
J.-P. S. 
Saint-Jacques-de-Compostelle n’est plus cette ville ultime de l’extrême Ouest européen que l’on mettait, autrefois, si longtemps à atteindre à travers des routes interminables et qui, lorsqu’elle apparaissait enfin, par les flèches et par la masse de sa cathédrale, dans le lointain, semblait résumer en elle-même toute la foi du Moyen Âge, toutes les marques des foules venues là, depuis des siècles, en pèlerinage, sans compter que ce fut l’un des lieux les plus célèbres et les plus importants où venait se ressourcer et se retremper la vaillance et l’ardeur des vieilles guerres de la chrétienté face à l’envahisseur musulman.
Saint-Jacques est encerclée aujourd’hui de ces banlieues que la modernité a bâties partout ; les routes d’autrefois sont des autoroutes, des voies rapides, qui sillonnent désormais la terre galicienne et ses rivages maritimes d’une souveraine beauté. Mais, en son centre historique, Saint-Jacques vit, au contraire, un renouveau évident, une vie intense, à l’espagnole, certes, mais, pour ce qui la concerne particulièrement, par la présence nombreuse, bruyante, joyeuse et permanente des pèlerins, qui sont en grande partie des jeunes.
Ce renouveau du pèlerinage, autrefois très diminué (dans la seconde moitié du siècle dernier), est devenu une évidence abondamment commentée. Telle est notre propre impression lors d’un récent séjour galicien. L’an dernier, nous a-t-on précisé place de l’Obradorio, 600 000 « diplômes » de pèlerins ont été délivrés à Saint-Jacques…
On peut en remercier le Ciel, car notre civilisation ne sortira pas de la crise qui la frappe existentiellement par une remontée des taux de croissance. Saint-Jacques est aussi une espérance !o ■o G.P.

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Nous empruntons les utiles aperçus que voici à la Société Française des Amis de Saint-Jacques de Compostelle La plus ancienne de toutes les associations jacquaires – depuis 1950
Les feux de l’apôtre : 500 ans de feu
La tradition d’illuminer la place Obradoiro la nuit du 24 juillet trouve sa première mention écrite en 1545 , date à laquelle la place fut illuminée de bougies colorées. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la fête prit de l’ampleur : des corridas furent organisées sur la place même, ainsi que l’incendie d’un château de paille et de bois, accompagné de feux d’artifice et du lancement de fusées. C’était la plus grande fête de l’année, et on y brûlait tout.
Trois villes en une : Pèlerins, Galiciens et habitants de Saint-Jacques-de-Compostelle
Le 25 juillet à Saint-Jacques-de-Compostelle comporte trois niveaux de lecture rarement expliqués ensemble.
La première est religieuse : c’est la fête de l’ apôtre Jacques, saint patron de l’Espagne et de la Galice depuis le IXe siècle. Ce titre est loin d’être anodin : il est le saint le plus important du pays, celui dont le tombeau a transformé une petite ville galicienne en l’un des trois grands centres de pèlerinage de la chrétienté, aux côtés de Rome et de Jérusalem. Chaque 25 juillet, des milliers de pèlerins, après avoir marché pendant des semaines, voire des mois, arrivent à la cathédrale pour achever leur voyage. Pour eux, le 25 juillet est le but ultime.
La seconde est politique : c’est la Journée de la Galice , la fête nationale de la communauté autonome. Ses origines ne sont pas religieuses, mais remontent à un accord de 1919, lorsque l’Assemblée des Irmandades da Fala (Confréries de la langue galicienne) a décidé que le 25 juillet serait la Journée nationale de la Galice. Religion et identité nationale partagent une date depuis plus d’un siècle, mais elles sont nées à huit cents ans d’intervalle.
La troisième nous vient de Saint-Jacques-de-Compostelle : c’est la fête de la ville. Celle que les habitants de Saint-Jacques vivent pleinement, avec leurs processions, leurs géants et leurs figures à grosse tête, leurs fanfares qui traversent le centre historique, et leur manière unique de célébrer, qui a peu à voir avec le tourisme et beaucoup avec l’appartenance à ce lieu.
