
Le discours de la Sorbonne du 25 avril 2024 prononcé avec l’emphase qu’on lui connaît par le président français résonna en creux Outre-Rhin, et le concept d’«Europe puissance» n’intéressa guère. Les divergences se sont amplifiées avec le conservateur Friedrich Merz qui remporta les élections de 2025.
Par Antoine de Lacoste.
Dans l’Union européenne, il y avait un socle. Il s’appelait le couple franco-allemand. Il naquit avec le duo De Gaulle-Adenauer et fut suivi des couples Giscard-Schmidt, Mitterrand-Kohl, Sarkozy-Merkel, même si ce dernier fut un peu plus agité. Avec François Hollande, il ne se passa évidemment rien. Le comportement d’Emmanuel Macron était attendu avec intérêt, d’autant que son inexpérience internationale engendrait beaucoup d’incertitudes.
Au cours de son premier mandat, notre sémillant stratège fut à peu près sage. Il n’était sans doute pas facile pour un débutant d’expliquer le monde à la diva de l’Europe. Mais Angela Merkel prit sa retraite et c’est le pâle et froid social-démocrate Olaf Scholz qui devint chancelier. Le courant ne passa pas. Le discours de la Sorbonne du 25 avril 2024 prononcé avec l’emphase qu’on lui connaît par le président français résonna en creux Outre-Rhin, et le concept d’«Europe puissance» n’intéressa guère. Les divergences se sont amplifiées avec le conservateur Friedrich Merz qui remporta les élections de 2025.
Quand deux hommes caractérisés par une arrogance frisant la pathologie doivent se parler souvent, il est peu probable qu’il en sorte quelque chose de constructif. Mais cela a aidé à révéler au grand jour des intérêts stratégiques devenus sérieusement contradictoires.
Emmanuel Macron a accéléré le surendettement de la France et jette maintenant son dévolu sur les finances européennes. Il plaide pour des « Eurobonds d’avenir », jolie formule qui veut dire qu’on va beaucoup emprunter. Merz n’en veut pas, tout en acceptant un emprunt de 90 milliards destiné à l’Ukraine qui ne remboursera jamais, peu importe, c’est pour une œuvre. Viktor Orban bloque ce funeste projet, mais pour combien de temps ? Le chancelier allemand veut même aller plus loin dans l’aide au pays le plus corrompu d’Europe et pour cela voler les avoirs russes placés dans les banques du vieux continent. Il y en a pour 200 milliards, mais là c’est Macron qui ne veut pas en raison des risques juridiques qui pourraient survenir après la guerre. S’il fallait rembourser aux Russes l’argent que les Ukrainiens auront dépensé, cela risque en effet d’être un peu compliqué.

Certains se demandent pourquoi l’Allemagne tient tant à soutenir l’Ukraine, dépassant même les ambitions françaises ou scandinaves. La réponse est simple : Rheinmetall. Ce conglomérat industriel spécialisé dans l’armement gagne des fortunes avec la guerre. Il vend à l’Ukraine des armes qu’il fabrique et l’Ukraine paye avec l’argent que l’Europe lui donne. C’est simple, ça marche et Rheinmetall est la seule réussite industrielle allemande de ces dernières années, grâce au contribuable européen, impuissant.
Une divergence plus importante encore est apparue. L’Allemagne veut se doter d’une grande armée. Industriellement, elle en est parfaitement capable, démographiquement un peu moins, mais passons. Or elle veut le faire seule, sans la France. Le fameux projet franco-allemand SCAF (Système de Combat aérien du Futur) de 100 milliards d’euros a donc du plomb dans l’aile. Mais l’Allemagne n’a pas l’arme atomique et veut continuer à bénéficier du parapluie américain.
L’Italie, moins ambitieuse pour son armée, tient aussi beaucoup à la protection de Washington. La tradition atlantiste italienne est bien ancrée et les bonnes relations de Giorgia Meloni et Donald Trump ont renforcé les liens entre les deux pays. De plus Giorgia Meloni n’aime pas Emmanuel Macron comme son visage très expressif l’a souvent montré. Elle n’a pas oublié qu’il était très lié avec Mario Draghi et avait été mécontent de sa victoire électorale en 2022.

C’est donc avec un grand sourire qu’elle a accueilli le 23 janvier dernier Friedrich Merz, flanqué d’une bonne dizaine de ses ministres. De nombreux accords bilatéraux ont été signés dans une ambiance fort chaleureuse, et Giorgia Meloni a conclu que « 2026 sera l’année de l’Italie et de l’Allemagne. » Une jolie pierre dans le jardin français.
Isolé, discrédité, moqué, Macron n’a plus qu’un atout pour inverser la tendance : l’arme nucléaire que la France est la seule à posséder de façon autonome en Europe, celle de la Grande-Bretagne étant sous contrôle américain. Il lui reste un an pour organiser son « partage » avec l’Allemagne et peut-être d’autres pays. Ce sera le dernier fleuron de la « start-up nation » ainsi bradé par le plus anti-français de tous nos présidents. o■o ANTOINE DE LACOSTE

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