
Pierre Choderlos de Laclos (1741 – 1803) : officier de carrière qui a traversé la Révolution française et a beaucoup écrit sur des sujets très divers, mais qui est essentiellement connu comme l’auteur du roman épistolaire Les Liaisons dangereuses.
« Je veux une monarchie pour maintenir l’égalité entre les différents départements, pour que la souveraineté nationale ne se divise pas en souveraineté partielle, pour que le plus bel empire d’Europe ne consomme pas ses ressources et n’épuise pas ses forces dans des discussions intéressées, nées de prétentions mesquines et locales ; je veux aussi, et principalement une monarchie, pour que le département de Paris ne devienne pas, à l’égard des 82 autres départements ce qu’était l’ancienne Rome à l’égard de l’empire romain…
Je voudrais encore une monarchie pour maintenir l’égalité entre les personnes, je voudrais une monarchie pour me garantir contre les grands citoyens ; je la voudrais pour n’avoir pas à me décider un jour, et très prochainement peut-être, entre César et Pompée; je la voudrais pour qu’il y ait quelque chose au-dessus des grandes fortunes, quelque chose au-dessus des grands talents, quelque chose même au-dessus des grands services rendus, enfin quelque chose encore au-dessus de la réunion de tous ces avantages, et ce quelque chose je veux que ce soit une institution constitutionnelle, une véritable magistrature, l’ouvrage de la loi créé et circonscrit par elle et non le produit ou de vertus dangereuses ou de crimes heureux, et non l’effet de l’enthousiasme ou de la crainte…
Je ne veux pas d’une monarchie sans monarque, ni d’une régence sans régent, je veux la monarchie héréditaire…» Et il poursuit : «Je veux une monarchie pour éviter l’oligarchie que je prouverais, au besoin, être le plus détestable des gouvernements ; par conséquent, je ne veux pas d’une monarchie sans monarque et je rejette cette idée, prétendue ingénieuse, dont l’unique et perfide mérite est de déguiser, sous une dénomination populaire, la tyrannique oligarchie ; et ce que je dis de la monarchie sans monarque, je l’étends à la régence sans régent, au conseil de sanctions, etc… Dans l’impossibilité de prévoir jusqu’où pourrait aller l’ambition si elle se trouvait soutenue de la faveur populaire, je demande qu’avant tout on établisse une digue que nul effort ne puisse rompre.
La nature a permis les tempêtes, mais elle a marqué le rivage, et les flots impétueux viennent s’y briser sans pouvoir le franchir. Je demande que la constitution marque aussi le rivage aux vagues ambitieuses qu’élèvent les orages politiques. Je veux donc une monarchie ; je la veux héréditaire ; je la veux garantie par l’inviolabilité absolue ; car je veux qu’aucune circonstance, aucune supposition, ne puisse faire concevoir à un citoyen la possibilité d’usurper la royauté. » ■
Choderlos de Laclos
Journal des Amis de la Constitution, organe officiel des Jacobins, 12 juillet 1791, n° 33
A propos de cette profession de foi …
Nous ne voulons pas manquer de signaler que la déclaration de Choderlos de Laclos que l’on peut lire plus haut a été mise en lumière par Patrick Barrau* lors de son intervention au Café actualités d’Aix-en-Provence du 2 décembre dernier, « A propos des Valeurs républicaines », publiée ensuite dans le dernier numéro de la Nouvelle Revue Universelle.
Patrick Barrau avait apporté les précisions préalables suivantes qui éclairent la profession de foi de Choderlos de Laclos – texte, effectivement, important :
« Il est bon de rappeler un fait essentiel : après Varennes et le retour du roi fugitif, les Jacobins, et notamment les plus importants d’entre eux, défendent énergiquement le principe de la monarchie. Quand il parle en faveur d’un gouvernement républicain, Billaud-Varenne est hué. Choderlos de Laclos prend alors la parole et dénonce les dangers d’un régime d’anarchie. Parlant des « républicains »,il aura, le 1er juillet 1791, ce mot d’une étonnante lucidité : « Je leur demanderai si nous n’aurons pas des empereurs nommés par des soldats. »
Mais sa véritable profession de foi – qui rejoint alors les convictions de Robespierre, Danton, Marat, etc. – date du 11 juillet 1791. Le Journal des Amis de la Constitution, organe officiel des Jacobins, la publiera dès le lendemain, dans son n° 33.
* Historien du Droit, ancien directeur de l’institut régional du travail.
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Cette belle profession de foi n’en est pas une en réalité. Il s’agit d’un propos «raisonnable» et, comme tout propos inspiré par la seule raison, la même raison peut conduire celui qui le tient à raisonnablement corriger son point de vue, jusqu’à, au fur et à mesure, en adopter un tout autre. Et c’est ainsi que «les convictions de Robespierre, Danton, Marat, etc. » qu’évoque Patrick Barrau ont progressivement permis qu’un petit bout d’homme a été «nommé empereur par des soldats», pour reprendre la pertinente perspective contre laquelle Laclos mettait en garde ; et, d’ailleurs, s’il n’y participa peut-être pas, il approuvera pleinement le coup d’État du 18 brumaire, première marche consulaire vers l’empire pour le petit soldat.
