
Par Eric de Mascureau.

Merveilleuse Église de Rome, tout de même, quels que soient les griefs que l’on peut avoir envers elle — nous nous limitons ici aux griefs politiques —, surplombant le temps, les conjonctures et les pressions de la doxa dominante ! « Par-delà tous les espaces, la papauté », selon l’expression admirative de Maurras ! À quelques jours de son voyage en Espagne — celle de Pedro Sánchez, qui ne songe qu’à déterrer les conflits nés de la guerre civile —, le Pontife romain, comme si de rien n’était, s’apprête à béatifier « 80 martyrs oubliés » de ladite guerre, victimes des « rouges ». C’est ce dont traite opportunément cet article du 23 mai dans Boulevard Voltaire. — Je Suis Français
L’Église poursuit son combat sur les persécutions religieuses commises par la gauche lors de la guerre civile espagnole.

Près de 90 ans après la guerre civile espagnole, l’Église catholique continue d’honorer ceux qu’elle considère comme des victimes de la persécution religieuse qui ensanglanta l’Espagne entre 1936 et 1939. Ainsi, ce 22 mai 2026, le pape Léon XIV a autorisé la promulgation du décret du Dicastère pour les Causes des Saints reconnaissant le martyre de 80 catholiques espagnols assassinés pendant ce conflit, ouvrant ainsi la voie à leur prochaine béatification. Ces nouveaux bienheureux appartenaient alors, pour la plupart, au diocèse de Santander, dans le nord de l’Espagne. Parmi eux figurent 67 prêtres, 3 religieux carmes, 3 séminaristes et 7 laïcs. Certains furent jetés à la mer les mains et les pieds liés, d’autres, comme Francisco González de Córdova, exécutés sur le sinistre navire-prison Alfonso Pérez, d’autres, encore, brûlés vifs ou morts dans des camps improvisés.
Cette décision du pape Léon XIV intervient quelques semaines seulement après la reconnaissance, le 27 avril dernier, du martyre de 50 autres victimes de la guerre civile espagnole. Par ces actes, le Saint-Siège poursuit ainsi un long travail de mémoire destiné à rappeler l’ampleur des persécutions antichrétiennes commises par les républicains socialistes et communistes dans leur combat contre Franco.
La guerre civile et la haine antichrétienne
En effet, lorsque la guerre civile espagnole éclate le 17 juillet 1936 après le soulèvement d’une partie de l’armée contre la Seconde République espagnole, le pays se divise rapidement entre les nationalistes dirigés par le général Franco et les républicains, composés d’une coalition de socialistes, communistes, anarchistes et militants d’extrême gauche. L’URSS de Joseph Staline apporte alors un soutien militaire et politique au camp républicain, tandis que l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste soutiennent Franco. L’un des épisodes les plus célèbres de cette intervention étrangère demeure le bombardement de la ville de Guernica par l’aviation allemande en avril 1937, immortalisé par Pablo Picasso.
Cependant, dans de nombreuses régions contrôlées par les républicains, une violente vague anticléricale éclate dès l’été 1936. Des églises sont incendiées, des couvents détruits, des statues profanées et des prêtres exécutés sans procès. Les milices révolutionnaires considèrent alors l’Église comme une alliée des conservateurs, de la monarchie et des élites sociales. Selon les historiens, près de 7.000 membres du clergé furent tués durant la guerre.
Le combat de l’Église
La guerre civile espagnole fit environ 500.000 morts, sans compter ceux victimes des épidémies et de la famine, et fut marquée par des atrocités dans les deux camps. Les nationalistes franquistes pratiquèrent, eux aussi, une répression féroce contre leurs adversaires politiques, mais la violence antichrétienne des milices révolutionnaires, longtemps minimisée dans certains récits, demeure l’un des aspects les plus marquants du conflit. Certains tentèrent de présenter ces assassinats comme de simples règlements de comptes politiques, ce que le Vatican conteste fermement en reconnaissant ces religieux comme des martyrs morts « en haine de la foi ».
Depuis plusieurs décennies, l’Église catholique mène ainsi un important travail de mémoire afin de rendre hommage à ces victimes. Tout commence en 1987 lorsque le pape Jean-Paul II proclame bienheureuses trois carmélites de Guadalajara. L’une d’elles, la bienheureuse Thérèse de l’Enfant Jésus et de Saint Jean de la Croix, aurait refusé de crier « Vive le communisme ! », avant d’être fusillée en lançant « Vive le Christ Roi ! » Jean-Paul II poursuivit ensuite cette reconnaissance tout au long de son pontificat et, en 2001, il béatifia en une seule cérémonie 233 victimes espagnoles. Benoît XVI poursuivit cette œuvre, notamment en octobre 2007, en proclamant bienheureux 498 autres martyrs. Le pape François continua ensuite dans la même voie en reconnaissant à son tour des centaines de martyrs espagnols, rappelant qu’ils avaient été tués uniquement en raison de leur foi chrétienne.
À travers ces béatifications successives, l’Église ne cherche pas seulement à honorer des croyants assassinés, mais également à rappeler une réalité historique longtemps occultée face à une Espagne où, près d’un siècle après, certaines blessures de la guerre civile demeurent encore ouvertes.o ■ o ÉRIC DE MASCUREAU













Rome manque son but quand elle parle le langage du monde. Elle est admirable quand elle parle le langage de l’éternité.