
Par Aristide Ankou.
« Les fantômes du remord ne se dressaient point devant ses gros yeux glauques de matrone. Elle se tenait pour une dame honnête, en somme, agacée seulement et honteuse de s’être laissé surprendre par un mari qu’elle méprisait profondément. »

Anatole France, suite.
« A trente-huit ans, elle n’avait encore trompé monsieur Bergeret que trois fois. Mais c’était assez pour qu’elle ne fut pas tentée de s’exagérer sa faute. Elle y était d’autant moins disposée que cette troisième rencontre répétait essentiellement les deux premières qui ne lui avaient donné, celles-là, ni assez de peine, ni assez de plaisir pour occuper fortement son souvenir. Les fantômes du remord ne se dressaient point devant ses gros yeux glauques de matrone. Elle se tenait pour une dame honnête, en somme, agacée seulement et honteuse de s’être laissé surprendre par un mari qu’elle méprisait profondément. Et cette disgrâce, survenant ainsi sur le tard, à l’âge des calmes pensées, lui était particulièrement sensible.

Les deux premières fois, l’aventure avait commencé de même. D’ordinaire madame Bergeret était très flattée de l’impression qu’elle produisait sur les hommes de bonne compagnie. Elle s’intéressait aux signes qu’on lui en donnait et ne les trouvait jamais excessifs, car elle se croyait désirable. Deux fois, avant monsieur Roux, elle avait laissé les choses aller jusqu’au point où, pour une femme, il n’y a plus désormais à les arrêter ni facilité physique ni avantage moral. » o ■o ARISTIDE ANKOU o
Anatole France, Le mannequin d’osier.
* Précédemment paru sur la riche page Facebook de l’auteur, (le 2.5. 2026).
Aristide Ankou












