
Par Zohra Bitan.
Dans le confort des salons, les inquiétudes restent abstraites — jusqu’à ce que le tumulte du dehors devienne impossible à ignorer. C’est ce qu’exprime ici fort bien Zohra Bitan, chroniqueuse talentueuse dans différents médias. Billet publié sur FB le 17 avril.

Quand Bolloré rachète une maison d’édition, ils hurlent à l’Occupation. Quand l’école s’effondre, quand les quartiers décrochent, quand l’assimilation recule, quand la sécurité vacille, ils écrivent une tribune entre deux cocktails.
Ils confondent toujours le danger qui les touche avec le danger qui touche la France.
Leur problème, ce n’est pas l’autoritarisme. Leur problème, c’est quand l’autoritarisme entre dans leur salon.
Je ne suis pas obligée d’aimer Bolloré pour constater que certains découvrent soudain les vertiges de l’autoritarisme seulement quand il menace leurs postes, leurs tribunes, leurs maisons, leurs circuits, leurs dîners et leurs rentes symboliques.
Moi, ce qui me sidère, ce n’est pas qu’on puisse s’inquiéter d’une concentration médiatique ou éditoriale. Très bien, cela se discute. Ce qui me sidère, c’est la hiérarchie des périls de cette petite bourgeoisie morale. Quand Bolloré touche Grasset, ils parlent comme si Hitler avait repris Gallimard. Mais quand l’école s’effondre, quand des territoires entiers décrochent de la République, quand des professeurs se taisent, quand des femmes se font sommer de se voiler, quand des gamins grandissent dans la peur, la pression ou le séparatisme, là, soudain, ils deviennent subtils, nuancés, prudents.
En vérité, ils ne voient pas le danger qui touche la France. Ils voient surtout celui qui entre dans leur salon. o■oZOHRA BITAN











