Michel Maffesoli est très présent — depuis des années — dans nos colonnes : conférences en vidéo, tribunes, etc. Pour le retrouver suivez ce lien : MICHEL MAFFESOLI.
Michel Maffesoli est l’une des figures marquantes de la sociologie française contemporaine, dont l’œuvre a largement contribué à renouveler l’analyse de la postmodernité. Professeur émérite à la Sorbonne, il a développé une pensée originale attentive à l’imaginaire, aux communautés, aux émotions collectives et aux nouvelles formes du lien social. Ses notions de « tribus », de nomadisme et d’« enracinement dynamique » ont souvent anticipé des phénomènes devenus centraux avec les réseaux sociaux et la fragmentation des appartenances. Refusant les grilles d’analyse exclusivement rationalistes, il privilégie une sociologie compréhensive, sensible aux pratiques quotidiennes et aux mutations profondes des sociétés. Son œuvre, abondante et traduite à l’étranger, lui confère un rayonnement intellectuel qui dépasse largement le cadre français. Ses deux ouvrages les plus récents, parus en 2026, Le Réenchantement du monde – Une éthique pour notre temps et Mes Tribus – Souvenirs, pensées, rencontres, prolongent et éclairent un parcours intellectuel de plus de cinquante ans. o ■












« Encore un siècle de journalisme et tous les mots pueront ». La phrase est de Nietzsche. La prophétie du philosophe est réalisée.
Premièrement, Maffesoli ne cite pas Valéry mais Nietzsche (et il le dit bien) ; deuxièmement, il ne faut pas se fier aux montages vidéos, qui donnent un sentiment partial de ce qui a pu se dire entre deux interlocuteurs… En l’occurrence (j’ai cherché la chose), ce montage-là vient d’un site dont l’accroche est «Monumental clash, Pascal Praud, humilié». Or, il n’y a aucun «clash» et Pascal Praud n’est pas plus «humilié» qu’il n’a l’air de «regretter d’avoir invité» Maffesoli, tout comme il ne prend pas de «cours de journalisme», comme il est dit dans notre titre. La réalité est bien plus banale : Pascal Praud laisse un peu parler, et il intervient en répétant ses mantras habituels («ce sont aussi les artistes, les politiques» etc.) ; est-ce pour diluer la féroce vue de ce que sont les journalistes ? Sans doute un peu, mais Praud abonde tout de même. Il a triste mine, en effet, mais, avec ou sans Maffesoli, il y a de quoi faire ainsi mine.
En outre, il y a lieu de toujours tempérer son enthousiasme pour les propos de sociologues ; en effet, ce type d’individus est très séduisant, parce que la méthodologie sociologique est extrêmement maline, et le système sociologique extrêmement bien rôdé, tant et si bien que les formulations sont logiquement impeccables – ce qui est foncièrement «logique» frappe au coin du plus intelligent «bon sens» – ; or, le sociologue étant toujours très bien outillé cérébralement, il s’ensuit une construction impeccable, doublée d’un apparent bon sens et triplée de références toujours très bien choisies et quadruplées encore de tout ce que le sociologue individuel s’exprimant aura su y mettre de sa personnalité, généralement, assez bien tournée. Sauf que, si l’on observe plus attentivement, les sociologues disent TOUS la même chose, ou plutôt, tout ce qu’ils disent est frappé au coin du MÊME raisonnement, de quelque chose qu’ils puissent bien entretenir le monde. Sauf à ce qu’ils soient caractériellement idéologisés ; alors, le MÊME raisonnement peut également servir n’importe quelle espèce de cause qui aura été passée au même tamis moralo-cérébral. J’ai en tête un sociologue spécialisé en démographie – dont je ne me rappelle plus le nom –, ancien (et peut-être encore actuel) maoïste, dont les modalités dialectiques répondent à tous les critères d’impeccabilité raisonnable, sauf que cela ne l’empêche nullement de mentir ou de déformer les sources invoquées, etc.
En fait, en modernité, les sociologues ont pris la place des «sophistes» vitupérés par Platon, mais ils reviennent «sociologiquement» aux mêmes travers que leurs ancêtres : la suffisance encyclopédique des ignorants dissimulée sous la «variété» des pseudo-compétences – variété, toujours souriante, imbue de son sourire, auréolée de «largesse d’esprit», mais cyniquement «critique» –, suffisance dissimulée, donc, sous la «variété» quasi chansonnière d’une espèce de «papillonnage positiviste», c’est-à-dire, au fond, re-li-gieux, l’entité considérée étant «le fait social», dont l’individu reste psychologiquement indissociable, avec Émile Durckheim planant dans les limbes cérébro-spinales comme grand timonier.
Le sociologue a pour principe d’action le jugement selon lequel celui qui lui fait face ou qui le lit lui est techniquement soumis en ceci qu’il ne peut pas savoir ce que lui, sociologue, a scrupuleusement étudié, disséqué, réduit en vénérable bouillie pour le chat, devant lui, lequel doit laper avec gourmandise.
Dans l’extrait, on voit clairement, non la réalité, mais ce à quoi le sociologue veut invariablement réduire l’interlocuteur : une «humiliante» humilité.
Nietzsche n’a pas eu le temps de connaître les sociologues, mais il les avait pressentis, dans l’association suivante : «Optimisme, socialisme et journalisme sont les mamelles du crétinismes» (je ne sais plus où cela se trouve). L’optimisme sociologique étant de fallacieusement prophétiser les plus grandes catastrophes, tout en étant persuadé que celles-ci épargneront immanquablement celui qui les annonce. Maffesoli, prend la précaution oratoire de tempérer son «ça va saigner» antérieur d’un patelin «et j’ai tort de le dire» : il ne s’en lave pas les mains, mais les pieds, car, en bon anarcho-situationniste, il se rêve «tout Dieu, tout maître», mais in-dé-pen-dant, c’est-à-dire qu’il se savonne lui-même les arpions…