
Par Pierre Marcellesi.
Cet article d’un vrai et excellent connaisseur du cinéma est paru le 12 juin, dans Boulevard Voltaire. On le lira avec intérêt, ce dimanche, jour où JSF a toujours parlé de films, anciens ou en salles. — Je Suis Français
« Ce film respecte largement son cahier des charges et comble un manque dans le paysage cinématographique français. »

La déception est de taille. Derrière le nouvel opus de la franchise Scary Movie au box-office, La Bataille de Gaulle – L’âge de fer, d’Antonin Baudry, devrait seulement dépasser le million d’entrées en salles, selon les premières estimations. Un score insuffisant pour ce mastodonte du cinéma français, financé à hauteur de 37 millions d’euros. Doté d’un budget similaire, le second volet de ce diptyque, intitulé La Bataille de Gaulle – J’écris ton nom, sortira au cinéma le 3 juillet.
Pour ses deux films, le réalisateur Antonin Baudry s’inspire, semble-t-il, de l’ouvrage référence de l’historien britannique Julian Jackson, De Gaulle – Une certaine idée de la France, paru au Seuil en 2019. Un prisme anglo-saxon qui permet au cinéaste français de revendiquer une certaine objectivité sur le personnage.
La flamme de la résistance
Portrait d’un patriote prédestiné par son nom qui, par la seule force de son indignation, de sa colère et de sa détermination, parvint à sauver l’honneur de son pays après la défaite de juin 1940, le film d’Antonin Baudry nous explique tout du long que la croisade du Général, à Londres, pour obtenir la confiance des Anglais et leur aide matérielle dans l’organisation de la résistance française ne fut pas une sinécure, en atteste sa relation en dents de scie avec le Premier ministre Winston Churchill…
Débutant avec la bataille de blindés de Montcornet, en mai 1940, et prenant fin en 1942, cette première partie de La Bataille de Gaulle peut dérouter par la construction de son récit dans la mesure où le film suit en parallèle deux trames narratives qui ne se côtoient jamais directement : la mise sur pied par le général des Forces françaises libres (FFL) à Londres et la destinée singulière du jeune Fernand Bonnier de La Chapelle qui assassina, le 24 décembre 1942, le vice-président du Conseil des ministres, l’amiral collaborationniste François Darlan.
Une œuvre avant tout pédagogique
Qu’on se le dise, La Bataille de Gaulle n’a pas grand-chose à défendre sur le plan artistique, avec ses intertitres intempestifs, ses tanks en images de synthèse et sa musique omniprésente. D’autant que le cinéaste s’emmêle bien souvent les pinceaux entre sa volonté de reconstituer les faits et sa propension à entretenir l’image d’Épinal – souvent comique – du Général, campé par l’excellent Simon Abkarian.
Le film, en vérité, s’affirme avant tout comme une œuvre pédagogique et édifiante à destination de ceux – notamment les plus jeunes – qui méconnaissent le personnage, ses hauts faits ou plus généralement la période. De ce point de vue-là, l’intérêt de La Bataille de Gaulle ne se dément jamais. On note, à ce propos, une reconstitution épique, particulièrement réussie, de la bataille de Bir Hakeim au cours de laquelle 3.700 Français libres, menés par le général Pierre Kœnig (Benoît Magimel, charismatique à souhait), ont résisté héroïquement, deux semaines durant, face à 45.000 soldats allemands et italiens, pour aider l’armée britannique. Une mission suicide qui, sous la caméra d’Antonin Baudry, s’affiche comme une formidable leçon de patriotisme auprès d’un public habitué depuis trop longtemps, au cinéma, aux discours nihilistes et individualistes.
Quelques infidélités à l’Histoire…
Certaines libertés, il est vrai, ont été prises avec l’Histoire, notamment l’éviction momentanée de De Gaulle par l’amiral Muselier, placé à la tête de la France libre par Churchill (!). Plus embêtant, des éléments historiques avérés, importants pour la compréhension du récit, ne sont pas évoqués, comme le fait que le général a été sous-secrétaire d’État à la Guerre et que c’est en vertu de cela que Churchill l’a reçu à Londres. Nous eussions apprécié, également, un meilleur éclairage sur l’assassinat de Darlan, éliminé par Fernand Bonnier de La Chapelle. Le film ne dit jamais que ce dernier fut l’exécutant d’une conspiration royaliste orchestrée par Henri d’Astier de La Vigerie, comme s’il fallait éclipser à tout prix les résistants de droite…
Cela étant, La Bataille de Gaulle respecte largement son cahier des charges et comble un manque certain dans le paysage cinématographique français.o ■oPIERRE MARCELLESI
3,5 étoiles sur 5.
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l’Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l’Université de Paris Nanterre














J’ai bien aimé ce film. Le personnage de De Gaulle est bien campé. La bataille de Bir Hakeim est merveilleusement décrite. Le film montre bien l’hostilité de Roosevelt vis-à-vis de De Gaulle qu’il considérait comme un apprenti dictateur et le rôle qu’a eu Eden pour sauver De Gaulle, prêt à rejoindre Moscou, alors que Churchill allait le lâcher. Roosevelt avait de bonnes relations avec Vichy par l’intermédiaire de son ambassadeur l’amiral Leahy et celui de Vichy Henry-Haye, sénateur-maire de Versailles. Il n’a fait aucune objection au ralliement de l’amiral Darlan aux Alliés après que celui-ci ait eu le feu vert du Maréchal par l’intermédiaire d’un câble secret adressé par l’amiral Auphan. Le terme « collaborationniste » n’est pas approprié pour l’amiral Darlan. Il est réservé au trio Darnand, Déat, Doriot qui s’étaient ralliés aux thèses nazies.
En avril 1942, avant le Maréchal en juillet, l’amiral Darlan s’est adressé discrètement aux saint-cyriens et saint-maixentais repliés à Aix-en-Provence, pour leur dire clairement :«’Ils devaient se préparer à reprendre la lutte contre l’Allemagne ».
Pour respecter les termes de l’armistice, qui impliquait la neutralité de la France dans le conflit mondial, le Maréchal se devait de s’opposer militairement, par un baroud d’honneur, au débarquement allié en Afrique du Nord.
Henri VI, comte de Paris, s’est toujours défendu d’avoir incité Bonnier La Chapelle à assassiner Darlan. Les gaullistes ont aussi leur responsabilité dans l’assassinat. Le général François d’Astier de la Vigerie, frère d’Henri, gaulliste, est venu de Londres remettre une somme d’argent à Bonnier La Chapelle. Je n’ai pu obtenir de son petit-fils l’amiral Giraud les raisons pour lesquelles son grand-père le général Giraud, que les Américains avaient adoubé à la suite de Darlan, avant que De Gaulle, habile politique, le détrône, a fait fusiller Bonnier La Chapelle quelques jours après l’attentat.
L’Histoire n’est jamais simple et il faut trois siècles pour qu’elle s’écrive sereinement.