
Cette chronique est parue dans Le Figaro de ce samedi 28 mars. Si notre commentaire est souvent fait pour contredire, controverser, il sera bref, ce jour. C’est nettement ici la Révolution française, son idéologie, son histoire et sa perpétuation jusqu’à nous, ses grands principes annihilisteurs qui sont mis justement en cause, comme origine même de nos maux actuels. Que dire d’autre ? Qu’en conclure ? Remontent à notre mémoire les dernières lignes par lesquelles Charles Maurras, en 1901, clôture L’Avenir de l’intelligence. Elles montrent un chemin. Les voici : « Devant cet horizon sinistre, l’Intelligence nationale doit se lier à ceux qui essayent de faire quelque chose de beau avant de sombrer. Au nom de la raison et de la nature, conformément aux vieilles lois de l’univers, pour le salut de l’ordre, pour la durée et les progrès d’une civilisation menacée, toutes les espérances flottent sur le navire d’une Contre-Révolution. » — JSF
Par Mathieu Bock-Côté.
CHRONIQUE – Pour comprendre le concept de « nouvelle France » défendu par La France insoumise, il faut remonter à la Révolution française, qui a acté le passage d’une patrie identitaire et enracinée à une patrie philosophique et idéologique.

Jean-Luc Mélenchon prêche désormais ouvertement pour la « nouvelle France », celle issue du « grand remplacement », ce sont ses mots, autrement dit, de la submersion migratoire. Mais ce serait faire erreur de la réduire à cela. Il faut inscrire ce concept dans une histoire bien antérieure à LFI, et remonter à la Révolution, son véritable point de départ, avec la répudiation de la France millénaire, et son remplacement par une France nouvelle, universelle, fondée sur le culte des droits de l’homme, s’offrant à l’humanité entière. On y verra le passage d’une patrie identitaire et enracinée à une patrie philosophique et idéologique.
La République révolutionnaire n’aura de cesse d’effacer la France antérieure dans une vaste entreprise d’épuration philosophique inaugurée par la guerre de Vendée et culminant avec la proclamation de la laïcité au début du XXe siècle. Mais le vieux fond d’un pays remonte souvent à la surface. Une nouvelle identité synthétique, puisant dans les sources prérévolutionnaires et révolutionnaires de la France, prendra forme alors. On notera toutefois que tout ce temps, la France n’a pas changé de substrat démographique, de peuple historique.
Avançons de quelques décennies. La France connaîtra avec les années 1960, et surtout 1970, une nouvelle secousse, avec la grande vague de la contre-culture, qui la poussera, comme tous les autres pays occidentaux, à répudier son héritage, même à le maudire – ce mouvement s’accentuera dans les années 1980 avec la réduction progressive de l’histoire de France à ses pages noires, qu’il s’agisse de son histoire impériale ou de la Seconde Guerre mondiale, réduite à la collaboration. Le patriotisme devient un péché.
Au même moment, la France se découvre frappée par l’immigration de masse et SOS Racisme fut le premier mouvement, quoi qu’en disent ceux qui réécrivent son histoire, à plaider pour une forme de conscience raciale révolutionnaire. Ce qu’on appelle pudiquement le communautarisme surgit alors et ne cessera de s’étendre. La fameuse France « black blanc beur » de 1998, contrairement à ce que certains voulurent croire à l’époque, marquait moins l’heure de l’identité heureuse que la racialisation officielle de la symbolique française.
Radicalisation d’un processus de désincarnation identitaire
Au cours de ces années, d’ailleurs, la France est passée de l’assimilation à l’intégration, puis à l’insertion, et ce n’est plus à un corps social et politique culturellement caractérisé qu’il fallait se fondre, mais à une série de « valeurs ». C’est d’ailleurs dans cette séquence, à partir des années 2000, en fait, que la référence à la France s’effacera devant celle à la République européenne, comme si, de nouveau, le pays entendait départiculariser son identité et en faire une promesse pour l’humanité entière. La sacralisation du droit d’asile en est la conséquence.
C’est dans ce contexte que LFI se présente comme le vecteur d’un 1793 permanent. La « nouvelle France » de Jean-Luc Mélenchon repose à la fois sur la radicalisation d’un processus de désincarnation identitaire qui remonte à la Révolution, mais aussi, d’accueil béat d’un peuple nouveau, venu par l’immigration, qui vient balayer, dans son esprit, les derniers restes du vieux pays. Il importe d’abord, devant le nouveau peuple, de battre sa coulpe. Il le fera en maudissant à plusieurs reprises les « anciens Français », « tout moches, tout blancs ».
Le vide appelle le plein, la République désincarnée appelle un nouveau substrat démographique. Jean-Luc Mélenchon l’accueille de manière béate comme s’il guettait, au loin, un conquérant libérateur pour lui ouvrir de l’intérieur les portes de la cité. L’ethnomasochisme culmine dans le nationalisme étranger. Évidemment, le passage d’un monde à l’autre n’est jamais tout à fait agréable, comme on l’a vu avec l’expulsion violente des anciens maires de leurs mairies.
Saint-Denis, terre historiquement et symboliquement chargée, devient la capitale de la « nouvelle France ». Ce n’est pas neutre. Elle annonce par ailleurs la formation, tôt ou tard, d’une constellation de républiques ethnosoviétiques. Le pouvoir nouveau s’affirme sans gêne. Bally Bagayoko, l’éloquent maire de Saint-Denis, invite ainsi ceux qui s’installent dans sa ville à s’assimiler à son histoire, à son identité, à sa population historique. L’assimilationnisme reprend ses droits, pour peu qu’il s’inverse et serve à dissoudre les derniers restes du vieux peuple français.
L’universalisme républicain, hélas, devient un élément du folklore germanopratin. Ses assises sociologiques se sont effondrées. Les plus cyniques diront que la révolution arrive à son point d’aboutissement et peut enfin crier victoire. o ■ o MATHIEU BOCK-CÖTÉ

