
« Si la France veut renouer une relation normalisée et apaisée, puis constructive avec son vis-à-vis algérien, faut-il encore que les dirigeants français cessent de s’illusionner sur leur capacité diplomatique à amadouer leurs homologues algériens et qu’ils s’engagent une fois pour toutes dans une voie de fermeté et de vérité qui permette une révision de fond en comble de notre politique.«
Par Arnaud Benedetti.

Cette tribune est parue hier, 25 avril, dans Le Figaro – où il n’y a pas que de mauvaises lectures. Comme Arnaud Benedetti, nous ne pensons pas qu’il faille tirer un trait définitif sur notre relation avec l’Algérie. Cette relation est exécrable aujourd’hui en tout premier lieu à cause de la faiblesse française (dirigeants, institutions) dont on sait profiter largement à Alger. À ce jeu-là, nous pourrions laisser grandir, un ennemi bien réel celui-là, qui est, il est vrai, notre « vis-à-vis » méditerranéen qui a déjà installé chez nous des millions de ses ressortissants, dont la frange active réagit à l’aune et sous l’influence de ses origines. La faiblesse du Système français est bel et bien notre plus redoutable adversaire… – JSF

TRIBUNE – La condamnation de l’écrivain Kamel Daoud à 3 ans de prison ferme en Algérie est un signe de plus de l’échec de la stratégie française vis-à-vis du pouvoir algérien, estime le politologue Arnaud Benedetti.
Arnaud Benedetti, professeur associé à l’Université Paris Sorbonne, est le fondateur du comité de soutien international à Boualem Sansal. Il dirige la Nouvelle Revue Politique.
Les 13 et 14 avril, Sa Sainteté le pape Léon XIV se rendait en Algérie sur les traces de Saint Augustin. Côté français, beaucoup espéraient d’une visite dont ils pensaient qu’elle pourrait permettre la libération de notre compatriote Christophe Gleizes, le journaliste sportif français toujours détenu par le régime d’Alger. Le geste aurait auguré ainsi d’un début de désescalade dans les relations tendues entre la France et l’Algérie.
Une quinzaine de jours après le voyage pontifical, non seulement Christophe Gleizes reste emprisonné, mais la justice algérienne, exclusivement politique, vient de condamner le grand écrivain franco-algérien Kamel Daoud à 3 ans de prison ferme pour avoir attenté à la loi de concorde civile qui fait obligation, entre autres, de ne pas évoquer les années de guerre qui, dans les années 1990, ensanglantèrent le pays. 200 000 morts, des milliers de disparus, des séquelles loin d’être cicatrisées et le compromis non dit mais réel des héritiers du FLN avec les islamistes sont autant de faits frappés d’un interdit dont ni l’histoire, ni la mémoire et pas plus la littérature ne sauraient parler. Cette chape de plomb est la marque d’une dictature qui, comme toutes les dictatures, bannit la liberté de penser, de chercher, d’écrire, de créer parce que, par nature, tout régime dictatorial déteste le retour sur soi-même, l’introspection et la vérité.
C’est ainsi : la réalité du pouvoir algérien est parfaitement connue et documentée. Seul l’aveuglement idéologique d’un côté et la pusillanimité diplomatique de l’autre feignent de l’ignorer, là où les prisonniers d’opinion sont enfermés pour un simple tweet, où les apostats risquent leur vie et où les purges au sein même du système portent l’empreinte des pouvoirs à propension totalitaire. Nonobstant ces évidences, il se trouve en France des voix pour prôner l’accommodement, sous couvert d’apaisement, avec les hiérarques algériens qui, par ailleurs, se montrent indéfectiblement intransigeants tant sur le dossier des OQTF que sur les enjeux mémoriels dont ils ne cessent de vouloir tirer profit, quitte à travestir l’histoire. Ces voix sont multiples : au Quai d’Orsay, sur les bancs du Parlement, le plus souvent à gauche, au sein de différentes associations comme celle présidée par Ségolène Royal, actuelle présidente de l’Association France-Algérie, et bien évidemment au plus haut niveau de la Grande Mosquée de Paris, relais