L’évolution socio-politique depuis Richelieu (on peut même remonter à Philippe le Bel) a conduit d’étape en étape aux journées de 93, de Brumaire et des suivantes, jusqu’à celles d’aujourd’hui, en passant par celles de la Révolution de 1945.
Si Descartes a massacré ce que l’on appelle, dès lors improprement, la «philosophie», il y a lieu d’observer que ce même Descartes a massacré tout le reste, notamment, la musique (se reporter aux écrits de Rameau qui s’en réclame expressément pour justifier que la mélodie ne ferait que procéder de l’harmonie, ce qui constitue bel et bien une «révolution»), qu’il a massacré ce que l’on ose encore appeler l’«ontologie», en permettant à La Mettrie de commettre son essai «L’Homme machine» – ce qui amènera la sale race des Luc Ferry à frémir de tous ses culbuteurs et pistons en évoquant l’IA (il est nécessaire de conserver les seules initiales, afin de ne pas se trouver amené à laisser dégénérer dans la conscience le premier terme par son épithète).
Si l’on entend observer les choses «à la lumière de la philosophie», il faut accepter d’observer Leibnitz contre Descartes, lequel Leibniz revient aux grands principe – via Aristote et saint Thomas d’Aquin –, avec ce qu’il appelle «principes de raison suffisante». Et, quoique ce fût de manière «philosophique» (au sens devenu moderne avec Descartes, qu’il combat néanmoins), par ce relèvement de la «raison» au-delà de la dimension grâce à laquelle Descartes échafaudait le système du raisonnement «scientifique», Leibniz retrouve un accès à ce que l’on était en train de chercher à fermer et qui se fermera de mieux en mieux hermétiquement, à mesure de l’évolution des humains ainsi dirigés vers le machinisme.
Pour qu’un humain puisse prétendre (et/ou accéder) à sa propre vérité, il faut qu’il consente à être beaucoup moins que ce à quoi ses appétits l’incitent, ainsi pourra-t-il consentir à être bien plus qu’il ne croit. En effet, si l’homme se conçoit lui-même au sein d’un monde survenu à la suite d’un big-bang de hasards, il n’est qu’hasardeux ; mais, s’il se reconnaît comme Créature, il se révèle produit divin – «frère en Christ», dit-on en chrétienté.
Est-ce à l’humain de décider ce qu’il est ? Ma foi (si j’ose dire), la Genèse nous apprend qu’il a opté pour la «connaissance du bien et du mal» – tant pis pour lui ! –, c’est-à-dire, qu’il se confronte à toutes les alternatives dont il abreuvera son illusion de «liberté de choix», à son «libre examen» précisément satanique, et que, ainsi confronté, d’étape alternée en étape, il s’éloigne de lui-même, du centre de lui-même. Ce «centre» (qui est son cœur) étant très exactement la «part divine» qu’il recèle. Sans accès à cette part, on se condamne irrévocablement à la «seconde mort» – «l’étang de soufre et feu» –, c’est-à-dire que l’on n’est alors «jamais né» !
Choderlos de Laclos s’emploie parmi les Jacobins à une profession «de raison». De manière très matériellement historique, nous savons pertinemment que cela n’a été d’aucune espèce d’utilité, acceptons donc de cesser de raisonner («comme un tambour», disait ma grand-mère), et, nous autres royalistes, ne le soyons pas «de raison», mais DE FOI réelle , à savoir, que nous n’ayons aucune autre «nécessité» et «suffisance» à l’esprit que celle du DROIT DIVIN, et tout le reste nous sera donné PAR SURCROÎT.
Vive Dieu, la France et le Roi !
En définitive, même si ce qu’écrit David Gattegno peut sembler à certains très excessif, je suis d’accord avec lui. Et en désaccord avec les écrivains, ou plutôt les journalistes, qui écrivent des livres pour vanter une future monarchie qui surtout ne serait pas « de droit divine ». Ce n’est pas la mienne. Ces journalistes, remettent peut-être la monarchie en avant de l’actualité, mais finalement, leur royalisme superficiel n’apporte rien de substantiel. Donc ne répond pas vraiment à ce qu’attend au fond d’elle-même, notre époque, et d’ailleurs toutes les époques, dignes de ce nom..
En plus, on devrait savoir que depuis Saint-Paul, au moins, tous les pouvoirs sont tenus pour divins.
Eh oui, la mode, il n’y a rien de pire. Et bien sûr rien de plus éphémère.
Le zèle des néos ne produit que des fruits insipides le plus souvent.