
Par Pierre Marcellesi.
Cet article d’un vrai et excellent connaisseur du cinéma est paru le 24 avril, dans Boulevard Voltaire. On le lira avec intérêt, ce dimanche, jour où JSF a toujours parlé de films, anciens ou en salles. — Je Suis Français
Le récit imagine un voyageur du futur pénétrer pour la cent dix-septième fois dans un dîner de Los Angeles afin de réunir une équipe de quidams, touchés à différents degrés dans leur quotidien par les ravages de l’intelligence artificielle. Son but : empêcher le triomphe de l’IA et l’extinction, à terme, de l’humanité.

Il va falloir nous y habituer dans les années qui viennent : le cinéma critique à l’égard de l’intelligence artificielle n’en est qu’à ses débuts. Rien qu’en 2025, en France, on a pu relever deux sorties très attendues sur le sujet : Dalloway, de Yann Gozlan, et Chien 51, de Cédric Jimenez.
Doté d’un budget dérisoire de 23 millions de dollars, le nouveau long-métrage de Gore Verbinski, plus habitué aux blockbusters comme la saga Pirates des Caraïbes, apporte sa pierre à l’édifice et marque une première incursion du réalisateur dans le cinéma d’auteur américain, voulu indépendant des grands studios.
Le récit imagine un voyageur du futur pénétrer pour la cent dix-septième fois dans un dîner de Los Angeles afin de réunir une équipe de quidams, touchés à différents degrés dans leur quotidien par les ravages de l’intelligence artificielle. Son but : empêcher le triomphe de l’IA et l’extinction, à terme, de l’humanité. Ébaubis, les clients du restaurant s’étonnent de ce personnage excentrique qui semble connaître leurs noms, leurs vies, et affirme pouvoir renverser le cours des choses. Non sans difficulté, le voyageur du futur parvient à réunir quelques personnes et se lance avec elles dans un combat acharné contre la zombification de l’homme et le règne du faux.
La démesure jusqu’à l’indigestion
Après une longue traversée du désert, suite à l’échec critique et commercial, en 2017, de son précédent long-métrage, A Cure for Life, Gore Verbinski reprend du service, lâche la bride et nous livre un film complètement azimuté autour de sa crainte des nouvelles technologies.
Plutôt convenu dans son propos général, Good Luck, Have Fun, Don’t Die multiplie les références au cinéma de science-fiction (Terminator, Matrix) comme au cinéma d’épouvante (les films de Romero, en particulier). Un tantinet foutraque, ce patchwork d’idées disparates, plus ou moins bien senties, permet au cinéaste de brasser toutes sortes de thématiques qui secouent régulièrement la société américaine : les fusillades de masse en milieu scolaire, l’addiction aux smartphones de la Génération Z ou encore la création de contenus ineptes par une IA abrutissante – on relève même, au cours du récit, l’apparition improbable d’un « chat-centaure » qui urine des paillettes de toutes les couleurs (!) et dévore les gens dans la rue… Vision cauchemardesque heureusement compensée par un ton résolument ironique.
Capitaine d’un navire pris dans la tourmente, le comédien Sam Rockwell s’amuse comme un petit fou, dirige son équipe de bras cassés et se laisse aller à ses excentricités ; le film repose intégralement sur ses épaules.
Absurde, souvent complaisant, le film de Gore Verbinski, malheureusement, a quelque chose d’assez indigeste qui nous empêche d’adhérer totalement à la proposition. Il ne suffit pas de mettre les rieurs de son côté pour construire un propos ; les deux heures de récit se font cruellement sentir…o ■ o PIERRE MARCELLESI
3 étoiles sur 5.
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l’Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l’Université de Paris Nanterre













