
Régis de Castelnau parle ici en fin connaisseur du corps des magistrats comme du système politicien français. Il constate, dans deux notes rédigées hier (9.7.2026) au fur et à mesure que les informations sont tombées dans l’affaire Marine Le Pen, leur découplage désormais avéré, selon lui. Une évolution d’une portée, bien sûr, considérable dans le processus électoral en cours. – JSF
Par Regis de Castelnau.

Rubrique : Capitulation.
Dernière analyse
Il y a quelque temps encore, je considérais qu’une nouvelle tentative de coup d’État de la part du système Macron étais inévitable. L’objectif étant évidemment de manipuler l’élection présidentielle de 2027 pour rester directement ou indirectement au pouvoir. Deux solutions me semblaient être en préparation : soit un nouveau trucage de l’élection elle-même, comme celui de 2017 ayant porté le parfait inconnu à l’Élysée, même si cette fois-ci les formes en eussent été différentes. Soit un report de l’élection au travers de la mise en place d’un état d’exception en s’appuyant sur la guerre inventée contre la Russie. L’intervention de Macron pour ses vœux à la fin de l’année 2025 et éclair de ce point de vue, lorsqu’il annonçait vouloir « préserver la présidentielle des ingérences étrangères ».
Dans un cas comme dans l’autre, deux éléments étaient indispensables pour lui permettre de réaliser ce nouveau coup d’État. D’abord le soutien des structures de l’État que par commodité, on va appeler « l’État profond ». Ensuite celui de l’appareil judiciaire, dont l’intervention en 2017 a été la clé de son entrée à l’Élysée, mais qui l’a totalement protégé depuis.

Force est de constater qu’Emmanuel Macron ne dispose plus de ces deux indispensables piliers. « L’État profond » ne répond plus. Et l’appareil judiciaire vient de faire savoir au travers de la décision d’appel dans l’affaire des emplois parlementaires européens concernant Marine Le Pen et le communiqué consécutif de la Cour de cassation, qu’il ne fallait plus compter sur les magistrats pour accomplir le sale boulot.
Ce renversement du rapport de force est considérable, et le système Macron donne le spectacle du désarroi, voire de la panique.
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Analyse précédente
Je me marre !
Invité par plusieurs médias numériques, j’ai martelé que tant que l’arrêt de la cour d’appel de Paris, qui a déchiqueté le torchon judiciaire rendu par le tribunal correctionnel le 31 mars 2025, n’était pas DÉFINITIF, c’était bien l’inéligibilité assortie d’exécution provisoire de première instance qui continuait à s’appliquer. C’est l’application d’un principe rappelé par de nombreuses décisions de la Cour de cassation, mais également du conseil d’État, puisqu’il est le juge de la régularité des processus électoraux.
Par conséquent, si elle forme un pourvoi, Marine Le Pen ne risquera pas dans l’immédiat l’application de la peine de prison ferme aménagée, mais elle restera inéligible.
Elle a donc déclaré sa candidature, et va désormais battre la campagne. Ce retour dans le processus démocratique, qui est aussi celui des couches populaires qui lui font confiance était indispensable. Que l’on soutienne ou pas Marine Le Pen, le contraire aurait caractérisé un nouveau coup d’État.
Cela étant, le spectacle du chaos institutionnel et politique créé par le macronisme et qui vient brutalement de s’aggraver constitue une friandise. En particulier pour ceux qui ont combattu la transformation de l’appareil judiciaire en pouvoir politique au service du système Macron.
Lorsqu’on lit l’arrêt de la cour d’appel, qui a déchiqueté les stupidités de la décision de première instance, comment ne pas rire. En se rappelant les jours qui ont suivi son prononcé l’année dernière, où tout l’appareil judiciaire soutenait comme un seul homme ce qui était incontestablement une décision scélérate. Fruit d’un dévoiement complet de l’institution judiciaire qui d’intervention pour faire élire Macron, en protection de la corruption de son gang, en répression de masse de ses opposants, et en mise en place zélée d’atteintes gravissimes aux libertés publiques, s’était mise au service de l’extrême centre néolibéral.
