
Par Arnaud Benedetti,
directeur de la « Nouvelle Revue politique ».
Charles Sapin, victime d’un pluralisme réduit à ce que la gauche juge acceptable. CENSURE Le service public est devenu la manne d’une petite caste qui n’est plus en phase avec la société.

De toute évidence, cet article n’est pas un scoop. D’aucuns trouveront qu’il enfonce une porte ouverte. C’est plutôt une confirmation de ce que l’on savait de longue date, mais constatée dans une situation nouvelle : celle d’un audiovisuel public secoué par les enquêtes et plus ou moins en panique à la perspective, pour lui difficilement avalable, de l’arrivée du RN au pouvoir. Pour l’heure, ces gauchards dans l’âme ne lâchent rien ! — JSF
JEU DE DUPES. Alors que l’élimination du Guide suprême iranien Ali Khamenei a été confirmée hier soir, les opérations se poursuivent à haute intensité. Jusqu’à la chute du régime ?

Charles Sapin, directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, renonce à l’éditorial dominical qu’il devait tenir sur France Inter. Nommé le 26 août 2026 au nom du pluralisme par la direction de Radio France, il était contesté depuis par des syndicats et des journalistes de la maison. Il annonce le retrait de sa chronique après avoir refusé la « proposition » qu’un format de débat remplace son édito.
Dans un communiqué d’une justesse implacable, il dénonce une « censure préventive » : nul besoin qu’il dise quoi que ce soit de répréhensible, « il suffit d’imaginer ce qu’il pourrait penser ». Il vise cette « minorité radicalisée » qui invoque la démocratie tout en contestant la liberté d’expression, et accuse la gauche de ne plus admettre « de droite acceptable que celle qu’elle se choisit ».
À raison, il sait que ce conflit n’a « rien d’une lutte pour la démocratie », mais tout d’une « lutte pour le pouvoir ». Il reproche à Radio France d’avoir « rendu les armes » devant des adversaires « incapables de “souffrir 0,025 % de temps d’antenne dissonant” ».
Charles Sapin doit se poser cette question : qu’est-il allé faire dans cette galère ? Lui dont la chronique hebdomadaire de deux minutes aura provoqué l’ire de tous ceux qui n’acceptent le pluralisme que s’il est certifié « bien-pensant » et conforme à leur ethos.

Peu importe que Charles Sapin ait écrit un livre documenté sur les droites populistes en 2024 (Les Moissons de la colère, aux éditions du Cerf). Peu importe qu’il ait travaillé pour L’Opinion, Le Figaro ou Le Point. Peu importe ses qualités professionnelles car aujourd’hui, en tant que directeur adjoint de Valeurs Actuelles, le voilà la cible d’un interdit moral, social, politique. Près de 300 personnalités du monde de la culture ont pris la plume pour exiger de la direction de Radio France qu’elle lui retire sa fenêtre éditoriale. Rien ne va dans cette indignation, dans cette chasse à l’homme. Tout d’abord parce que le service public appartient à tous les Français dans leur diversité de sensibilités.
Une forme de captation idéologique d’un bien public
Parce que les contribuables le financent. Or c’est à une forme implicite de captation idéologique d’un bien public que nous assistons. Que des médias privés comme Radio Nova développent leur propre ligne éditoriale, qu’on la partage ou non, est dans l’ordre des choses, mais lorsque des médias publics rompent avec la nécessité d’équilibrer propre à leur mission, c’est toute une architecture démocratique qui est mise à mal. Car au fond, que nous dit cette « fronde » sur « l’état des mœurs », pour reprendre une notion dont Tocqueville observait qu’elle était au principe du bon fonctionnement d’une démocratie libérale ?
Tout se passe comme si le pluralisme qui nourrit la liberté d’expression et qui la conditionne n’allait plus de soi. Que son existence même devait être contrainte, limitée dès lors que des idées ou des mises en visibilité venaient à contredire le « néoprogressisme » qui est bien plus un « post-progressisme » qu’une conception du progrès.
Faut-il que ces prétendus défenseurs de « l’arc républicain » soient si peu sûrs de leur cause pour, in fine, en appeler à une censure explicite de ceux qui ne pensent pas comme eux ? En réalité, cette offensive est une réaction contre une réalité qui infirme toujours plus les postulats idéologiques d’un entre-soi qui voudrait que la société fonctionne autrement qu’elle ne le fait aujourd’hui. ■ o ARNAUD BENEDETTI












