
« Tel est le dernier avatar de l’utopie révolutionnaire. Un avatar post-français, puisque rompant avec l’héritage identitaire de l’“ancienne” France. Le rêve de créer l’“Homme nouveau” implique toujours l’anéantissement du “vieux monde” aux multiples visages. »
Par Pierre de Meuse.

Dans Le Figaro du 5 mai, Taguieff nous présente sa critique du mouvement LFI de la manière habituelle chez lui, en catégorisant ses caractères. C’est un travail intéressant parce qu’il met ainsi en lumière l’évolution de sa pensée, ou plutôt de ce qu’il accepte d’en dévoiler. Nous nous proposons de passer en détail les éléments de son analyse, en tentant d’en expliquer les ressorts quand nous le pouvons.
Le premier point est l’accusation de complotisme. Un reproche dont la pensée dominante fait un grand usage, et non seulement contre les insoumis, mais à l’égard de toute la pensée contestataire. Ici, il s’agit de l’anticapitalisme qu’il appelle gnostique, et qui consiste à dénoncer les oligarchies. Que veut-il dire ? Qu’il n’y a pas d’oligarchie ? Aristote écrivait dans sa Politique : « Il est démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort, et oligarchique qu’elles soient électives. » Il était donc complotiste ? L’utilisation de ce terme abusif s’explique peut-être par le désir de trouver des alliés dans l’isolement relatif où il se trouve.
Le deuxième point est l’antiracisme de Mélenchon, que Taguieff constate, mais selon lui, c’est un antiracisme « réduit » à l’islamophilie et à l’éloge de l’immigration. À cet égard, deux observations peuvent être faites : d’abord le caractère électoral de ce parti pris. Le chef de LFI se contente d’appliquer à fond le programme Terra Nova du 10 mai 2011, pourtant sévèrement critiqué à l’extrême gauche, qui consiste à délaisser le « discours politique de gauche ouvriériste » et à s’adapter en mettant plutôt en valeur les jeunes, les femmes et surtout les immigrés. Et dans cette immigration, les groupes les plus mobilisables sont évidemment les islamistes.
Ensuite, il faut noter que Taguieff se garde bien de reconnaître que l’antiracisme « vrai » a joué un rôle clef dans le développement de l’immigration incontrôlable des cinquante dernières années. C’est pourtant une réalité que bien des études ont démontrée, notamment celles de Patrick Weill. Bien sûr, nous ne demandons pas à Taguieff de se couvrir la tête de cendres, ce qui serait stérile, mais de réfléchir au moyen de réparer cinquante années d’erreurs.
Le troisième point est l’antisionisme radical. Ce qu’il écrit est globalement vrai, et il s’inscrit dans la mobilisation des masses musulmanes à son profit. Nous y reviendrons car ce reproche est fondamental dans le choix récent de Taguieff.
Le quatrième point est un antifascisme grossier. « Un » antifascisme, vraiment ? L’antifascisme n’est-il pas toujours et par nature, depuis son invention par le Komintern dans les années 1920, une manipulation de rhétorique agressive et une instrumentalisation ? Et n’est-il pas commun à toute la gauche ?
Le cinquième point est « un anti-conservatisme radical ». Reconnaissons que c’est bien vu. Mais cette vision néophiliste est issue des Lumières, de Kant notamment. Ne faudrait-il pas aussi en faire la critique ? D’autant que Mélenchon met au service de ce « bricolage » un réel talent.

