
Entretien par Ronan Planchon.

Cet entretien est paru le 26 octobre dans Le Figaro. De nombreux sujets y sont évoqués, depuis la permanence des pulsions humaines obscures, y compris celles du corps social en tant que tel, surtout lorsqu’il est multiculturel, jusqu’aux causes plus techniques du mécontentement populaire le plus légitime. « Si les citoyens s’arment, c’est que l’État a failli » : aujourd’hui, c’est l’évidence. Plus subtile et intéressante est la remarque selon laquelle, pour l’instant, « l’extrême gauche a réussi à étouffer la révolte des classes populaires et moyennes de la France périphérique, en première ligne dans la crise économique et sociale ». Une crise qui est multiforme, étendue à à peu près tous les domaines de la vie personnelle et sociale, nationale et internationale, économique, générationnelle (angoisse des jeunes), civilisationnelle, identitaire. Crise de la modernité, rupture du présumé « contrat social » et bruits de guerres civile et étrangère. Le progressisme des trois derniers siècles apparaît aujourd’hui comme fini ou finissant, ou, comme on l’a dit déjà, « les Lumières sont éteintes ». Sauf si les hommes en avaient assez de vivre, il faudra bien, à partir d’un tel chaos, rechercher les bases et les principes d’un ordre vrai, authentique. Pierre Boutang dirait : « un ordre légitime et profond ». Ce n’est pas, on le sait bien, l’optique de nos dirigeants, ou censés l’être. A cette heure, il vivent sous l’empire de la peur des pillards ! — Je Suis Français
ENTRETIEN – Des pillages dans les rues de Paris à la tuerie de Trappes, l’historien analyse, dans une interview fleuve, les causes profondes de la montée de la violence dans notre pays. Selon lui, elle se nourrit d’un effet de contagion, car chaque agression en appelle une autre et relance la désignation de boucs émissaires, alors que l’État peine à imposer son autorité.
Normalien, agrégé et docteur en histoire, Pierre Vermeren est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages remarqués, comme « La France qui déclasse. De la désindustrialisation à la crise sanitaire » (Tallandier, « Texto », 2022) et « L’Impasse de la métropolisation » (Gallimard, « Le Débat », 2021). Prochain livre à paraître en septembre : « Le Grand Dérèglement. Ce que la France refuse de voir » (Odile Jacob).

LE FIGARO. – Un individu a tiré dans la rue, vendredi 23 octobre au matin, à Trappes et à La Verrière (Yvelines) , tuant une personne et en blessant quatre autres. L’atomisation, la perte des repères et de l’autorité nous ont-elles fait basculer vers une société d’ultraviolence ?Publicité
PIERRE VERMEREN. – La violence appelle la violence. C’est à cause de cela que les sociétés s’organisent pour confier le monopole de la violence légitime à l’État qui les dirige. En France, malgré trois crimes de sang par jour, et bien plus de tentatives d’homicides, nous faisons semblant de les ignorer. C’est pourtant une explosion par rapport aux années 2000, et cela croît chaque année. Ces actes sont d’origine criminelle, intrafamiliale ou crapuleuse, mais ils cachent toutes sortes de sombres motivations. Je n’oublie pas qu’au soir du 7 octobre 2023, la tragédie israélienne a déclenché une vague d’agressions antisémites en Europe, car le sang appelle le sang. Il faut donc être extrêmement vigilant, et c’est bien ce sur quoi travaillent au quotidien les forces de l’ordre et les services de renseignements intérieurs, afin de détecter les personnes ou les groupes susceptibles de passer à l’acte, parce que dérangés, armés, suridéologisés, etc. Il existe dans toute société, a fortiori dans une société multiculturelle et en crise comme la nôtre, nombre d’individus au bord de la rupture. C’est la raison pour laquelle tous les publicistes, acteurs politiques ou autres plumitifs qui cultivent la violence et exaltent les passions mauvaises, la rancœur, le ressentiment ou la haine (sociale, religieuse, ethnique etc.) sont irresponsables.
Se dirige-t-on vers une société où des citoyens s’arment, notamment face au sentiment d’impuissance de l’État ?
