
Les États-Unis maintiennent leur intention d’accroître leur influence sur le Groenland.

L’OEIL DE BRUXELLES – En déplacement à Nuuk, mercredi 20 mai, Jeff Landry a affirmé qu’il était “temps” pour les États-Unis de “remettre leur empreinte sur le Groenland”, territoire autonome danois convoité par Donald Trump pour des raisons de sécurité nationale. Une situation suivie de près par l’Union européenne.

« Les tensions autour du Groenland sur le point de revenir sur le devant de la scène ? » , s’interroge France Info. « Après sa première visite au Groenland depuis sa nomination en décembre 2025″, l’envoyé spécial de Donald Trump pour le territoire arctique, Jeff Landry, a déclaré qu’il était « temps que les États-Unis remettent leur empreinte sur le Groenland » [La Croix]. Et d’ajouter : « je pense que vous voyez le président parler de renforcer les opérations de sécurité nationale et de réaffecter du personnel dans certaines bases [sur l’île] », relaie le quotidien national.
« À Nuuk, les États-Unis gardent leur ligne« , résume France Inter. Un discours qui, malgré la désapprobation qu’il suscite, oblige les dirigeants groenlandais à « trouver une solution » [The Guardian].

Washington espère ouvrir trois bases supplémentaires
« Au plus fort de la guerre froide, les États-Unis disposaient de 17 installations militaires au Groenland, mais ils les ont fermées au fil des années et n’en possèdent plus qu’une seule aujourd’hui : la base de Pituffik, située au nord de l’île » [The Guardian]. Une perte de contrôle qui inquiète Washington. « Donald Trump a fait valoir à plusieurs reprises que les États-Unis devaient contrôler le Groenland […] en raison de préoccupations de sécurité nationale, affirmant que si ce n’est pas le cas, l’île risque de tomber entre les mains de la Chine ou de la Russie », complète le média britannique.
Le territoire autonome danois représente des avantages stratégiques majeurs : « le Groenland se trouve sur la route la plus courte pour les missiles entre la Russie et les États-Unis. Il recèle des gisements inexploités de terres rares et pourrait jouer un rôle essentiel à mesure que la glace polaire fond et que de nouvelles voies maritimes apparaissent« , rappelle La Croix.

« Un pacte de défense de 1951, mis à jour en 2004, permet d’ores et déjà aux États-Unis de déployer davantage de troupes et de renforcer leurs installations militaires au Groenland, à condition d’en informer au préalable le Danemark et [son territoire autonome]« [20 Minutes]. Aussi, « depuis plusieurs mois, Washington souhaite renforcer sa présence militaire dans l’Arctique en obtenant un aval pour ouvrir de nouvelles bases militaires dans le sud du Groenland […]. Les États-Unis espèrent pouvoir y ouvrir trois nouvelles bases« , rapportent Les Échos.
« Nous sommes obligés de trouver une solution »
Lundi, Jeff Landry a rencontré le Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, et le ministre des Affaires étrangères, Múte Egede. Une rencontre qui s’est, selon le chef du gouvernement groenlandais, avérée « constructive », soulignant toutefois qu’il n’y avait « aucun signe […] que quoi que ce soit ait changé » dans la position des États-Unis. [France 24]

Bien que Donald Trump se soit récemment moins exprimé sur sa volonté de s’emparer du Groenland, la déclaration de Jeff Landry relative à la nécessité américaine de « remettre [son] empreinte sur le Groenland » [La Croix] démontre que Washington n’a pas renoncé à ses ambitions.
Cette attitude oblige les Groenlandais à adapter leur ligne de conduite face aux Américains : « même si le désir du ‘maître’ de ‘sécuriser le contrôle du Groenland […] est totalement irrespectueux, […] nous sommes obligés de trouver une solution’, a lancé mardi […] le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen » [20 Minutes].
Des rêves d’indépendance exacerbés

Si les déclarations américaines sur le Groenland inquiètent les dirigeants européens, elles nourrissent aussi les désirs d’indépendance de la population groenlandaise, à laquelle une majorité semble favorable. « Les autorités groenlandaises et danoises ont martelé à plusieurs reprises que seul le Groenland pouvait décider de son avenir« , retrace France 24. Et de rappeler que « dans un entretien publié mercredi par le quotidien groenlandais Sermitsiaq, Jeff Landry a [lui-même] tenté de raviver les espoirs d’indépendance de ce territoire« .
Le gouvernement danois, lui, « n’a pas de projet immédiat en ce sens, car de nombreuses questions restent en suspens, notamment concernant l’économie de cette île, fortement dépendante du Danemark« , poursuit la chaîne d’information internationale.

Face à cette énième démonstration de l’impérialisme américain, l’Union européenne cherche aussi à faire entendre sa voix. En visite à Nuuk le même jour que Jeff Landry, le commissaire européen chargé des partenariats internationaux, Jozef Síkela, a déclaré être persuadé que « l’avenir du Groenland appartient aux Groenlandais, et le rôle de l’Europe est de les soutenir » [Eunews].
Le dirigeant européen a par ailleurs rappelé que la Commission européenne « avait proposé de presque doubler le financement de l’UE en faveur du Groenland lors du prochain cycle budgétaire, le faisant passer de 225 millions d’euros à 530 millions d’euros, et que l’Union disposait d’un bureau permanent à Nuuk, ouvert en 2024″, conclut The Brussels Times.o■ o J.-P. S.











