
Par Alexandre Devecchio, pour Le Figaro Magazine.
C’est un article paru hier, 16 avril. Alexandre Devecchio y remet les pendules à l’heure, démentant en de courtes lignes la présentation jubilatoire des médias dominants de la défaite de Viktor Orban, laquelle était d’ailleurs annoncée depuis beau temps. Un triomphalisme médiatico-politicien assez sot, mal informé comme souvent et déformant comme toujours, au gré des pulsions systémiques serviles, qu’Alexandre Devecchio remet en place comme il se doit. L’article est bref, comme en écrivent les journalistes de métier qui veulent être lus, mais il nous semble dire l’essentiel — qui puisse être compris d’un vaste public. — JSF
LA BATAILLE DES IDÉES – Pas plus que celle de Trump hier, la défaite d’Orbán ne signifie la fin du mouvement populiste. Il ne faut pas confondre un revers électoral avec une disparition politique.

Viktor Orbán a reconnu sa défaite avant même l’achèvement du dépouillement des bulletins de vote, ajoutant avoir félicité son opposant Péter Magyar. Preuve, s’il en fallait une, qu’il n’est pas le dictateur que ses adversaires et que la plupart des observateurs voulaient nous faire croire. Il aurait été paradoxal que le dirigeant hongrois, qui a fondé toute sa politique sur le principe de souveraineté, ne s’incline pas devant le verdict des urnes. En vérité, sa démocratie illibérale n’était pas moins démocratique que le « progressisme autoritaire », que certains à Bruxelles voudraient imposer au mépris du fait majoritaire.
Pour autant, la défaite d’Orbán est nette et incontestable. Après seize ans et quatre mandats consécutifs à la tête de la Hongrie, le chef de file du Fidesz a été victime de l’usure du pouvoir. Il a aussi payé les scandales de corruption qui ont éclaboussé son entourage. Et ses mauvais résultats économiques en partie engendrés par le gel par Bruxelles de 18 milliards de fonds européens destinés à la Hongrie. Enfin, Orbán a été sanctionné pour sa complaisance envers la Russie, la Chine et les États-Unis : si les Hongrois ont refusé de renoncer à leur souveraineté au profit de l’Union européenne, ce n’est pas pour céder aux ingérences de Vladimir Poutine, Xi Jinping ou Donald Trump.
Une mutation du populisme
« Nous avons libéré la Hongrie », proclame Péter Magyar, tandis que la plupart des observateurs voient dans la défaite d’Orbán un « changement d’ère ». Des réactions qui rappellent celles qui avaient accompagné la chute de Donald Trump en 2020. D’aucuns y voyaient le début de la fin du « populisme ». On connaît la suite : quatre ans après, le milliardaire était de retour à la Maison-Blanche plus puissant que jamais. Si la chute d’Orbán, conjuguée à l’échec du référendum de Meloni, n’est pas une bonne nouvelle pour l’« internationale réactionnaire », il ne faut pas confondre une défaite électorale avec une disparition politique.
Pas plus que celle de Trump hier, la défaite d’Orbán aujourd’hui ne signifie la fin du mouvement populiste car celui-ci est fondé, non sur des fake news, mais sur des réalités tangibles qui préoccupent une partie des classes moyennes et populaires occidentales. C’est donc peut-être la fin d’Orbán, mais c’est moins la fin du populisme que sa mutation en mouvement libéral-conservateur. Il n’y avait pas de drapeaux européens, ni ukrainiens, ni palestiniens pour célébrer la victoire de Magyar, mais les seules couleurs hongroises. Gare aux illusions d’optique : l’échec du Fidesz n’est pas la victoire du progressisme.
Le nouveau chef du gouvernement, s’il entend incarner la rupture, est un ancien membre du Fidesz, marié il y a encore peu à Judit Varga, ex-ministre de la Justice d’Orbán et égérie du parti conservateur. Sur le thème de l’immigration, Magyar promet d’être plus sévère encore que son prédécesseur. Sur les enjeux de souveraineté et les questions sociétales, Magyar a tout intérêt à s’inscrire dans l’héritage de l’ancien premier ministre. Pour le moment, il n’a pas l’air de vouloir convertir les Hongrois au fédéralisme et au multiculturalisme. Si c’était le cas, il y a fort à parier que le retour de bâton populiste reviendrait dans quatre ans. o■o ALEXANDRE DEVECCHIO
Pour aller plus avant dans ce sujet lire aussi l’étude de la Nouvelle Revue Politique :