Il faut tout faire pour s’en prémunir. La France était depuis les années 1960 une société pacifiée ayant appris à régler ses conflits internes par l’obéissance à la loi et la confiance dans ses institutions. Les dérèglements que l’on observe depuis deux décennies, violences de rue décomplexées, montée ininterrompue de la délinquance (multipliée par 8 depuis les années 1960, selon les statistiques policières) et des incivilités, succession de vagues terroristes d’ampleur inédite en période de paix, interactions avec des guerres extérieures à notre territoire, retour d’un antisémitisme violent et décomplexé, tout appelle à la plus grande vigilance. La société américaine, quoique hyperclivée, parvient à éviter le pire et à régler ses conflits politiques et ses visions opposées du monde dans le cadre électoral légal. Les Français divisés doivent faire de même, car nos ancêtres ont tant payé le prix du sang, de la guerre civile ou de violents conflits (guerres de Religion, Révolution française, 1848, 1870-1871, 1914-1918, 1940-1945/1946, 1954-1963…), qu’il serait fou de se lancer dans des aventures sans retour. Or nous allons être confrontés à une situation économique et financière dont tout indique qu’elle sera violente et amère par ses effets, après des décennies d’insouciance à crédit, et qu’il faut s’y préparer. Si nos concitoyens s’arment, l’État aura failli. À lui de faire entendre sa force et son autorité, par le biais de nos dirigeants élus. Le contraire serait la porte d’une aventure qui peut conduire au pire, car, en période de crise, bonimenteurs, manipulateurs et pousse-au-crime sortent du bois.
Seul l’État, garant de l’ordre public et du pluralisme, en vertu de son autorité et du contrat social, peut inhiber les vieilles passions endormies, mais jamais mortes.
Le suspect de cette tuerie, Kevin T., est âgé de 39 ans . Notre société est-elle passée à côté de la radicalisation progressive de nombre de jeunes hommes isolés en guerre contre la société ? Quels facteurs ont contribué à cette radicalisation ?
Nous savons que les services de renseignements travaillent sur ces groupes et sur ces personnes. Mais je sais que la violence est mimétique, comme toutes les pratiques sociales, et que la recherche du bouc émissaire et le ressentiment sont les causes universelles des guerres civiles. René Girard a tout écrit sur cette question qui est au fondement de notre civilisation. Face au terrorisme qui a déchiré notre société il y a une dizaine d’années, toujours menaçant, et face aux violences urbaines que nous avons évoquées, et que nos dirigeants peinent à contenir, il serait utopique de penser que parmi des dizaines de millions de personnes, souvent traumatisées ou apeurées, 100 % vont rester apathiques, regarder l’histoire du monde se faire à la télévision, et s’en remettre à leur État.
Dans les marges, il y aura toujours des individus, sains ou non d’esprit, et des groupements politiques, qui se saisiront d’événements traumatisants pour se venger, pour surenchérir, pour libérer leurs pulsions – toujours actives dans l’espèce humaine, etc. Regardez comme les vieilles passions politiques, parfois éteintes en apparence, le nationalisme, l’anarchisme, le régionalisme, l’antisémitisme, le vandalisme, le radicalisme révolutionnaire, le décolonialisme, le fanatisme religieux, le racisme décomplexé, etc. peuvent se réactiver. Seul l’État, garant de l’ordre public et du pluralisme, en vertu de son autorité et du contrat social, peut inhiber les vieilles passions endormies, mais jamais mortes.
Si les manifestations du 24 octobre ont été relativement calmes, les pillages du 17 octobre montrent-ils qu’une « tradition émeutière » s’installe en France ? Les émeutes et pillages dans les grandes villes du week-end dernier révèlent-ils une forme d’habitude, un répertoire de violences qui s’ancre peu à peu dans le pays ?
C’est malheureusement le cas. Cela ne fait avancer aucune cause, hormis la radicalisation du corps électoral. Les émeutes accompagnées de pillages, de caillassages ou d’incendies de véhicules, ont longtemps été cantonnées de 1981 à 2005 aux banlieues de Lyon et Paris. En octobre-novembre 2005, les émeutes de banlieues ont constitué l’apothéose de la séquence, notamment en Seine-Saint-Denis, obligeant Jacques Chirac à proclamer l’état d’urgence le 8 novembre. Puis, pour la première fois en 2006, lors des manifestations contre le Contrat de Première Embauche (CPE), contesté par la jeunesse scolaire et étudiante, des émeutes violentes ont gagné Paris les 16, 23 et 28 mars 2006. De premières scènes de vandalisme et de pillage ont eu lieu contre des manifestants, des passants et des boutiques. 20 ans plus tard, les « doses » ont régulièrement monté ; le phénomène s’est répété, étendu, durci et généralisé à l’archipel urbain. Depuis les émeutes de la mort de Nahel Merzouk en juin-juillet 2023, qui ont touché 672 communes et mobilisé 200 000 émeutiers, le phénomène s’est répété. Le 17 octobre 2026 restera comme la triste apothéose de la nouvelle séquence : certes, seule vingt métropoles et grandes villes ont été touchées, mais avec un record de destructions et d’actes de prédation. Donc sous des formes et des périmètres variables, comme certains anthropologues le considèrent, au bout de dix ans, la nouvelle pratique est devenue « tradition ». Depuis l’été 2009, lors de violentes émeutes de banlieue à Tremblay-en-France, les émeutiers ont transformé les mortiers d’artifices en armes de combat pour éloigner les forces de l’ordre. En dépit des restrictions à la vente en France depuis décembre 2009, comme les cigarettes de contrebandes qui couvrent désormais la moitié du marché français, les mortiers d’artifice rentrent par conteneurs ou camions entiers et frauduleux pour alimenter les émeutiers…
Ces émeutes et les pillages dans les grandes villes traduisent-ils un rejet de l’ordre public et économique, qui prospère à la faveur d’un État affaibli ?
