

Jean de Viguerie, Un historien face à l’Église. DMM, 2025, 128 p., 14,50 €
« L’Église ne trouve plus en face d’elle de dirigeants qui croient au catholicisme comme forme et force sociales nécessaires. »
Par Richard de Seze.
Voici quatre conférences inédites de Jean de Viguerie, l’auteur des Deux patries, qui toutes tournent autour de la foi catholique et de son inscription dans le siècle.

Vaste question, à laquelle l’Église n’a en fait jamais apporté la même réponse au cours des siècles et sur les différents continents. L’Église après la Révolution (2011) explique comment, dans une France violemment et volontairement déchristianisée, l’Église prend conscience aussi bien de ce qu’elle a perdu que de ce qu’elle avait déjà perdu, en quelque sorte : si elle doit « ranimer les âmes », c’est aussi parce que la foi n’y était pas si vivace, en tout cas pas une foi d’apôtres. Mais enfin, la France est revenue à la foi (le spectacle de la Terreur a bien aidé) car la foi paraît être le rempart contre l’horreur. C’est vrai. Et on mesure d’ailleurs les arrière-pensées de ceux qui combattirent encore la foi. Mais l’Église entend épouser le siècle, du moins en France, du moins avec Léon XIII. Loin de goûter le charme de sa différence, elle s’en inquiète.
Une Église entre prudence et modernité
Les miracles de Lourdes et le docteur Bent (2006), conférence faite à partir des carnets retrouvés d’un médecin du Bureau des constatations médicales de Lourdes, carnets écrits dans les années 20, décrit une Église préoccupée. Le docteur Bent (dont Jean de Viguerie retrace la vie avec précision) a constaté lui-même quatre cas de guérison inexplicable. Tant qu’il sera au Bureau, 99 cas de « guérison certaine et extraordinaire » sont acceptés – et une seule guérison sera proclamée miraculeuse, trente-trois ans après. L’Église est réticente. Le miracle fait médiéval, elle se veut moderne. Passe encore que Jésus ait accompli des miracles, évitons de troubler les gens raisonnables (j’avoue tranquillement que le propos de l’auteur, qui, lui, est charitable, est moins net).
Crise et recomposition de l’Église
On comprend que les deux dernières conférences, consacrées à la crise de l’Église (ses prémices et l’année 1976), éclairent pour moi rétrospectivement les premières. L’Église ne trouve plus en face d’elle de dirigeants qui croient au catholicisme comme forme et force sociales nécessaires : au contraire, ses propres membres aspirent à dissoudre ses formes et vont puiser leurs forces à d’autres sources, bien temporelles. « En 1950 tout est consommé. Le néo-modernisme a emporté la partie. […] En somme, le désastre était accompli et personne ne le voyait. Et ceux qui le voyaient et qui mettaient en garde publiquement les catholiques […] étaient montrés du doigt comme des exaltés ou des fous. » Jean de Viguerie fait remonter la crise et son aboutissement au XVIIe, quand Descartes et Malebranche entrèrent dans les séminaires. En 1976, Mgr Lefebvre est violemment pris à partie par ses frères. Mais l’historien, lui, doublé du croyant, veut voir dans cette année le début d’une véritable proclamation publique de la sainteté de la messe, de la pertinence des formes ecclésiales indépendamment du siècle. Les spécialistes du temps long savent donner espoir aux hommes du présent. o ■o RICHARD DE SEZE
Article précédemment paru dans Politique magazine.


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Voir dans les colonnes de Je Suis Français quelques autres publications évoquant Jean de Viguerie.











