
Par Gabrielle Cluzel.
Le président ne va pas couper à tous les offices : sa propre messe est dite.
Cet article est paru hier, 23 septembre, dans Boulevard Voltaire. Un éditorial incisif et mordant – et juste – bien à la façon de Gabrielle Cluzel. Sans besoin de commentaire. — JSF
Les réseaux sociaux bruissent d’indignation : Emmanuel Macron a annoncé qu’il n’assisterait à aucune messe célébrée par le pape. Il verra le pape à Metz mais pas à la messe. Les homonymies – ou plutôt les homophonies – ont parfois leur ironie.
D’aucuns y voient du mépris mâtiné d’incohérence : si assister à une messe lui semble peu laïquement correct, pourquoi s’est-il rendu aux obsèques de Johnny Hallyday à La Madeleine ? (On se souvient néanmoins qu’au moment de l’absoute, il avait finalement reposé, après réflexion le goupillon qu’il avait saisi avant de bénir le corps). Et, à Saint-Sulpice, à celles de Jacques Chirac ? Et dans la cathédrale Saint-Jean de Lyon, à celles de Gérard Collomb ? Il y a même pris la parole ! Et à celles de l’ancien ministre Didier Guillaume ? Et à celles de François Patriat, à Notre-Dame de Semur-en-Auxois ? Là encore, il a fait son Bossuet et s’est fendu d’un éloge funèbre sous la voûte en croisée d’ogives. Sans parler, bien sûr, de la messe du pape François à Marseille ou encore de la cérémonie à l’occasion de la réouverture de Notre-Dame.
Certes. Tout cela est vrai. Peut-être le Président a-t-il été vexouillé des diverses fins de non-recevoir – vécues comme des camouflets, secrets, qui sait ? – que lui a opposées Léon XIV pour ce voyage : pas de remise de décorations, pas de dîner de gala, pas d’aparté pour visiter Notre-Dame rénovée…
Mais après tout – on peut rêver ! -, lui, le baptisé, élevé dans une école catholique, a-t-il été pris d’un scrupule ? Peut-être a-t-il senti confusément qu’après avoir constitutionnalisé l’IVG puis fait voter à marche forcée l’euthanasie, sa place n’était pas au premier rang, celui du pharisien – car peu de chances qu’un président de la République fasse le pied de grue derrière un pilier, tel le Paul Claudel moyen – à pérorer devant l’autel ? Qui lui donnerait tort ?
En attendant, que ceux qui déplorent cette absence se consolent, Emmanuel Macron ne va pas couper à tous les offices : sa propre messe est dite. En 2027, nous ne le verrons plus. Et c’est sans douter pour cela qu’il en veut au pape : ce dernier, par ses refus réitérés, l’a privé de son chant du cygne, sa dernière parade, son ultime tour de piste en habit de lumière avant de disparaître. o■ oGABRIELLE CLUZEL
Gabrielle Cluzel
Écrivain, journaliste. Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste.














