
Par Mathieu Bock-Côté.
COMMENTAIRE JSF — Cette chronique est parue dans Le Figaro d’hier, samedi 6 juin. Mathieu Bock-Côté y dénonce à juste raison ce qu’il appelle « l’utopie diversitaire », c’est-à-dire l’utopie d’une cohabitation paisible et heureuse entre communauté autochtone et communautés issues de l’immigration, dès lors que celle-ci devient massive. Il ne s’agit pas d’opposer les cultures ni de mépriser les cultures arrivantes, mais simplement d’en mesurer les conséquences inéluctables : en premier lieu la montée et la répétition lancinante des violences. C’est l’expérience amère, douloureuse, existentielle qu’en font les peuples et les nations qui s’y sont livrés, principalement en Europe de l’Ouest, dont les élites dirigeantes portent la terrible responsabilité. — JSF
CHRONIQUE – Le malaise du gouvernement britannique face aux révélations sur les circonstances de la mort de Henry Nowak, tué par un jeune sikh en décembre 2025, rappelle l’époque où il ne fallait pas parler des crimes du communisme pour ne pas compromettre l’utopie de la société sans classe.

L’histoire de Henry Nowak remue le Royaume-Uni. Elle remonte à décembre 2025, mais c’est avec le procès qu’on a vu à quel point elle était révélatrice du dérèglement intérieur du pays – dérèglement qui nous est étrangement familier. Le rappel des faits sera utile : Henry Nowak, un jeune Britannique de 18 ans, rentrait tard chez lui. Il croise sur sa route Vickrum Digwa, un sikh de 23 ans. Le premier taquine l’un, l’autre, vexé, le poignarde avec un poignard religieux qu’il portait sur lui.
La police, arrivée sur les lieux, prend le parti de Digwa, qui a décidé entre-temps d’accuser Nowak d’agression raciste (la famille de Digwa reprendra l’accusation). Nowak, qui est en train de se vider de son sang, se fait passer les menottes par les policiers, qui ne le ne croient en rien lorsqu’il explique ne plus pouvoir respirer. Nowak est mort. Le procès, je l’ai dit, a permis à la vérité de remonter à la surface, d’autant qu’une bonne partie de la scène a été filmée.
Certains ont voulu voir dans ce drame une forme d’histoire de George Floyd renversée. Keir Starmer, qui en 2020 n’avait eu aucune hésitation à poser le genou à terre, dans un geste qui se présentait comme la prière officielle d’un nouveau culte, est bien plus réservé cette fois. Il mise plutôt sur un discours qui, tout en reconnaissant l’horreur absolue des faits, met en garde contre toute forme de récupération.
Tout comme hier il ne fallait par parler des crimes du communisme pour ne pas abîmer ou compromettre l’utopie de la société sans classe, aujourd’hui il ne faut pas parler du lien entre insécurité et immigration
Mais cette histoire fait aussi écho au scandale désormais bien connu des « grooming gangs », ces gangs pakistanais qui ont organisé pendant des années l’esclavage sexuel de jeunes filles blanches issues de la classe ouvrière. Pendant de nombreuses années, les autorités britanniques, consciemment, ont tout fait pour dissimuler et invisibiliser l’origine des agresseurs et le caractère ouvertement racial de leur prédation, pour ne pas remettre en question le récit de la diversité heureuse.
Tout comme hier il ne fallait par parler des crimes du communisme pour ne pas abîmer ou compromettre l’utopie de la société sans classe, aujourd’hui il ne faut pas parler du lien entre insécurité et immigration, ni même de la pression exercée par l’immigration sur l’État social, pour ne pas compromettre l’utopie diversitaire.
L’islamisme municipal se développe
Au fil du temps, la police britannique s’est montrée bien plus prompte à réprimer des manifestants hostiles à l’immigration massive ou les auteurs de simples tweets, souvent outranciers, il est vrai, qu’à intervenir pour lutter directement contre des formes de criminalité ethniquement connotées. Le régime diversitaire génère sa propre dissidence. La répression de Tommy Robinson, le plus célèbre dissident britannique, longtemps diabolisé, nous rappelle l’importance du dispositif répressif pour étouffer la critique du multiculturalisme.
L’histoire nous éclairera. Depuis le discours prophétique d’Enoch Powell, en 1968, le Royaume-Uni s’est transformé en laboratoire de l’utopie diversitaire. Powell voyait son pays soumis à une forme de colonisation inversée, et lui annonçait des jours sombres. Il fut pour cela maudit, transformé en paria – aujourd’hui, bien des Britanniques repentants ont pris l’habitude de dire « Enoch was right ». Le Royaume-Uni fut à la fois soumis à l’immigration de masse et à une ingénierie sociale de plus en plus poussée, au nom d’une lutte contre les discriminations créant de nouveaux privilèges ethniques à l’avantage des nouveaux arrivés.
L’histoire oubliée de Ray Honeyford, ce directeur d’établissement scolaire condamné au bannissement professionnel et à de vraies persécutions sociales, au milieu des années 1980, pour avoir noté que le multiculturalisme produisait une société aux multiples ghettos, et qu’il fallait plutôt miser sur l’intégration des jeunes immigrés à la culture du pays d’accueil, nous rappelle que ceux qui voulaient savoir pouvaient savoir. Mais ils ne voulaient pas.
S’ajoute à ces tensions ethnoculturelles (les Anglo-Saxons n’ont pas de problème à aborder ce qu’on appellera le facteur ethnique, au point d’en abuser, d’ailleurs) celles engendrées par l’islamisation du pays, qui prend aujourd’hui la forme de l’islamisme municipal – des villes tombent, et d’autres tomberont, l’islam politique s’étant souvent affranchi des partis politiques traditionnels pour s’avancer désormais sous son propre pavillon. Dès le début des années 2000, on dénonçait Londres devenue Londonistan.
Les Britanniques se sont longtemps demandé que faire, d’autant que leur système politique empêchait la critique de l’immigration massive. Aujourd’hui, ils prennent la rue – certains plus brutalement que d’autres, hélas. Le pays se craquelle, et les partis de droite font de l’immigration leur question première, comme si le déni n’était plus possible. Il n’est pas certain qu’il puisse se relever. « Enoch was right », comme ils disent.o ■ o MATHIEU BOCK-CÖTÉ

Les Deux Occidents, Mathieu Bock-Côté, La Cité, 288 p., 22 €. sdp











