
Par Gabrielle Cluzel.
« Et voilà que cette utopie trop lisse finit éventrée, renversée par ceux-là mêmes qu’elle célèbre. »
Cet article est paru hier, 7 mai, dans Boulevard Voltaire. Tout commentaire est superflu. On est d’accord ! Gabrielle Cluzel a raison de ne pas verser de larmes — à l’instar de la presse de droite, du Figaro notamment — sur la déconvenue de Yann Arthus-Bertrand et sur « l’art contemporain » foulé aux pieds sans le moindre égard. Il n’en mérite pas. Dans son dernier paragraphe, Gabrielle Cluzel reprend toutefois une antienne usée : « Si des militants d’extrême droite avaient détruit cette exposition… » On connaît la suite. Un peu trop. Un peu rengaine. Un peu facile, et rebattu. Nous goûtons moins ce procédé. Par lassitude. Mais c’est un détail ! — JSF
Les émeutiers, refoulés des Champs-Élysées, se sont rabattus sur une expo de Yann Arthus-Bertrand : « Vivre ensemble ».
Dans la nuit de mercredi à jeudi, après la victoire du PSG sur le Bayern, Paris a une nouvelle fois offert le spectacle désormais classique des « débordements ». Pudeur lexicale de rigueur. Résultat : 127 interpellations, des dizaines de blessés, dont plusieurs policiers. Au matin, la France se réveille avec la gueule de bois et l’on nous explique doctement que « cela aurait pu être pire ». Comme toujours. On n’ose quand même pas tenter le coup des supporters allemands. Dire que l’on envoie le Charles-de-Gaulle vers Ormuz… Que ne le dirige-t-on vers la Seine ?
Place de la Concorde !
Mais le plus savoureux — ou le plus tragique — s’est joué place de la Concorde. Les émeutiers, refoulés des Champs-Élysées, se sont rabattus sur une exposition de Yann Arthus-Bertrand intitulée Vivre ensemble. Tout un programme. Une exposition montée avec le démographe Hervé Le Bras, celui-là même qui expliquait, encore récemment, qu’« il n’y a pas de Grand Remplacement ».
Le projet, soutenu par l’État et la mairie de Paris, se voulait « artistique, culturel et citoyen ». Des centaines de portraits avenants d’une nouvelle France (Hervé Le Bras déclare d’ailleurs, au sujet de ces photos : « Yann et moi avons été saisis de la rapidité avec laquelle la France change. » Pas de Grand Remplacement, donc, mais un grand changement. On avance). La France des plaquettes institutionnelles et des éditos de Télérama.
Et voilà que cette utopie trop lisse finit éventrée, renversée par ceux-là mêmes qu’elle célèbre. On aurait voulu écrire une allégorie qu’on n’aurait pas osé aller si loin : place de la Concorde (!), le « vivre ensemble » détruit en direct par les acteurs mêmes de cette France festive et multiculturelle dont on nous vante chaque jour les mérites. On pourrait en faire un tableau, façon Delacroix (pardon, « Delacroissant », plus adapté pour le sujet) : après La Liberté guidant le peuple, « La Vérité détruisant l’utopie ».
De l’art contemporain…
La scène est, du reste, presque une œuvre d’art contemporain involontaire. L’on introduit le chaos dans un décor harmonieux : le Vagin de la reine à Versailles, le plug anal place Vendôme…. Et hier, les émeutiers place de la Concorde… Ce village-monde Potemkine en papier glacé aux sourires trop appuyés, aux slogans implicites droit sortis des paroisses progressistes des années 1980 — « si tous les hommes voulaient se donner la main » —, vole en éclats, comme soufflé par une météorite. Le vrai vivre ensemble piétine le fantasmé. Le plus fascinant reste la réaction de Yann Arthus-Bertrand lui-même. Très affecté, d’abord, il a ensuite expliqué qu’il préférait retenir « la gentillesse » de ceux qui étaient venus aider à réparer et que cet épisode démontrait finalement… que le vivre ensemble existait. À ce degré-là, ce n’est plus de l’optimisme, c’est une foi mystique.
L’idéologie diversitaire ressemble à ces maris trompés de boulevard qui refusent de voir l’amant en caleçon caché dans l’armoire. Ils referment soigneusement la porte et en veulent à ceux qui les ont prévenus.
Et l’on notera, au passage, l’étrange asymétrie morale du système. Si des militants d’extrême droite avaient détruit cette exposition – et en toute logique, selon leur récit, c’est l’extrême droite qui aurait dû le faire, en ennemie de la culture et du vivre ensemble -, gageons qu’aussitôt, les victimes n’auraient pas minimisé les faits ni détourné le regard pour le garder sur les « belles personne » venues à leur secours. o■ oGABRIELLE CLUZEL
Gabrielle Cluzel
Écrivain, journaliste. Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste.















ce triste spectacle c’est parce que le PSG a GAGNE, et s’il perd que vont faite ces abrutis qui pourrissent le sport, le VRAI. Il serait intéressant de connaître l’origine ethnique de ces individus.