
« Bien loin de se révolter contre les « puissances du Mal » le peuple iranien se montre solidaire de ses « oppresseurs » et fait bloc contre l’ennemi américain, au lieu de le remercier de l’avoir écrasé sous les bombes. »
Par Pierre de Meuse.

Dès le début de la « guerre de 12 jours, il y a presque un an, le 21 juin 2025, Donald Trump avait exigé une « capitulation sans conditions » de l’Iran, l’écrivant sur son post en lettres capitales, tout en se voulant magnanime avec l’ayatollah Khamenei, dont il ne souhaitait pas la mort, « du moins pour l’instant ».
Et cette année, au septième jour de la guerre d’agression qui a éclaté avec le lancement de frappes israélo américaines contre l’Iran et qui dure depuis quatre mois, Donald Trump a encore réclamé une « capitulation sans condition » de Téhéran et indiqué qu’il s’impliquerait « dans le choix des dirigeants de la République islamique ».
Origines et logique de la capitulation inconditionnelle
Il convient de s’intéresser aux origines et à la signification de ce terme dans le vocabulaire politique des États-Unis d’Amérique. En effet, il faut rappeler que le terme utilisé est une invention américaine : L’expression (unconditional surrender) fut créée par le général nordiste Ulysses Grant lors de la guerre de Sécession américaine (1861-1865). Il est donc caractéristique de la guerre civile, quand le parti vainqueur impose sa volonté quelle qu’elle soit, sans aucune contrepartie, économique, territoriale, politique ou de quelque nature qu’elle soit. Notons bien que cette formulation n’implique même pas de reconnaissance de l’autorité signataire de ladite capitulation, et c’est pourquoi les généraux allemands du gouvernement de Flensbourg furent, non seulement destitués, mais jugés et condamnés, de même que les dignitaires japonais. La particularité de la capitulation inconditionnelle est qu’elle substitue un pouvoir de police à la négociation diplomatique. Elle prive le vaincu de toute identité politique en même temps qu’elle confisque sa souveraineté. Cela dit, il ne faut pas en déduire que les conséquences en soient nécessairement profitables pour le vainqueur sur le plan des rapports de force locaux. Car il arrive que le pays vaincu se révèle tout aussi hostile après sa défaite qu’avant : nous avons les cas de l’Irak et de l’Afghanistan. Le 1er mai 2003, la reddition des armées irakiennes est terminée, mais les successeurs de Saddam, même leurs ennemis jurés, ne seront pas plus bienveillants que lui à l’égard des Américains. Quant à l’Afghanistan, c’est encore pire : si les accords de Bonn de décembre 2001 consacrent l’évaporation des Talibans, la proclamation du 7 août 2021 restaure l’émirat islamique, actant ainsi de manière éclatante la défaite de l’occident. Une politique plus subtile en 2001 aurait sans doute été plus rentable. Alors pourquoi cette attitude aussi raide, si méprisante des réalités qu’elle incline à exclure toute coopération des vaincus ?
La matrice idéologique américaine
Il faut, comme toujours se référer à l’histoire et à la philosophie appliquée pour répondre à cette question : durant les cent cinquante premières années de leur existence, les USA n’ont pas appris à respecter les traités. Selon l’historien américain (pacifiste de Gauche) Howard Zinn « les gouvernements américains [ont] signé plus de quatre-cents traités avec les Amérindiens et les [ont] tous violés, sans exception. » Ce qui les poussait à justifier cette attitude était la construction d’une théorie impérialiste dénommée « destinée manifeste » (en anglais : Manifest Destiny). Cette expression apparue dès 1816 désignait l‘idée calviniste issue de l’Ancien Testament selon laquelle la nation américaine aurait pour mission divine l’expansion de la « civilisation » vers l’Ouest, et à partir du XXe siècle dans le monde entier. Elle est toujours employée dans les discours des politiciens américains, notamment chez les néoconservateurs. La conséquence de ce postulat est que, si ce pays tient le glaive de Dieu, ses ennemis, qu’ils soient agressés ou agresseurs, sont les esclaves du Mal. Avec le Mal, il ne faut pas négocier, d’où la nécessité de l’unconditionnal surrender !
Nous comprenons donc la logique apparemment absurde de Trump qui exige de l’Iran sa reddition. Car ainsi, il prouverait au monde – et surtout à ses compatriotes – qu’il n’a pas démérité. Que l’Amérique « is great again » ! Ses propos incohérents, ses gesticulations dérisoires sont produits par sa conviction, ou pour ainsi dire sa Foi, que le temps de la déchéance est passé et que revient le temps béni du triomphe !
Un isolement croissant face à un monde transformé
Seulement voilà, le monde a changé. Ses alliés lui font grise mine et refusent de prendre leur part du fardeau, appliquant ainsi la doctrine qu’Eisenhower présenta aux Français et aux Britanniques en 1956 lors de la désastreuse affaire de Suez. Trump réplique en alourdissant encore les droits de douane, au risque de ruiner son soutien allemand. Son allié israélien (inconditionnel lui aussi, mais à sens unique) refuse de lui laisser garder la face, tout occupé à son objectif de guerre, qui est d’anéantir toute puissance qui pourrait rivaliser avec lui. La Russie, qu’il espérait ramollir, donne à ses adversaires une aide intéressée, mais efficace. La Chine, elle, voit bien que son tour viendra si elle laisse faire et prépare en silence de nouvelles voies d’approvisionnement afin de tourner le blocus américain. Et surtout, l’Iran refuse de tirer les conséquences des coups terribles qu’il lui a portés. Bien loin de se révolter contre les « puissances du Mal » le peuple iranien se montre solidaire de ses « oppresseurs » et fait bloc contre l’ennemi américain, au lieu de le remercier de l’avoir écrasé sous les bombes.
On ne saurait trop remarquer le niveau inusité de l’isolement israélo-américain. En fait, c’est tout l’édifice de 1945 qui s’effondre, avec des conséquences imprévisibles. Même si nous, nationalistes, le détestions avec de bonnes raisons, sa ruine aura des conséquences sur nos vies, notamment financières. Au moins, notre destinée collective nous donnera des possibilités de choix, si nous savons réagir.o ■ o PIERRE DE MEUSE
__________________________________
Derniers ouvrages parus



Informations – Commandes : Cliquez sur les images.












Remarquable article. Je lis toujours ceux qu’écrit Pierre de Meuse que j’ai d’ailleurs écouté lors d’une conférence de l’Action française à Marseille,.