Une fois déposé son diagnostic, Taguieff s’emploie à montrer combien le projet mélenchonien conduit les peuples européens à une « déseuropéanisation » assumée, grâce à des envolées sur l’origine africaine de l’humanité ou la laideur des types physiques des Blancs. Décrivant les assistances de LFI, Taguieff ne manque pas de souligner l’enthousiasme des sympathisants en écoutant ces slogans antiracistes et antiblancs. Mais il prend soin de mettre des guillemets à « Blancs » et « antiracisme ». Dans la suite de l’article, ces signes disparaissent. Nous avons la présomption optimiste d’y voir un bon présage.
Tout ce développement est flou : que signifie déseuropéaniser ? Si Taguieff (et ses disciples néomaurrassiens) admettent que l’Europe a des caractères propres et que le brassage avec d’autres peuples peut leur porter atteinte, alors tout le postulat antiraciste s’effondre. Il devient alors imprudent de décocher des condamnations pour racisme.
Alors notre philosophe s’exclame qu’« on a des raisons de craindre que la “nouvelle France” promise prenne la figure d’une nouvelle “France antijuive” ». Que vient faire son inquiétude dans son raisonnement ? Nous y voilà ! Taguieff nous dévoile ainsi sa plus puissante motivation ! Saluons ces aveux de beaux sentiments. Même si nous aurions préféré que l’angor patriae dont elle témoigne s’adresse à la France plutôt qu’à la « matrie juive » selon l’expression de Jules Isaac.
Et Taguieff conclut : « Tel est le dernier avatar de l’utopie révolutionnaire. Un avatar post-français, puisque rompant avec l’héritage identitaire de l’“ancienne” France. Le rêve de créer l’“Homme nouveau” implique toujours l’anéantissement du “vieux monde” aux multiples visages. »
Là encore, c’est bien vu ! Mais ne faut-il pas discerner le lien — trop évident — des postulats de l’antiracisme avec cette idéologie révolutionnaire afin de les rejeter ? Une autre étape vers la recherche de la vérité ?o ■ o PIERRE DE MEUSE
__________________________________
Derniers ouvrages parus















Décorticage lumineux et, surtout, bienvenu, du charabia politique dans lequel nous baignons. Entre ambitions électoralo-lucratives, escamotage des responsabilités et des réalités, abus de slogans mélodramatiques, la France s’enfonce dans la confusion et/ou le non-dit. Entrainée, notamment par ses « intellectuels » chéris des grands media. Le charlatanisme y règne presque sans partage sur les foules apathiques et déboussolées.
C’est aussi mon avis. Merci à Pierre de Meuse pour sa grande clarté. Ça ne court pas les rues.
Très Intéressante l’analyse de Pierre de Meuse
L’antiracisme tel qu’il est utilisé par Mélenchon jusqu’à plus soif est en réalité une sourde haine de soi, une parodie épouvantable de la création, et du don qu’elle nous a fait. » Tout blanc, tout moche » est l’aveu de cette haine de soi, qui nous empêche tout simplement de voir l’autre, de nouer une relation que conflictuelle puisqu’elle l’enferme à son tour dans un pur fantasme (finalement si tous les régimes totalitaires ne seraient pas des fantasmes imposés, des cauchemars, et dur sera le réveil. ) . Il n’est pas étonnant que LFI soit à la pointe du combat pour les lois sociétales les plus inquiétantes, cette bascule anthropologique qui nous fait frémir, cette haine de soi, se transformant en haine de la vie tout court, sous toutes ses formes. Je caractériserais notre époque par la réunion de ces deux totems :
La rave party et la charia. la rave party qui célèbre l’anéantissement de soi ( par la drogue et la musique dispensée) , et en parallèle, la charia qui se profile dans nos villes, quand j’observe l’indifférence de nos élites devant ces phénomènes.
Par ailleurs Pierre de Meuse a sûrement raison de vouloir remonter plus loin : Par exemple Hans Scholl avait écrit le 25 janvier 1942 dans une lettre à une amie :
– « Quel mal a fait Kant avec son impératif catégorique. Kant, Dureté, Prussianisme, la mort de toute vie spirituelle. »
Que voulait dire Hans ? Cela mérite réflexion : Pierre Emmanuel Dauzat, le traducteur des lettres et carnets de Hans et Sophie Scholl, pense que Hans reprend un des thèmes favoris de son maitre Haecker, qui avait écrit dans son journal « des jours et des nuits » la phrase suivante « faire des phrases sur le devoir, c’était déshumaniser l’homme. » Il remarque qu’Eichmann continuera de se réclamer indument de cette notion du devoir kantien devant ses juges à Jérusalem ; comme l’a noté non sans malice Hannah Arendt dans son livre Eichmann à Jérusalem, rapport sur la banalité du mal ! L’impératif de Kant à vouloir mettre sa conscience en harmonie avec un impératif abstrait (un mirage ?) , ici avec la volonté du Führer, n’a-t-elle pas abouti pour certains à se sentir justifiés, puisque nous ne cherchons plus à nous conformer à notre vocation de chrétien, à nous configurer au Christ, mais à faire de notre seule conscience (non éclairée !) un absolu, justifiant de facto tous les pires mirages totalitaires ? Bien sûr le débat est ouvert.