
Par Pierre Bentata
Les lycéens réclament davantage de moyens et d’enseignants. Pourtant, les comparaisons internationales racontent une autre histoire : la France dépense davantage sans obtenir de meilleurs résultats. Le problème tiendrait donc moins aux moyens qu’à l’organisation de l’école, notamment celle de l’Éducation nationale, par contraste avec l’enseignement libre. C’est grâce à Aristide Ankou, qui l’a relayée sur sa page Facebook, que nous avons découvert cette tribune du Figaro du 1er octobre.

TRIBUNE – Alors que des lycéens bloquent leurs établissements pour réclamer davantage de moyens, les comparaisons européennes montrent pourtant que le problème de notre système scolaire est davantage lié à son organisation et la façon dont l’argent est alloué, estime l’économiste Pierre Bentata.
Pierre Bentata est professeur d’économie et maître de conférences à la Faculté de droit d’Aix Marseille Université.
Alors que plus de 300 établissements scolaires se sont mobilisés, dont 80 ont été bloqués, l’Union syndicale lycéenne (USL) appelait mardi 29 septembre à poursuivre le mouvement social dans l’espoir qu’il s’étende à toute la France. Rapidement, la mobilisation a reçu le soutien d’une partie de la gauche, certains élus allant même jusqu’à prêter main-forte aux manifestants. En cause, selon l’USL, la dégradation des conditions des élèves du secondaire, qui se traduit notamment par un manque d’enseignants, des classes surchargées et une absence de moyens pour les établissements.
Sauf que plusieurs faits contredisent ces motifs en apparence bien légitimes. D’abord, selon une enquête du syndicat SNES-FSU publiée dans le magazine L’Étudiant le 7 septembre, s’il manque bien au moins un enseignant dans la moitié des collèges et lycées, c’est dans l’académie de Versailles que la pénurie est la plus forte (70 %), l’académie de Créteil se classant au même rang que celle d’Aix-Marseille (60 %). Pourtant, les mobilisations n’ont pas débuté à Versailles, et celles-ci n’ont pas donné lieu aux mêmes débordements qu’à Saint-Denis. Sans doute répondra-t-on que la colère s’exprime différemment d’une ville à l’autre.
Plus remarquable, le syndicat lycéen dénonce de mauvaises conditions de travail. Passons sur le fait qu’il déplore 10 % d’heures de cours perdues en dix ans tout en évoquant des emplois du temps trop chargés… Au-delà de cette contradiction, les données européennes (provenant d’Eurostat) permettent d’apporter une certaine nuance. Le nombre d’élèves par enseignant en France est proche de la moyenne européenne (11,5 contre 11,3). Mais surtout, il est largement plus faible qu’en Estonie (16,2), en Finlande (17,3). Il en va de même pour les moyens alloués à l’enseignement. La dépense publique d’éducation dans le secondaire s’élève en France à 1,17 % du PIB, alors que les pays européens dépensent en moyenne 0,96 % de leur PIB. Et si la Finlande alloue une partie plus importante de sa richesse à l’enseignement secondaire (1,19 %), ce n’est pas le cas de l’Estonie (0,96 %) ou de l’Irlande (0,49 %).
Les lycéens qui bloquent les établissements se trompent de bataille.
Mais pourquoi comparer la France à ces pays en particulier ? Parce qu’il s’agit des trois nations de l’Union européenne ayant les meilleures performances. L’Estonie s’est classée au 6e rang mondial du classement PISA, la Finlande au 12e et l’Irlande au 15e (hors UE, la Suisse et le Royaume-Uni se classent 8e et 14e). Avec donc des dépenses plus importantes et des classes moins chargées, la France n’atteint que la 27e place. Par ailleurs, et même si cela va au-delà de l’enseignement secondaire, la France compte l’un des taux les plus importants de jeunes ni en emploi, ni étudiants, ni en formation.
Autrement dit, les lycéens qui bloquent les établissements se trompent de bataille. Le problème de fond n’est pas le manque de moyens ou d’enseignants. Les comparatifs et classements internationaux le prouvent : on pourra toujours dépenser davantage, leurs performances ne changeront pas, pas plus que leurs perspectives. L’enjeu majeur est donc moins la dépense que la réforme de l’organisation scolaire : les systèmes les plus performants sont aussi ceux qui laissent davantage d’autonomie : choix des enseignants, liberté des familles, fluctuations des rémunérations. La raison est purement économique. Aucune méthode d’enseignement n’est optimale : son efficacité dépend des élèves, des équipes, des contextes locaux. Or, ce savoir ne peut être connu à l’avance ; il se découvre par essais et erreurs. Sans autonomie, donc sans concurrence, ce processus est bloqué. Voilà pourquoi le privé a tant gagné en attractivité. Lorsque le public est inadapté, les familles qui le peuvent cherchent ailleurs un enseignement mieux calibré, prodigué par des enseignants fortement incités à faire leurs preuves.
Les élèves qui s’apprêtent à tout bloquer feraient bien de retenir cette leçon et de réclamer l’autonomie des collèges et lycées plutôt qu’une manne d’argent qui ne changera rien à leur avenir. Car s’ils ne regardent pas la vérité en face, demain, l’enseignement public sera remplacé par des établissements privés d’un nouveau genre. Ils garantiront des études gratuites en contrepartie d’un engagement à travailler uniquement dans certaines entreprises, promettront de bons salaires et fourniront exactement les savoirs nécessaires à une carrière précise dans un secteur particulier. Ce jour-là, qui n’est plus très loin, l’Éducation nationale aura définitivement perdu la bataille. En lieu et place, on trouvera des organisations privées qui assureront la transmission des savoirs mais aussi l’enseignement de la citoyenneté. Elles s’appelleront Google Collège, École Amazon et Tesla Université. o ■o PIERRE BENTATA












Est ce surprenant que tous ceux qui peuvent partir à l’étranger faire des études, Canada, USA, Angleterre, Espagne, Italie etc, le fassene. Ségrégation par l’argent!