Cet arrêt est non seulement un message fort envoyé au système Macron, disant la fin de ce soutien zélé, mais également quelque part un acte de capitulation. Car personne ne peut s’imaginer que cette décision et ses suites n’ont pas été concoctées entre la Cour de cassation, le parquet général, et la collégialité de la cour d’appel. La seule question que l’auteur se pose encore est de savoir si cela a également fait l’objet de discussions directes avec Marine Le Pen et son entourage. C’est plus que probable.
Car sinon comment expliquer le fait que le RN ait donné le spectacle qu’il était déjà l’arme au pied et disposant de toute son organisation campagne. Comment interpréter toutes ces interventions publiques à base d’énormités juridiques prétendant que l’arrêt de la Cour, bien que n’étant pas définitif avait mis à néant le jugement de première instance. C’est la procureure générale de Paris qui vient tranquillement raconter n’importe quoi à la télévision, ce sont les juristes de l’entourage de MLP qui font de même, les avocats qui parcourent les plateaux pour raconter exactement le contraire de ce que dit le droit. Passant ensuite le relais au Procureur général de la Cour de cassation pour proférer les mêmes bêtises. Le tout sous le regard catastrophé des larbins politiques du système Macron et celui des antifascistes de pacotille terrorisés par le retour de Marine Le Pen, qui mange les petits-enfants comme chacun sait., À ce cirque réjouissant, la Cour de cassation vient de produire un communiqué en forme de confirmation de l’élaboration négociée et de la capitulation.
La Cour rappelle quel est son rôle et quelles seraient les conséquences procédurales du pourvoi :
« Sauf exécution provisoire (tiens tiens…), le pourvoi a un effet suspensif (art. 569 du code de procédure pénale). La cour d’appel de Paris n’a prononcé l’exécution provisoire (tiens tiens…), sur aucune partie de sa décision.
Ainsi, les dispositions pénales de cet arrêt, qui ont partiellement infirmé le jugement du tribunal judiciaire de Paris, ne peuvent pas être mises à exécution. »
Par conséquent, la haute juridiction rappelle que si pourvoi il y a, Marine Le Pen sera dispensée (provisoirement) du bracelet. Mais dites donc chers amis, la peine complémentaire d’inéligibilité (ramenée à 15 mois) ne peut, elle non plus, être mise à exécution. Pourquoi ne pas le rappeler ? Qu’est-ce que c’est que cette timidité ? Parce que cela vous aurait obligé à dire que l’inéligibilité de première instance continue à s’appliquer ?
Ou bien, conscient du problème, vous complétez votre communiqué en décrivant par le menu du déroulement d’une procédure devant votre juridiction (qui prend en général deux ans…), en nous disant explicitement, que vous vous mettez à la disposition de Marine Le Pen pour lui garantir son éligibilité au moment du premier tour du scrutin présidentiel : « À ce jour, la chambre criminelle de la Cour de cassation pourrait être en mesure de rendre son arrêt au plus tard début avril 2027, avant le scrutin présidentiel. »
Alors là, on aura tout vu ! Voilà que la Cour suprême française dit (traduction libre) : « ne vous inquiétez pas, en cas de pépin et si par exemple il y a des malintentionnés qui n’ont pas compris et qui vont invoquer cette inéligibilité, on va se démerder pour statuer en urgence et nettoyer le bousin à temps pour le premier tour. » Plus zélé, tu meurs ! Franchement, Il vaut mieux mourir le soir que le matin, car on en apprend tous les jours.
Parce que si effectivement dans l’ordre juridique français, l’arrêt de la cour de Paris était frappé d’un pourvoi pour éviter le bracelet électronique à Marine Le Pen pendant sa campagne, la candidate reste cependant inéligible du fait de la décision exécutoire de première instance. Mais pour qu’une règle de droit acquière sa puissance normative, c’est-à-dire entre dans le réel, il faut qu’une juridiction lui donne cette force concrète dans le cadre d’une décision juridictionnelle. Et à ce stade qui donc serait en capacité de constater cette inéligibilité et d’en tirer les conséquences ?
