
Par Thierry Meyssan.

Las, il découvre avec stupeur que, pour les Nations unies, Jérusalem n’est pas israélienne, mais un territoire international, et qu’il ne peut pas y faire ce qu’il veut sans soulever une forte opposition. Étrangement les annexions du Golan syrien et des colonies israéliennes dans les territoires palestiniens passent moins difficilement.
Le 3 janvier 2020, il fait assassiner le général Qassem Soleimani [10]— probablement avec l’accord de personnalités iraniennes auxquelles il faisait de l’ombre — croyant couper ainsi le soutien militaire iranien à ceux qui résistent au projet d’extension d’Israël, « du Nil à l’Euphrate » [11].
Il doit finalement reconnaître qu’il ne parviendra à rien de cette manière et lance une nouvelle approche : garantir des moyens financiers aux Palestiniens par les accords d’Abraham. Ce sera la tâche de son gendre, le juif orthodoxe Jared Kushner [12]. Il parvient à convaincre les Émirats arabes et le royaume de Bahreïn, le 15 septembre 2020. Ils seront, bien plus tard, rejoints par le Soudan, le Maroc et le Kazakhstan.
Quelle que soit la bonne volonté de Donald Trump, il ne peut pas dénouer ce sac de nœuds, dont il découvre chaque jour le très long historique. Les peuples du Moyen-Orient ne sont pas comme les États-Uniens : ils ont une longue histoire et ne sont pas à vendre. Ils attendent la réparation de leurs préjudices avant tout, quitte à ne bénéficier d’aucun avantage économique immédiat.
Donald Trump et Benyamin Netanyahou
Lorsqu’il revient à la Maison-Blanche, le 20 janvier 2025, la situation au Moyen-Orient n’est plus du tout la même. Benyamin Netanyahou n’est plus le politicien manœuvrier qu’il a connu. Il est désormais à la tête d’une coalition de « sionistes révisionnistes » et de « suprémacistes juifs » et ne cache plus son rêve « d’Empire juif », selon l’expression de Vladimir Zeev Jabotinsky [13].
Le Hamas a dirigé l’opération Déluge d’Al-Aqsa, le 7 octobre 2023. Depuis, l’administration Biden a accordé son plein soutien à Israël, mais les exactions des Forces de défense israéliennes (FDI) ont dressé les opinions publiques contre Israël, jusqu’en Occident.

Donald Trump, dont la réélection a été financée principalement par des « sionistes révisionnistes » proches de Netanyahou —comme la casinotière Miriam Adelson [14]—, continue à faire des sourires à son « ami » Netanyahou, mais il ne digère pas la manière dont celui-ci l’a laissé tomber en 2021 et a reconnu l’élection de Joe Biden. Pis encore, Netanyahou a hésité à soutenir Kamala Harris. S’il ne l’a pas fait, c’est parce que celle-ci a dénoncé son action criminelle à Gaza, lorsqu’il est venu au Congrès, en juillet 2025.
Le président Trump commence par détruire tout ce qu’a fait Joe Biden sans envisager qu’il ait pu avoir raison. Il lève l’interdiction de livrer à Israël des bombes de plus d’une tonne [15]. Il annule les sanctions qui ont été prise contre les colons violents de Cisjordanie — en ignorant que Netanyahou avait menacé les États-Unis de reprendre le terrorisme du « gang Stern » [16]—. Enfin, il prend des sanctions contre les juges du Tribunal pénal international (TPI) [17] qui ont eu l’audace de mettre sur le même plan des criminels israéliens — dont Netanyahou — et palestiniens. Il soutient le Project Esther de répression des opinions pro-palestiniennes dans les universités démocrates [18]. Enfin il retire les États-Unis de l’UNESCO après qu’ils ont accepté l’adhésion de l’État de Palestine.
Puis, il commence à réfléchir.
Il prend contact avec le Hamas, sans en informer son allié Israélien, et obtient la libération de l’otage états-unien, Edan Alexander. L’opération est réalisée par Adam Boehler, un ami de Jared Kushner.
Lorsque Netanyahou vient lui annoncer qu’il annexera Gaza, le 4 février 2025, il lui rétorque que, non, ce sont les États-Unis qui transformeront la bande palestinienne en riviera [19].
Le 6 mai 2025, Washington signe un accord de paix séparée avec Ansar Allah (qualifié de bande de la famille Houthi, ou de « Houthis »), sans en informer son allié israélien [20].
Informé qu’Israël envisage d’utiliser une de ses bombes atomiques contre l’Iran, prétendument pour l’empêcher d’en fabriquer une, le président Trump prend l’initiative de faire bombarder lui-même les sites atomiques civils iraniens. C’est l’opération « Marteau de minuit », le 21 juin 2025 [21]. Il proclame, sans attendre que CIA ait pu analyser les photos satellitaires des dégâts, avoir détruit toutes les installations iraniennes.

