique trotskiste lambertiste comme Mélenchon, n’était pas de gauche, lui.
Comme d’habitude, on va se confronter au triptyque qui s’impose à la mort d’une personnalité.
Soit adopter la position des Romains qui disaient que des morts on ne peut dire que du bien (de mortuis nihil nisi bonum). C’est commode et profondément hypocrite.
Et il y a Voltaire qui nous disait : « nous devons des égards aux vivants, aux morts nous ne devons que la vérité ». Simplement, la civilité ordinaire veut que l’on attende quelques jours.
Enfin il y a mon cher Westlake pour lequel : « d’un mort, si vous ne pouvez pas dire de mal, ne dites rien ». Ça tombe bien, j’ai quelques petites choses en travers de la gorge. Donc je vais en dire du mal. Pour réfuter quelques-uns des lieux communs que l’on va entendre.
Lionel Jospin était honnête.
Ah bon ? Rappelons d’abord qu’il fut premier secrétaire du parti socialiste au cœur des années fric où le financement du PS reposait essentiellement sur la corruption des institutions et des hommes. Ce qu’il savait parfaitement et couvrait. Quand il ne fut plus possible de le cacher, c’est Henri Emmanuelli qui paya pour les autres, et encore pas cher. Ensuite, ce poste de premier dirigeant fut occupé alors même qu’il appartenait clandestinement à une autre organisation politique (les trotskistes lambertistes), de même que lorsqu’il exerçait des responsabilités ministérielles nationales. En termes de probité et de transparence vis-à-vis des Français qui lui faisaient confiance, on a vu mieux.
Lionel Jospin était de gauche.
Ah bon ? C’est pour cela qu’en tant que Premier ministre, il a été le plus grand privatiseur de l’histoire de France, larguant par-dessus bord, et souvent à vil prix, le patrimoine national au privé ? Et on se rappelle sa phrase terrible aux ouvriers en lutte pour préserver leur emploi : « l’État ne peut pas tout ». C’est parfaitement exact : l’État néolibéral que les socialistes ont installé dans notre pays, non seulement ne peut pas « tout » pour aider les salariés face au Capital, mais en fait, pour Jospin, il ne pouvait rien. Priorité à l’argent.
Lionel Jospin pratiquait la solidarité internationale.
Ah bon ? C’est pour cela qu’il a dû subir le caillassage des étudiants palestiniens de Bir Zeit, outrés de la justification qu’il donna à l’apartheid israélien dans les territoires occupés ? Et finalement, le pire du pire : en 2003, pendant que Jacques Chirac sauvait l’honneur de la France en refusant de participer au crime de George Bush et de son camarade de l’Internationale socialiste Tony Blair avec l’agression de l’Irak, Lionel Jospin envoyait discrètement François Hollande, alors premier secrétaire du PS, et Pierre Moscovici à l’ambassade américaine pour faire part de son désaccord avec la position de la France, et que lui, président, il les aurait accompagnés. Fort heureusement, deux ans auparavant, les électeurs français bien avisés nous avaient évité la catastrophe en le renvoyant à ses chères études. Il les interrompit de temps en temps pour prendre, alors qu’on ne lui demandait rien, systématiquement les positions les plus pourries. La dernière en date étant, glorieusement, le soutien à l’agent américain Raphaël Glucksmann.
On arrêtera ici l’oraison funèbre de quelqu’un qui fut une des pierres angulaires de la trahison néolibérale du parti socialiste, dont nous payons encore lourdement les conséquences. o ■o RÉGIS DE CASTELNAU
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Régis de Castelnau…
est un avocat français à la retraite, devenu une figure identifiée du débat public via son blog et sa chaîne YouTube.
Il s’inscrit dans une tradition de critique politique et médiatique assumée, revendiquant une lecture souverainiste et républicaine des affaires publiques.
Son propos se distingue par une solide culture juridique et historique, qu’il mobilise pour analyser institutions, conflits internationaux et fonctionnement des médias.
Il adopte un ton volontairement polémique, cherchant moins le consensus que la confrontation argumentée.
Cette posture lui vaut une audience fidèle, sensible à son discours de rupture avec les narratifs dominants.
Ses analyses, même contestées, participent à la pluralité des points de vue dans l’espace public. Il apparaît ainsi comme un observateur engagé, plus commentateur critique que prescripteur politique.
Note établie par recours aux archives sur la toile.