L’État n’est pas faible, il n’utilise pas pleinement sa force, en tout cas pas dans la configuration émeutière. Dans une démocratie, l’usage de la force est aux mains du politique, et les forces de l’ordre obéissent. Lors des manifestations et des émeutes des « gilets jaunes », le pouvoir a fini par imposer sa force pour dissuader les manifestants par la répression, les blindés et les amendes de rue distribuées par milliers. Mais face aux jeunes émeutiers, qui plus est aux cortèges comprenant des lycéens, le pouvoir politique semble paralysé. Il préfère nettement la casse matérielle à un mort, de quel côté qu’il se trouve, et cela se comprend. Mais cela contraint les forces de l’ordre et laisse une grande marge de manœuvre aux émeutiers et aux pilleurs, qu’il ne faut pas confondre avec les manifestants qui revendiquent.
En 2008 comme en 2026, l’extrême gauche a réussi à étouffer la révolte des classes populaires et moyennes de la France périphérique, en première ligne dans la crise économique et sociale.
Quand la casse devient gigantesque, avec peut-être 1,2 milliard d’euros de dégâts en un week-end, et des images propres à dissuader investisseurs et touristes internationaux pour des mois, cela devient destructeur d’une économie déjà à l’arrêt. Les pilleurs agissent à la fois par colère, par défi, par intérêt et de manière ludique à certains égards. C’est une forme de carnaval dévastateur, qui s’est toujours glissé derrière les mouvements révolutionnaires. C’est un mystère de l’homme, rongé par la pulsion de mort, ce qui peut le conduire jusqu’à l’extrême à des scènes bestiales dans les guerres civiles. Nous n’en sommes pas là, mais seule une plus grande force déterminée peut faire rentrer la violence dans son lit. Dans le tiers-monde, ce genre d’émeutes a souvent été stoppé à la mitrailleuse. En Europe du Nord, la police et la justice ont la main très lourde. L’illusion qu’en France on peut tout faire sans rien encourir devra bien être stoppée…
Ces violences ont largement épargné la France rurale et périurbaine. Faut-il les rapprocher des heurts qui suivent les victoires du PSG en Ligue des champions plutôt que du mouvement des « gilets jaunes » de 2018 ? Que révèle cette différence sur la sociologie des manifestants aujourd’hui ?
Ces événements sont en continuité avec les émeutes liées au PSG, parisiennes par leur localisation, banlieusardes par leurs acteurs… Comment d’ailleurs ne pas voir que la montée en tension des lycéens, puis des jeunes métropolitains et banlieusards, pendant trois semaines d’octobre, a court-circuité et invisibilisé le retour des « gilets jaunes », programmé depuis cet été pour le 17 octobre – date anniversaire fortuite des événements commémorés en Algérie du 17 octobre 1961 ? En 2008 comme en 2026, l’extrême gauche a réussi à étouffer la révolte des classes populaires et moyennes de la France périphérique, en première ligne dans la crise économique et sociale. Elles sont en effet triplement frappées par la stagnation des revenus amputés par l’inflation, par la crise pétrolière qui frappe le monde rural où la voiture n’est pas un choix (sauf retour au cheval) et par l’éloignement des services publics ; à l’inverse des banlieusards, qui sont peu impactés par le prix du carburant du fait des transports publics, et qui disposent des services publics métropolitains, comme les CHU et les universités.
