
Bruno Le Maire : « Après l’affaire Lyhanna, si nous ne prenons pas la mesure de la colère qui monte, la révolution deviendra une certitude » (Le Figaro, 10 juin 2026).
FIGAROVOX/TRIBUNE – Le meurtre de la jeune Lyhanna a mis en lumière les profondes défaillances de la justice, estime l’ancien ministre de l’Économie Bruno Le Maire, qui propose six mesures pour améliorer son fonctionnement et répondre à la colère des Français.

Le peuple se lève. Aujourd’hui, c’est une révolte. Demain, ce sera une révolution. Le peuple se lève pour une raison légitime et simple : la justice ne protège plus ses enfants. Selon toute vraisemblance, une enfant de onze ans a été assassinée dans le Gers par un criminel multirécidiviste connu des services de police et de gendarmerie et qui pourtant n’a jamais été ni placé en garde à vue, ni entendu. La justice a failli. Alors qui défendra le peuple ? Il faudrait être sourd pour ne pas entendre sous les cris de colère une inquiétude encore plus profonde sur ce que devient la France. Le sentiment de « deux poids, deux mesures » n’a jamais été aussi puissant : dans notre pays, vous n’échapperez pas à la sanction si vous roulez 10 kilomètres heure au-dessus des limites, mais vous pourrez circuler librement après avoir commis un crime. Là est le scandale. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que tout ce qui détient une parcelle de pouvoir en France est visé.
Les mises en cause personnelles du ministre de la Justice, qui fait preuve de courage et de détermination à bousculer les choses depuis des mois, ne servent à rien. Pas davantage que les attaques contre le président de la République, qui a augmenté le budget de la justice comme aucun de ses prédécesseurs. Les appels à la vengeance sont dangereux. Les règlements de compte politiques indignes. La seule réponse tient dans le rétablissement immédiat de l’autorité de l’État. L’État, c’est la nation. Quand l’État s’effondre, la nation se disloque. Nous y sommes.
Avant que la routine implacable reprenne le dessus, il est urgent de jeter les bases du rétablissement de la justice, de son autorité et de son efficacité en France. o Bruno Le Maire
Avant que la routine implacable reprenne le dessus, il est urgent de jeter les bases du rétablissement de la justice, de son autorité et de son efficacité en France. Cinq décisions sont nécessaires. Décision 1 : rétablir une chaîne de commandement entre le ministre de la justice et les procureurs, pour que la politique pénale de la nation reste entre les mains de ses représentants. À cette fin, abroger la loi Taubira de 2013, qui interdit les instructions individuelles aux procureurs. Décision 2 : dans la politique pénale, faire de la protection des enfants une priorité absolue, sur la base d’instructions précises et non plus de simples circulaires. Décision 3 : sanctionner les manquements des magistrats à cette politique en remplaçant le Conseil supérieur de la magistrature par un Conseil de la Justice avec une composition transparente et sans aucune affiliation partisane. Fixer un quantum précis des sanctions et des mesures disciplinaires. Décision 4 : poursuivre l’augmentation des moyens de la justice pour construire 25 000 nouvelles places de prison sous cinq ans, doter tous les tribunaux de nouveaux moyens informatiques et numériques, mettre à disposition les experts nécessaires et atteindre la moyenne européenne du nombre de procureurs par habitant. Décision 5 : simplifier la procédure pénale pour éviter la multiplication des recours en nullité pour vice de procédure. Décision 6 : désengorger les tribunaux des affaires secondaires en mettant en place une procédure parallèle simplifiée.
Ces décisions nous placent tous face à nos responsabilités : voulons-nous un État qui protège ou un État qui distribue des prébendes ? Voulons-nous plus d’État social ou plus d’État régalien ? Les deux ne sont pas compatibles. Je plaide ici pour un État régalien fort, qui protège sans faille les plus faibles, qui assume ses responsabilités, rétablit une chaîne de commandement claire dans ses décisions, réduit la redistribution sociale pour retrouver des marges de manœuvre financières, restreint ses interventions inutiles, fixe peu de priorités, assume sa place dans la nation.
Le peuple se lève. La révolution n’est pas encore une certitude. Elle le deviendra si tous collectivement, nous ne prenons pas la mesure de la colère qui monte. La France s’est construite par son État. Elle se redressera si l’État retrouve dans ses fonctions essentielles son autorité, son efficacité et le respect du peuple. o ■ oBRUNO LE MAIRE
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Et nous, nous disons :
il est bien vrai que « la France s’est construite par son État ». Tout aussi vrai qu’elle se détruit de même par son État, ou du moins par ce qui, aujourd’hui, lui en tient misérablement lieu, et cela depuis assez longtemps déjà…
Nous disons aussi que si, comme Bruno Le Maire le constate et le croit, « le peuple se révolte » et si « la révolution devient une certitude », cet État sautera.
Il est parfaitement illusoire et vain d’attendre de lui qu’il prenne « la mesure de la colère qui monte ». Il est plus vain et illusoire encore d’attendre de lui qu’il « retrouve dans ses fonctions essentielles son autorité, son efficacité et le respect du peuple ».
De tout cela, il est parfaitement incapable…
Alors ce sera, pour les politiciens, pour les Français et pour la France, un nouveau « sauve-qui-peut ». Mais ce ne sera pas avec l’État auquel croit, ou fait semblant de croire, l’inénarrable Bruno Le Maire. — Je Suis Français












Bravo JSF !