Richard Ferrand, le célèbre honnête homme, qui préside le Conseil constitutionnel accompagné de sa bande, pardi ! Les candidats à l’élection devront y déposer un dossier de candidature. Celui-ci sera examiné et vérifié par le Conseil qui publiera la liste des candidats admis à concourir. Cette publication devra être effectuée au plus tard le vendredi 19 mars 2027. Or, s’il y a bien une chose que le Conseil constitutionnel doit vérifier c’est l’éligibilité des candidats à la date du premier tour de scrutin (18 avril 2027 en la circonstance). Si la Cour de cassation n’avait pas à cette date (19 mars) rendu son arrêt de rejet du pourvoi donnant ainsi un caractère définitif à l’arrêt de la Cour de Paris, le Conseil constitutionnel devrait rejeter la candidature de Marine Le Pen. Ou bien admettre la patronne du RN à titre conditionnel, ce qui bien sûr ne s’est jamais vu. Sachant que cette décision administrative de publication de la liste des candidatures admises est insusceptible de recours. Quand je disais qu’on allait se marrer !
Je suis désolé, mais la capitulation de l’appareil judiciaire est totale. Confronté qu’il est à une situation qui tourne à la farce, il envoie trois messages. D’abord adressé à Macron, à qui il notifie le fait « qu’à partir de dorénavant » il est prié de se démerder sans eux. Ensuite à Ferrand et sa bande à qui on conseille de ne pas jouer au plus malin. Enfin à l’opinion publique qu’il essaie de rassurer en disant qu’il va essayer de bricoler des solutions. Pour sortir d’une situation dont il est intégralement le responsable.
C’est bien l’appareil judiciaire qui par l’intermédiaire de la Cour de cassation, a mis en place la jurisprudence scélérate et inconstitutionnelle, permettant de poursuivre les parlementaires pour détournement de fonds publics, en violation radicale de la séparation des pouvoirs. C’est bien l’appareil judiciaire qui muni de ce sésame a pu liquider François Fillon pour faire élire Emmanuel Macron. C’est bien l’appareil judiciaire qui a soutenu bec et ongles Macron et son gang de toutes les façons possibles. C’est bien l’appareil judiciaire, par l’intermédiaire du tribunal correctionnel de Paris, qui a prononcé sous les acclamations du corps, le torchon politique du 31 mars 2025. Décision dont il essaye de se dépatouiller aujourd’hui par d’invraisemblables contorsions.
Alors on dira aux magistrats : votre capitulation quoique tardive, est la moindre des choses et qu’il vous appartient de rétablir à minima la démocratie pour que le scrutin présidentiel de 2027 puisse se dérouler normalement cette fois-ci. En assurant la présence de la patronne du premier parti de France, et en restituant par conséquent la liberté de leur choix aux couches populaires qui la soutiennent par millions.
Mais ceci étant fait, vous ne serez pas quittes. Vous devrez rendre des comptes sur la longue catastrophe du macronisme que vous avez contribuée à infliger à notre malheureux pays.o ■o RÉGIS DE CASTELNAU
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Régis de Castelnau…
est un avocat français à la retraite, devenu une figure identifiée du débat public via son blog et sa chaîne YouTube.
Il s’inscrit dans une tradition de critique politique et médiatique assumée, revendiquant une lecture souverainiste et républicaine des affaires publiques.
Son propos se distingue par une solide culture juridique et historique, qu’il mobilise pour analyser institutions, conflits internationaux et fonctionnement des médias.
Il adopte un ton volontairement polémique, cherchant moins le consensus que la confrontation argumentée.
Cette posture lui vaut une audience fidèle, sensible à son discours de rupture avec les narratifs dominants.
Ses analyses, même contestées, participent à la pluralité des points de vue dans l’espace public. Il apparaît ainsi comme un observateur engagé, plus commentateur critique que prescripteur politique.
Note établie par recours aux archives sur la toile.