Bref, en 2018, l’extrême gauche a rattrapé, puis peu à peu occulté les « gilets jaunes » par sa violence insurrectionnelle : les « fachos » méprisés des ronds-points ont cédé la place aux « fâchés pas fachos » (Mélenchon) des centres-villes. La ville a chassé la campagne, ce qui convient très bien aux médias, et renvoie aux clientèles de l’extrême gauche, presque exclusivement métropolitaines, comme au XIXe siècle. En 2026, l’extrême gauche a pris en main et fait monter le mouvement lycéen, ce qui lui a permis d’asphyxier par avance l’espace qu’espéraient s’approprier les « gilets jaunes », à nouveau dindons de la farce.
Le mouvement est né de revendications sur les conditions d’études et sur Parcoursup. Faut-il y voir aussi l’angoisse d’une génération devant un horizon bouché, en particulier dans les grandes métropoles, où l’accès à la propriété semble hors de portée ?
L’angoisse des jeunes ne fait guère de doute au regard de la qualité de la formation qui leur est délivrée en primaire et dans le secondaire, dès lors que leurs élèves peuvent obtenir passages et examens sans réel travail, tout au moins pour le grand nombre. L’école doit contraindre au travail et ne peut pas parier sur la seule conscience morale, l’intérêt spontané ou la passion d’apprendre de ses élèves. A fortiori dans une société qui disperse l’attention à toute seconde, en offrant des possibilités gratuites et quasi illimitées de distraction et de jouissance immédiate. À cela s’ajoute pour les vingtenaires la très grande difficulté à s’installer dans un appartement à soi du fait des prix dans les métropoles, et, pour le grand nombre, de faire des études sans travailler en parallèle, ce qui ampute d’autant le temps d’étudier. Nombre de jeunes ruraux ou d’habitants des petites villes renoncent d’ailleurs aux études et à la ville inabordable. Or un étudiant sur deux de l’université n’obtient pas sa licence, car on lui a vendu du rêve à vil prix, et ceux qui vont dans le privé commercial achètent souvent des diplômes sans grande valeur marchande. Dès lors, la rancune monte envers la société, notamment vis-à-vis des retraités, appelés « boomers », qui représentent un quart de la population et reçoivent un huitième du PIB sous forme de pensions. La société de pénurie attise les tensions et la recherche de boucs émissaires.
Les critiques adressées à Parcoursup ne sont-elles pas aussi une critique adressée à la méritocratie ? La promesse illusoire d’un diplôme qui garantirait une place a-t-elle été une bombe à retardement sociale ?
Parcoursup a été créé pour affecter chaque bachelier dans le supérieur. Il sert en premier les étudiants ayant de bons résultats, faisant sentir aux moins bons, voire aux très faibles, que leur affectation se fait par défaut. Il leur faut attendre quelques semaines que les meilleurs, une fois pourvus, se désistent, et qu’au pire leur vœu plancher (s’ils l’ont fait) se réalise. À cela s’ajoute le doublement des étudiants étrangers voulu par le président depuis dix ans, qui a raréfié les places dans un système sans crédits ni postes supplémentaires. On augmente les étudiants et il y a moins de professeurs d’université qu’il y a vingt ans… En outre, la montée générale des notes du bac, engagée il y a plus de vingt ans, n’arrange pas les choses : quand des centaines de milliers de bacheliers ont des mentions, comment déterminer les plus méritants et lesquels sont vraiment bons et motivés ? Il y a donc beaucoup de perdants, de mal orientés et de fausses promesses. Mais, comme l’État, sans autorité, refuse de dire à un mauvais élève qu’il doit tenter sa chance ailleurs, on embolise le système.
Une lente dégradation est parfois au rendez-vous, incontestable, notamment dans des lycées professionnels, lesquels accueillent une grande partie des enfants des « classes populaires de banlieues ».
Qu’ensuite, il y ait de mauvais diplômes, c’est autre chose. On forme trop d’étudiants dans les filières artistiques, de sciences politiques, de sciences humaines, de commerce, de sociologie, de psychologie, en staps, etc., sans parler des ravages en cours de l’IA. Or les services aujourd’hui surprivilégiés accompagnent en théorie la production, que l’on a abandonnée. Il faudrait plus d’étudiants en sciences et dans les filières techniques qui ont besoin de bras et de compétences. Mais l’effondrement scolaire en sciences et le mépris envers les filières techniques et des métiers pourtant bien rémunérés minent le système et notre économie. Un bon diplôme dans un secteur en crise ne vaut rien. Et beaucoup snobent les concours de la fonction publique qui les astreindraient… en envoyant par exemple de jeunes enseignants en banlieue ou à la campagne… La méritocratie est impuissante à résoudre ces contradictions.
Les jeunes dénoncent aussi le délabrement de leurs lycées. Est-ce un prétexte ou le symptôme d’un délitement général des services publics, et plus largement d’un déclassement collectif ?