Il annonce bientôt une troisième méthode, après les échecs de l’abandon du terrorisme (2017) et des accords d’Abraham (2020) : il fonde, le 19 février 2026, un Conseil de la paix, chargé de conclure des accords là où les Nations unies ont échouées [22]. Il s’agit de faire alliance avec des personnalités libres qui passeront au-dessus des administrations sclérosées. Ce conseil présente un processus dont la première étape est une victoire éclatante, mais qui ne parvient pas à lancer la seconde. Israël, qui a accepté ce plan et a rejoint le Conseil, s’y oppose de toutes ses forces.
Le 7 mai 2026, la radio militaire israélienne annonce que Trump a décidé de ne plus prendre de contact direct avec Netanyahou car il pense qu’il le manipule [23].
Le 8 mai, Ron Dermer, l’homme de confiance de Netanyahou et son ministre des Affaires stratégiques, se risque à la Maison-Blanche. Il défend l’idée qu’Israël doit attaquer le Liban et les États-Unis l’Iran. Donald Trump lui rétorque qu’Israël doit appliquer ce à quoi il s’est engagé.
Le 14 mai, des négociations directes entre Israël et le Liban s’ouvrent à Washington, en présence d’Elbridge Colby, sous-secrétaire à la Guerre. L’administration Trump constate le refus d’Israël de stopper sa guerre au Liban. Sans attendre, Téhéran, qui avait fait figurer la paix au Liban dans l’accord de cessez-le-feu dans le golfe persique, déclare qu’il ne fait plus confiance aux États-Unis et cesse tout pourparler.
Le 1° juin, Donald Trump accepte finalement une conversation téléphonique avec son ami Netanyahou. Il lui dit : « Tu es fou ! Tu serais en prison sans moi. Je te sauve la peau. Tout le monde te déteste maintenant. Tout le monde déteste Israël à cause de toi. » [24].
Puis, il publie sur Truth Social : « J’ai eu une conversation avec Bibi Netanyahou aujourd’hui, lui demandant de ne pas se lancer dans un raid majeur sur Beyrouth, au Liban. Il a ordonné à ses troupes de se retirer. Merci Bibi ! J’ai également eu une conversation avec les représentants des dirigeants du Hezbollah, et ils ont accepté d’arrêter de tirer sur Israël, et ses soldats. De même, Israël a accepté d’arrêter de leur tirer dessus. Voyons combien de temps cela durera – j’espère que ce sera pour l’ÉTERNITÉ ! » [25].

Mike Huckabee, ambassadeur des États-Unis à Jérusalem/Al-Quods, publie sur X : « Joe Kent n’est pas très intelligent ou simplement malhonnête. Israël reçoit 3,8 milliards de dollars, mais dépense beaucoup plus que cela pour acheter des biens militaires américains. Les États-Unis reçoivent également des innovations technologiques, de sorte que le retour sur investissement est beaucoup plus. Le nouveau protocole d’entente avec Israël met fin à l’aide et sera basé sur le commerce. » [26].
Le Premier ministre israélien répond alors sur X : « J’ai parlé ce soir avec le président Trump et lui ai dit que si le Hezbollah ne cesse pas d’attaquer nos villes et nos citoyens, Israël frappera des cibles terroristes à Beyrouth. C’est notre position ferme.Dan s le même temps, les FDI continueront à fonctionner comme prévu dans le sud du pays » [27].
La rupture est consommée et assumée.o ■
Thierry Meyssan
Notes :
[10] « Remarks by President Trump on the Killing of Qasem Soleimani », The White House, January 3, 2020.
[11] « Full Transcript of Donald Trump’s ‘100 Days’ Interview With TIME », Time, April 25, 2025.
[12] Abraham Accords Peace Institute Annual Strategy, AAPI, August 27, 2021.
[13] « Le coup d’État des straussiens en Israël », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 7 mars 2023.
[14] « L’interview tellurique de Joe Kent par Tucker Carlson, qui dénonce la prise en otage de Trump par Netanyahou », par Alfredo Jalife-Rahme, Traduction Maria Poumier, La Jornada (Mexique) , Réseau Voltaire, 23 mars 2026.
[15] « US Puts 2,000 Troops on Higher Alert as Israel Readies Assault », Anthony Capaccio, Bloomberg, October 17, 2023.
[16] « À Jérusalem, la « Conférence pour la Victoire d’Israël » menace Londres et Washington », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 13 février 2024.
[17] « Imposing sanctions on the International criminal court », The White House, February 6, 2025
[18] « The Group Behind Project 2025 Has a Plan to Crush the Pro-Palestinian Movement », Katie J.M. Baker, The New York Times, May 18, 2025.
[19] « In shock announcement, Trump says U.S. wants to take over Gaza Strip », Steve Holland, Matt Spetalnick and Jeff Mason, Reuters, February 5, 2025.
[20] Dépêche 3446 : « Washington conclut un accord séparé avec Ansar Allah », Voltaire, actualité internationale, N°132, 9 mai 2025.
[21] « Derrière la « Guerre des 12 jours » », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 1er juillet 2025.
[22] « Le « Conseil de paix pour Gaza » sauvera-t-il l’influence des États-Unis ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 24 février 2026.
[23] « Trump cuts ties with Netanyahu over manipulation concerns : Report », Faruk Hanedar and Gizem Nisa Cebi, Anadolu Agency, May 9, 2025.
[24] « « You’re fucking crazy » : Trump fumes at Netanyahu in call on Lebanon », Barak Ravid and Marc Caputo, Axios, June 1, 2026.
[25] « @realDonaldTrump », Truth Social, June 1, 2026.
[26] « @GovMikeHuckabee », Ambassador Mike Huckabee, X, June 1, 2026.
[27] « @IsraeliPM_heb », ראש ממשלת ישראל, June 1, 2026.
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