Ce qui avait commencé comme un pèlerinage s’est transformé en célébration. Ce qui avait commencé comme une célébration est devenu quelque chose d’indescriptible.
Quiconque arrive à Saint-Jacques-de-Compostelle le 25 juillet vit simultanément trois fêtes sans même s’en rendre compte. Les habitants de Saint-Jacques, les Galiciens et les pèlerins du monde entier affluent sans cesse. Ils le font depuis des siècles.
Le Botafumeiro : 62 kilos volant à 68 km/h

La cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle est le lieu central des festivités, mais son histoire est bien plus riche qu’il n’y paraît. On y vénère les reliques de l’apôtre Jacques le Majeur, et c’est le point d’arrivée du Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle .
C’est ici que se déroule l’offrande solennelle à l’Apôtre. Le Botafumeiro , un encensoir gigantesque qui se balance majestueusement, emplit la nef d’encens. En galicien, il signifie littéralement « lanceur de fumée », et c’est l’encensoir le plus célèbre au monde. Symbole de purification, il est un élément incontournable de la tradition.
Son histoire commence par un problème d’hygiène . Au Moyen Âge, des milliers de pèlerins arrivaient à la cathédrale après des semaines de marche sans pouvoir se laver. Certains y passaient même la nuit. L’odeur était insupportable. La solution fut un encensoir géant qui purifierait l’air grâce aux prières qui s’élevaient avec la fumée. Ainsi naquit le Botafumeiro.
Le modèle actuel, forgé en 1851 par l’orfèvre de Compostelle José Losada en laiton argenté, pèse 62 kilogrammes et mesure 1,50 mètre de haut. Pour le mettre en mouvement, huit hommes, appelés tiraboleiros , tirent une corde de 65 mètres et de 90 kilogrammes à travers un système de poulies. Il en résulte un pendule qui oscille d’un côté à l’autre du transept de la cathédrale, atteignant une vitesse de 68 km/h et une hauteur de 21 mètres au-dessus du sol.
Il y a deux choses que presque personne ne sait à propos du Botafumeiro. Premièrement : les troupes napoléoniennes l’ont volé lors de leur invasion de la Galice. Deuxièmement : il en existe deux . L’original, datant de 1851, et une réplique en argent offerte en 1971, qui n’est utilisée que pendant la restauration de l’original. C’est l’original qui se balance lors des grandes festivités, notamment le 25 juillet.
L’offrande qui a failli disparaître
Chaque 25 juillet, le roi d’Espagne ou son délégué pénètre dans la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle et présente l’ offrande nationale à l’apôtre . C’est une cérémonie d’un protocole rigoureux au cours de laquelle l’offrant, devant l’archevêque et des milliers de fidèles, prononce un discours au nom de l’Espagne et dépose symboliquement l’offrande devant l’autel de l’apôtre. Une procession officielle, une messe solennelle et le balancement du Botafumeiro complètent le spectacle. Cette tradition se perpétue, presque sans interruption, depuis 1643 .
C’est cette année-là que Philippe IV l’institua comme acte de dévotion de la monarchie espagnole envers l’apôtre, à une époque où la tradition de Compostelle elle-même était remise en question : des groupes influents faisaient pression pour remplacer saint Jacques comme saint patron de l’Espagne par l’archange saint Michel. L’offrande fut la réponse de la Couronne.
Elle a failli disparaître en 1812 , lorsque les Cortes de Cadix, premier parlement moderne d’Espagne, ont voté son abolition. Un changement politique l’a sauvée. Depuis, elle a survécu aux guerres, aux républiques, aux dictatures, aux démocraties et aux bouleversements de toutes sortes. Elle est observée depuis plus de 380 ans sans presque aucune interruption, et rien n’indique qu’elle cessera un jour. ■












