
« Fustiger le fascisme à tort et à travers n’éclaire pas la réalité. Le terme, stricto sensu, ne s’applique qu’au mouvement de Mussolini. »
Par Jean Sévillia.

Cet article est paru dans Le Figaro Magazine du 13 juin. Il est utile à la fois pour la compréhension de la vérité historique et pour éclairer les débats politiques actuels, où un antifascisme de pure propagande est souvent invoqué à tort et à travers. Comme le souligne très justement cet article, cette instrumentalisation nuit à la compréhension des réalités historiques et politiques.

Assimiler au fascisme, tout courant situé à droite de la droite, comme le font les antifascistes de tout poil, n’éclaire en rien le débat politique et conduit à de graves contresens dans l’interprétation de l’Histoire. Il faut revenir à la source et d’abord prendre en compte le fait que le fascisme, mot né en Italie, désigne stricto sensu le mouvement fondé par Mussolini, mouvement qui eut ses spécificités irréductibles. Le grand historien italien du fascisme Renzo De Felice insistait ainsi sur l’impossibilité d’assimiler le fascisme au nazisme, en dépit de leurs analogies. Lucien Jaume, philosophe et historien de tradition libérale, auteur notamment d’une biographie de Tocqueville, s’attache, dans un brillant essai, à dégager une juste définition du fascisme mussolinien, à partir des idées et du projet de son fondateur.
L’auteur commence par rappeler que Mussolini, jeune instituteur puis journaliste, venait de l’extrême gauche socialiste. Sa formation première s’enracinait dans la lecture de Marx, mais aussi de Nietzsche et de Georges Sorel. Sa pensée, ensuite, s’élabora dans la rencontre avec Giovanni Gentile, figure intellectuelle de premier plan, qui sera le grand philosophe du fascisme. C’est pendant la Première Guerre mondiale que Mussolini verse dans le nationalisme radical et l’exaltation de la guerre comme accoucheuse d’un ordre nouveau. Il invente le totalitarisme (le mot et la chose) en défendant un modèle social où l’État occupe toute la place, l’individu n’étant qu’un rouage au service du collectif.

Lucien Jaume montre que le style fasciste, inspiré par le futurisme de Marinetti (« vitesse, violence, véhémence »), et son esthétique destinée à mobiliser les masses reposent sur l’ambition de créer un homme nouveau. D’où un conflit avec l’Église, notamment à propos de l’éducation des enfants (l’auteur rappelle utilement à cet égard Non abbiamo bisogno, l’encyclique antifasciste publiée par Pie XI en 1931). L’antisémitisme mussolinien, apparu tardivement, culminera sous la république de Salò, tragique alignement sur l’Allemagne nazie. « Le fascisme historique, observe Lucien Jaume, a bien été, comme il le souhaitait, une révolution anthropologique. » Celle-ci a mal fini, comme toutes les révolutions. o■ oJEAN SÉVILLIA