Si tel est le cas, le bâti des collèges et lycées relèvent de la stricte responsabilité des conseils régionaux. Dans les régions où la jeunesse est nombreuse, c’est évidemment plus difficile qu’ailleurs. On construit en France des lycées flambant neufs, car la maladie de la commande publique et le BTP poussent en ce sens, quand une bonne rénovation ferait souvent l’affaire. En attendant, une lente dégradation est parfois au rendez-vous, incontestable, notamment dans des lycées professionnels, lesquels accueillent une grande partie des enfants des « classes populaires de banlieues ». Mais en France, on ne connaît qu’un seul interlocuteur, l’État. Et comme il ne peut pas répondre pour autrui, on casse…, mais jamais dans les lycées agricoles ! À Lormont, en banlieue bordelaise, on a saccagé le 8 octobre un magnifique lycée professionnel rénové avec son matériel très coûteux (200 000 euros de dégâts) : les casseurs étaient-ils des lycéens frustrés par leur avenir professionnel, ou des extérieurs venus tout casser ? On oublie que près d’un quart des jeunes demeure exclu du bac, souvent condamnés à la précarité, ce qui peut nourrir une sombre colère chez ces ignorés de la société…
Quant à la dégradation des services publics, le sujet est bien plus vaste. Mais il est évident qu’il faudrait des services publics mieux adaptés : moins de bacheliers, mais de meilleur niveau ; plus de filières professionnelles, et une véritable adaptation aux métiers qui recrutent et dont l’économie a besoin. L’illusion d’un système unique et égalitaire pour tous, doublée d’une sélection par l’échec, font des ravages politiques et psychologiques dans une jeunesse fragilisée. Les entrepreneurs de révolution n’ont pas de mal à exploiter ces frustrations et les balivernes répétées par un système aveugle aux différences.
Quelque 3 000 magasins ont été dégradés ou pillés. Dans le même temps, la gauche insoumise ne fait plus de la grève le levier central pour faire plier le gouvernement et semble privilégier d’autres formes d’entrave. Le 17 octobre marque-t-il l’acte final de la rupture entre la gauche et les travailleurs ?
La CGT est d’autres organisations ont appelé à une grève générale à partir du 5 novembre. Parallèlement aux formes insurrectionnelles et émeutières, les syndicats maintiennent donc les formes traditionnelles de la contestation syndicale : le défilé (ce samedi 24) et la grève (le jeudi 5). Mais cela ne change rien au fait que la classe ouvrière et les classes populaires en général ont depuis longtemps rompu avec la gauche. Cette population s’est pour moitié désaffiliée des partis et de la vie politique et syndicale, et l’autre est passée du PCF, qui faisait encore plus de 20% des voix en 1978, au FN puis au RN, devenu le premier parti ouvrier de France. Même s’il existe toujours une fraction de permanents et de délégués syndicaux ouvriers -notamment parmi les travailleurs musulmans-, l’essentiel de la vie syndicale s’est réfugié dans la fonction publique, et dans la petite classe moyenne intellectuelle dont la secrétaire générale de la CGT est une bonne représentante. Quant à LFI, elle recrute dans ces deux milieux de manière privilégiée, puisque l’électorat musulman actif lui accorde l’essentiel de ses suffrages exprimés ; ses autres électeurs proviennent de la petite bourgeoisie intellectuelle à statut précaire ou frappée de déclassement, enfants de bourgeois des métropoles, étudiants ou fonctionnaires. Cette population très politisée mais minoritaire se radicalise à l’approche de la présidentielle. En dehors d’une fraction activiste, elle préfère les formes traditionnelles de la gauche contestataire, mais sans le soutien du peuple ouvrier, et en étant rattrapée et dépassée par un lumpenprolétariat hilare venu des banlieues, qui s’adonne aux violences de rues et à la prédation. Évitons de rappeler ce que Friedrich Engels disait de cette population en 1870… ■












Du Figaro pur jus. Toutes les apparences d’une analyse bien argumentée mais affaiblie (politesse oblige) par ses omissions béantes. Dirigeants discrédités, frontières disparues, carcan imposé par la « broyeuse », information bancale, et tout le reste : dettes, désindustrialisation au « profit » des « services »… jusqu’aux menaces d’une guerre incompréhensible et perdue d’avance . Certes, on ne peut tout approfondir en même temps mais rien n’interdit de le signaler brièvement. À défaut, ça relève de l’ « omerta » d’ « milieu ».