à peine dissimulé de la présidence Tebboune. C’est ainsi que ce parti de l’Algérie use en France de ses leviers d’influence pour pousser l’agenda de ce que d’aucuns se refusent à désigner par son nom : une dictature qui a enfermé son peuple dans le mensonge, la paranoïa anti-française, la misère et la brutalité militaro-policière. Il n’a cessé de prospérer sous les deux quinquennats d’Emmanuel Macron dont la faute originelle est d’avoir, lorsqu’il n’était qu’un candidat à la présidentielle en 2017, affirmé que la France s’était rendue coupable de crimes contre l’humanité durant la colonisation…
L’échec de cette stratégie est-il encore à démontrer alors que notre concitoyen Christophe Gleizes demeure prisonnier dans un silence assourdissant à la fois des autorités françaises et de ceux censés le soutenir ?
La realpolitik peut commander et exige souvent que l’on traite avec des régimes peu conformes à notre propre conception des droits humains. C’est là même une constante des relations diplomatiques, sous réserve néanmoins que la puissance avec laquelle l’on échange ne manifeste pas une hostilité de tous les instants contraire à nos propres intérêts. Or c’est là précisément le cas de figure d’une relation franco-algérienne dont l’historien Pierre Vermeren a rappelé dans un ouvrage récemment publié (France-Algérie : Histoire d’une relation pathologique, Taillandier) l’asymétrie toxique. Des campagnes de presse continuelles contre Paris à une politique des otages, en passant par des tentatives d’enlèvements ou d’intimidations des opposants algériens sur le sol national, les manifestations hostiles du pouvoir algérien à l’encontre de la France n’ont cessé de se multiplier, à proportion que l’exécutif français, tant à l’Élysée qu’au Quai d’Orsay et désormais place Beauvau depuis l’accession de Laurent Nunez, faisait preuve de réserve, quand il ne donnait pas des gages aux oligarques d’Alger.
L’échec de cette stratégie est-il encore à démontrer alors que notre concitoyen Christophe Gleizes demeure prisonnier dans un silence assourdissant à la fois des autorités françaises et de ceux censés le soutenir ? Et n’est-il pas encore plus cinglant depuis la condamnation scélérate de Kamel Daoud, grande conscience avec Boualem Sansal, de la dénonciation de l’islamisme et de l’autocratie algérienne ? Le mutisme des autorités françaises, qui n’ont à cette occasion exprimé aucune protestation officielle, confirme hélas une tétanie dont les ressorts dessinent un halo de raisons qui, aucune d’entre elles prises communément ou séparément (poids des diasporas dans certaines de nos cités, préoccupations sécuritaires dans la lutte antiterroriste, culpabilité post-coloniale), ne saurait justifier un tel état de faiblesse qui n’a pour conséquence que d’alimenter la radicalité du pouvoir qui, de l’autre côté de la Méditerranée, opprime tout autant son peuple qu’il honnit l’ancien colonisateur…
Si la France veut renouer une relation normalisée et apaisée, puis constructive avec son vis-à-vis algérien, faut-il encore que les dirigeants français cessent de s’illusionner sur leur capacité diplomatique à amadouer leurs homologues algériens et qu’ils s’engagent une fois pour toutes dans une voie de fermeté et de vérité qui permette une révision de fond en comble de notre politique : car si l’Algérie n’est plus une colonie, la France n’est plus un colonisateur, un double message qu’il faut faire entendre à Alger et comprendre à Paris. Face à la souveraineté du ressentiment d’Alger, Paris doit tout simplement rappeler que sa souveraineté ne saurait être captive des stratégies claniques des dirigeants algériens et de leur double discours, agressif à Alger mais plus conciliant dès lors qu’il s’agit de préserver leurs intérêts familiaux et patrimoniaux à Paris… o ■oARNAUD BÉNEDÉTTI












Si les oligarques algériens n’avaient pas financé certaine élection présidentielle; il serait plus facile de faire preuve de fermeté envers l’Algérie