
Par Mathieu Bock-Côté.
COMMENTAIRE JSF — Cette chronique du Figaro est parue ce 31 octobre. On pourra considérer qu’elle enfonce des portes ouvertes, que tout le monde sait ou sent ce qu’elle décrit : cette situation de pré-guerre civile, d’ailleurs prévue et annoncée depuis longtemps par quelques esprits lucides. Seulement, la prévision se concrétise ; les Français en subissent aujourd’hui les effets immédiats, en voient les images effarantes, sans qu’il soit bien sûr qu’ils en conçoivent les conséquences possibles, probables même, encore à venir. L’insouciance des politiques, par exemple, fait pitié : ceux du centre et leurs frères de gauche, ceux de la droite libérale, collectivement les vrais responsables du chaos, poursuivent leurs jeux politiciens, leurs rêves présidentiels comme si de rien n’était : « le moment Lisnard », « le doute Retailleau », Xavier Bertrand qui « trace sa route », l’inconsistant Glucksmann et Hollande en embuscade… Dérisoire inconscience d’une « élite » sans qualité – comme la société qu’elle incarne – dont on comprend qu’elle n’inspire à ses adversaires révolutionnaires, principalement à la jeunesse, que du mépris. Est-ce ainsi que, comme en 1789, en 1917, comme aux derniers temps de Rome, une société glisse dans l’insouciance vers sa propre fin ? — JSF
CHRONIQUE – À quelques mois d’une présidentielle historique, les manifestations et les émeutes se multiplient. Cette situation serait simplement chaotique s’il n’existait pas une force politique pour la récupérer.

Chaotique. » « Insurrectionnelle. » « Prérévolutionnaire. » « Guerre civile. » Ces termes s’imposent de plus en plus pour décrire la situation présente, où les manifestations se multiplient, les émeutes aussi, à quelques mois d’une présidentielle historique. L’insécurité ordinaire à laquelle les Français s’étaient habitués en modifiant leurs comportements au quotidien témoignait déjà d’un effondrement des digues refoulant la violence à la marge de l’ordre social, et inhibant les pulsions agressives de la bête humaine.
Mais nous n’en sommes plus là. Ce stade est derrière nous. La violence a changé de nature. Elle est désormais politiquement assumée. Les milices d’ultragauche, spécialisées dans la guérilla urbaine, ne sont pas composées de simples casseurs. Il s’agit de révolutionnaires militants, professionnels, même, qui veulent pousser la société vers le point de non-retour, où le monopole de la violence légitime n’est plus clair, où une minorité résolue, s’autorisant tous les moyens, cherche à faire tomber le régime, pour qu’un nouveau pouvoir émerge.
Voilà pourquoi LFI ne désavoue pas ces activistes, qui en sont le bras armé. Jean-Luc Mélenchon, en 2025, devant Alain Duhamel, se référait déjà à la prise du pouvoir par le général de Gaulle en 1958, dont on ne peut dire qu’elle s’est faite dans la plus grande transparence légale. Il semble se préparer à la même chose, en version moins propre. On se prétend démocrate, puis on se prépare au coup de force. C’est la taqiya de la gauche radicale. Il se pourrait que dans ce tumulte il y ait des morts : LFI ne les pleurera pas. C’est la jurisprudence Quentin Deranque.
Quant à la violence des banlieues, dont on craint désormais chaque semaine les pillages sur les grandes villes, elle ne répond pas aux mêmes motivations, elle est plus débridée, nihiliste, mais elle n’en trouve pas moins une bande de théoriciens patentés pour la justifier. La jeunesse viendrait régler les comptes de la colonisation par le pillage de masse. On lui prête même un rôle messianique : elle viendrait saccager de l’extérieur un monde qui n’en vaudrait plus la peine -on laisse de côté le désir de jouir par le vol des bonheurs de la société de consommation.
La société des gens ordinaires, sachant qu’on ne la protégera plus vraiment, se barricade, les commerçants espèrent simplement qu’ils ne seront pas ciblés. C’est l’heure du confinement sécuritaire. Tout le monde sait que demain, ou après-demain, si ce n’est déjà le cas aujourd’hui, les pillards et les vandales entreront dans les immeubles et les maisons. Depuis deux semaines, le thème de l’autodéfense s’est normalisé dans la conversation publique. Que se passe-t-il quand la police ne répond plus ?
Mais voilà, cette situation serait simplement chaotique s’il n’existait pas une force politique pour la récupérer. Il y en a une. Je parlais de LFI, revenons-y. LFI n’est pas simplement le parti de gauche le plus radical : c’est un parti factieux, qui se veut l’expression politique et consciente d’une nouvelle France, appelée à se substituer à l’ancienne. De ce point de vue, c’est bien un parti néoléniniste.
LFI n’est pas seul, d’ailleurs. Il a ses proxys qui ont lancé une offensive sans précédent contre la liberté d’expression en instrumentalisant l’abominable tuerie raciste de Trappes. Certains veulent ainsi interdire qu’on puisse évoquer la submersion migratoire, en la faisant tomber sous le coup de la loi. Il suffit de dire que le racisme n’est pas une opinion mais un délit, puis d’élargir jusqu’au délire la définition qu’ils en donnent.
L’élite politique de la nouvelle France sent monter chez elle l’ivresse d’une nouvelle terreur. Il faut faire oublier jusqu’au souvenir de la France d’avant la nouvelle France. Si elle n’a jamais existé, pourquoi voudrait-on la sauver ? Dans le monde qui vient, on vous interdira jusqu’à vos souvenirs, et on en détruira les preuves s’il le faut. La profanation révolutionnaire n’est pas nouvelle.
Alors nous en revenons au point de départ : la situation est prérévolutionnaire. Chacun le sent dans sa chair, tout pourrait basculer. Il est donc normal que devant cela, le régime, se braque contre la droite nationale, présentée comme le plus grand péril, qu’il multiplie contre elle les obstacles, et qu’il laisse faire les violents contre elle. Elle est démocratique ? C’est qu’elle porte un masque. Elle prétend rendre le pouvoir au peuple par l’usage du référendum ? C’est donc qu’elle est tyrannique. Elle plaide pour la liberté d’expression ? C’est qu’elle veut banaliser la haine. Logique, non ? Ou pas.
On s’imagine les hommes au pouvoir machiavéliques. Il leur arrive aussi tout simplement d’être bêtes. o ■o MATHIEU BOCK-CÖTÉ

Les Deux Occidents, Mathieu Bock-Côté, La Cité, 288 p., 22 €. sdp












Le summum de l’intelligence peut être le summum de la bêtise, car elle s’est coupée de la réalité, du bon sens. Orwell a dit que le sens moral était naturel chez les gens ordinaires mais que les élites intellectuelles l’avaient perdu, vivant dans des constructions imaginaires sans contact avec la réalité. Macron en a fait la démonstration. Attention, ce type de personnage à l’ hubris démesuré, ira jusqu’à la destruction totale, le Gottendammerung allemand, « après moi le déluge » des autocrates.