Les Deux Occidents, Mathieu Bock-Côté, La Cité, 288 p., 22 €. sdp












Merci à Mathieu Bock Coté pour ses analyses toujours passionnantes, mais ici merci à lui plus particulièrement pour mettre une minuscule à cette « nouvelle » France mélenchoniste! .
Pour tous les descendants français du Canada français il n’y a et il n’y aura jamais qu’une seule « Nouvelle France » celle découverte par Jacques Cartier en 1534 puis fondée par Samuel de Champlain en 1608 avec la construction d’un petit fort sur le site de ce qui deviendra Québec.
Les imprimés officiels venant de France portaient tous comme en tête « La Nouvelle France dite vulgairement Canada »
Vulgairement dans le sens de communément
Le mot Canada est la transcription phonétique des Français en entendant un des jeunes amérindiens amenés en voyage en France, lorsque le bateau qui le ramenait chez lui, remontait le Saint Laurent apercevant la bourgade de sa tribu, s’était écrié Ganata-ha, c’est à dire sa bourgade/ son village … Par la suite les Français gardèrent ce nom pour désigner toute la région .
Bravo pour cette vision des choses.
En France, nous sommes pris dans un tourbillon de l’esprit depuis la révolution. Le récit historique de la république nous a orienté vers ce que prône le sieur Mélanchon qui puise ses idées dans Robespierre.
En effet, qui des pieux Français pleure les décapités nobles ou roturiers de 1793. Qui s’offusque que l’on ait coupé le tête du roi et de la reine, d’avoir tué son fils. Le mensonge républicain n’a pas fait pleurer dans les chaumières tant l’histoire des révolutionnaires a été bien élaborée. Par contre elle a fait peur à tous les pays Européens, qui nous observent encore avec un doute sur notre capacité de vivre en humains responsables ou encore soumis à la folie tueuse.
Pour vivre en communauté il faut et il a toujours existé une pensée de l’esprit.
Depuis l’antiquité nos ancêtres , parce qu’ils étaient des humains pourvus d’un esprit, ont acceptés de penser d’abord à des dieux, puis à un seul. Les révolutionnaires ont repoussé cette croyance pour imposer une nébuleuse pensée universelle dite des « droits de l’homme ». Quel droit, puisque l’homme possède justement un esprit qui le pousse à chercher la réponse de sa présence dans cet atmosphère, dans ce cosmos en expansion et sur cette terre remplie d’eau. Ce n’est pas lui qui a fait cet ensemble , alors qui?
C’est philosophiquement ce qui oppose les vrais hommes, des révolutionnaires qui pour imposer leur pseudo philosophie deviennent des terroristes tueurs d’humains.
Par paresse d’esprit, oui nous sommes encore en 1793.
Une méconnaissance totale de l’histoire de la France dans cette chronique échevelée sans fondements. La France, c’est la diversité absolue aux mille dialectes et cultures. Un retour sur les bancs d’écoles devrait être nécessaire pour cet immigré canadien.
Ne pas confondre «dialectes» et langues régionales, s’il vous plaît ! Quant à l’«Histoire», pour la France et le Saint-Empire romain germanique, vulgairement, dit «Europe») elle est chrétienne, un point c’est tout ! Et, pour la «culture», plus précisément, catholique – foin des luthérianisme, calvinisme, anglicanisme et autres francs-macs «anciens et acceptés».
Si l’on a les cordes vocales et neuronales bien accrochés à sa langue, à son Histoire, à sa culture, assurément, sera-t-on capable de vibrer à la tonalité des langues, Histoires et cultures des voisins, pour peu que ceux-ci fussent ancrés dans les leurs et qu’ils ne leur eussent pas pris fantaisie de les galvauder en-dehors de leurs campagnes.
On m’objectera l’Espagne ; sans doute, mais ce fut affaire d’opération conquérante. Vanter l’Espagne dite «des trois religions» revient à glorifier les conquêtes guerrières d’origine… Ma foi, pourquoi pas, mais à ce compte-là et pour faire bonne mesure, il faudra glorifier les «colonisations» – je n’y suis guère enclin.
La «diversité absolue» ne saurait exister nulle part ailleurs que là où il n’existe plus rien qui vaille, et cela consiste tout bêtement en «anarchie». À propos d’arnarchi[sm]e, il me repasse par la tête cette anecdote, autour des années 1848, en Suisse : Richard Wagner avait prié son ami, révolutionnaire et philosophe libertaire, Michel Bakounine à un concert qu’il dirigeait ; après celui-ci, Bakounine vint à Wagner, enthousiaste, et lui déclara, «après la révolution, nous détruirons toute la musique bourgeoise, sauf la neuvième symphonie de Beethoven !»
Les ignorants veulent évidemment révolutionner tout ce qu’ils ignorent, c’est pourquoi il faut tenir les ignorants à distance et confier à ceux qui connaissant le soin de «conserver».
Que les ignorants cessent de jacasser à la seule lumière de ce qu’ils ont entendu «dans l’poste», religieusement sermonné par leurs semblables analphabètes.
Je ne confonds absolument rien. Merci.