
« Léon XIV est proche de Jean-Paul II, qui avait par ses simples mots « N’ayez pas peur » ébranlé puis mis à terre les régimes communistes, à commencer par celui de son pays natal. Politique, mais surtout non élu au suffrage universel – à la différence de Trump – et donc indépendant d’une quelconque base électorale, n’ayant pas à redouter de midterms, et enfin disposant d’un mandat quasiment éternel, sans craindre une réélection, au contraire du président américain. Il cumule ainsi de nombreux avantages. »
Par Xavier Driencourt.

Cet article est paru le 21 avril dans Le JDD. L’auteur resitue le voyage du pape en Afrique — en train de s’achever — à la fois dans la tradition revendiquée du rôle politique universel du Saint-Siège et dans la ligne directement interventionniste de Jean-Paul II, à la fois pour secouer le joug du système communiste à l’est de l’Europe, puis pour dénoncer le matérialisme du capitalisme états-unien, notamment. C’est cette double filiation que Xavier Driencourt met ici en lumière, à l’heure où s’achève le périple africain de Léon XIV. — JSF
CHRONIQUE. Attaqué par Donald Trump qui l’accuse de « faiblesse face au crime », Léon XIV lui a répondu depuis l’Algérie. Politique sans être clivant, indépendant, le pape américain évoque de plus en plus l’un de ses prédécesseurs, Jean-Paul II, analyse le diplomate Xavier Driencourt.

Comment interpréter la séquence politique internationale qui vient de se dérouler ? Quatre mots pourraient la résumer : Donald Trump, Léon XIV, Algérie, Iran. Le face à face entre les deux Américains les plus importants au monde, d’un côté le président de la plus grande puissance mondiale qui, depuis près de deux mois, est en guerre avec l’Iran, de l’autre, le chef de l’État de la Cité du Vatican, le plus petit État au monde mais chef de l’Église universelle.
Trump qui, avec Israël, a déclaré la guerre à l’Iran, s’en est pris à Léon XIV en l’accusant de « faiblesse face au crime », d’être « catastrophique en politique étrangère » et « de servir les intérêts de la gauche radicale ». Le souverain pontife lui a répondu sur le chemin de l’Algérie, calmement, mais par des mots forts qui ne laissaient aucun doute sur sa détermination : le message de l’Évangile dont il est porteur ne devrait pas être instrumentalisé par personne.
On peut se poser la question : pourquoi Donald Trump en veut-il autant au pape ? Parce qu’il est Américain ? Parce que contrairement à la vision qu’a Trump des Américains, Léon XIV n’est pas « MAGA » et ne vote certainement pas pour lui ? Parce qu’il se pose en concurrent en lui apportant la contradiction ? Sans doute pour toutes ces raisons mélangées.
Le message politique de Léon XIV
On comprend d’autant moins les attaques américaines contre le Saint-Père que celui-ci n’est ni issu de la « vieille Europe » – qui fait à sa manière la leçon aux États-Unis –, ni du « tiers-monde » progressiste, mais de Chicago. C’est peut-être aux yeux de Donald Trump le principal défaut de son homologue du Vatican : être Américain et oser faire de la politique autrement que lui. Car finalement, ce pape est peut-être plus politique (mais moins clivant) que son prédécesseur François ; il fait, subtilement, à sa manière, de la politique et il en fera sans doute longtemps. Son message sur la paix, son adresse aux chefs d’État, qui au lieu de « choisir la paix ont le pouvoir de déclencher la guerre » est très politique, mais aussi subtil.

Léon XIV est, somme toute, plus proche de Jean-Paul II, qui avait par ses simples mots « N’ayez pas peur » ébranlé puis mis à terre les régimes communistes, à commencer par celui de son pays natal. Politique, mais surtout non élu au suffrage universel – à la différence de Trump – et donc indépendant d’une quelconque base électorale, n’ayant pas à redouter de midterms, et enfin disposant d’un mandat quasiment éternel, sans craindre une réélection, au contraire du président américain. Il cumule ainsi de nombreux avantages.
Politique, il l’a été également en Algérie : j’ai critiqué le choix de ce pays pour un premier voyage pontifical en Afrique (voyage pas prioritaire ; légitimation du régime de Tebboune ; marginalisation des chrétiens et des catholiques ; utilisation de l’anglais), mais là aussi devant les hiérarques algériens, Léon XIV a délivré un message finement politique : « J’exhorte ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité à ne pas craindre cette perspective (de participation populaire) et à promouvoir une société civile vivante et libre dans laquelle on reconnaît aux jeunes la capacité de contribuer à élargir l’horizon de l’espérance ». Déclaration forte qui là encore, à sa manière, est un message politique aux gérontes d’Alger. Ce n’est pas vraiment un soutien au Hirak, mais c’est un encouragement à l’ouverture et un avertissement. Décidément Léon XIV est plus proche de Jean-Paul II et le couple qu’il formera avec Trump pourrait être proche du couple que formait Reagan avec Jean-Paul II. o■o XAVIER DRIENCOURT
Xavier Driencourt est diplomate, ambassadeur de France en Algérie jusqu’en 2020.












