
Du fond du classement à la lumière : Loïs Boisson, un rêve français

Ce « billet de Dominique Labarrière » est paru hier 5 juin dans Causeur. Nous n’y ajouterons pas de commentaire. Nous sommes là, semble-t-il, dans un univers sportif où la Tradition se perpétue, et où le processus de décivilisation qui aura tant marqué les années Macron, n’est pas vraiment à l’œuvre. Ce n’est pas très fréquent. Et ça ne doit guère passionner le président Macron, expert en sensations violentes. JSF
Si ce n’est pas franchement la spécialité de votre gazette préférée, reconnaissons que le sport est parfois magique ! En éliminant, mercredi, à Roland-Garros, la Russe Mirra Andreeva, numéro 6 mondiale, la Française Loïs Boisson accède aux demi-finales…

Elle se nomme Loïs Boisson. Voilà encore trente-six ou soixante-douze heures personne ne la connaissait. Du moins en dehors du petit monde des obscurs du circuit tennistique. À présent, on sait tout d’elle, ou presque. Française, née à Dijon (Côte d’Or), vingt-deux ans, 1,75 m, droitière, revers à deux mains, fille du basketteur Yann Boisson.
Deux matchs gagnés, deux matchs de haut niveau nous la révèlent. Qu’importe au fond la suite du tournoi. Ce qui est acquis est acquis, ce qui est engrangé est engrangé. On peut anticiper les titres et commentaires de la presse. « Sur la terre battue de Roland Garros, éclot une étoile », « La renaissance du tennis français au féminin », « La nouvelle petite fiancée de la balle jaune ». Ou bien pire encore en matière de dithyrambe. Nous verrons bien.
Ni starlette, ni grande gueule
Il n’empêche, cette jeune femme nous fait du bien. Pas seulement parce que, issue du fond du classement, arrivée à la porte d’Auteuil sur invitation, elle est parvenue à se hisser là où on ne l’attendait pas, mais surtout par la manière qu’elle a d’être ce qu’elle est, de faire ce qu’elle fait. Simple, résolue, d’une sobriété impressionnante dans ses réactions, exemplaire dans son comportement sur le cours et en dehors. Souriante en interview, mesurée dans ses propos tout en confessant sans forfanterie ni feinte modestie son ambition « d’aller au bout ». Cela nous change des exubérances déplacées et surjouées de certains compétiteurs – Français notamment – au moindre point gagné, au moindre but marqué. Elle, tout au contraire, placide, impassible, faussement nonchalante entre les points, d’apparence presque fragile mais armée d’un sang-froid et d’un flegme qu’on dirait made outre-manche, ne peut que surprendre en effet. Et séduire.
Donc, jaillissant de quasi nulle part, surgissant du Diable Vauvert comme se serait certainement enflammé un certain Léon Zitrone de cathodique mémoire, elle rayonne. Tranquillement, sans esbroufe. Et, ça fait rêver.
C’est du délire
Rêver pour le prochain Tour de France. Un Français enfin, de jaune vêtu au sommet de la Butte Montmartre, un gars, lui aussi, échappé du fin fond du peloton, un ci-devant porteur de bidons. Bref, un continuateur sur la voie tracée par notre Loïs (je me permets ce « notre Loïs » parce que dorénavant la France entière l’aura adoptée).
En attendant par ailleurs – mais là on frise le délire – une autre compétition, celle du printemps 2027 où un sans grade ou presque, également sorti du marais, mais rompu aux réalités du pays profond, nanti d’un caractère d’airain et de convictions bien réelles, pourrait venir, impitoyable et magistral, renvoyer la clique des prétendants de profession à leurs chères études. Quel pied ! Comme on dit quand on se lâche à la bonne franquette.
La jeune fille de Roland Garros nous fait certes rêver, nous instillant mine de rien quelque chose comme une espèce d’appétence pour l’inattendu. ■ DOMINIQUE LABARRIÈRE


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Magnifique manifestation des qualités du peuple français