
20 juin 1904.
M. Charles Maurras nous adresse la lettre suivante :
Monsieur le directeur du Gaulois,
Je ne peux pas laisser embrouiller la question.

M. Mariéton parle d’un grand poète chez qui il est reçu; de mes idées, qu’il blâme et qu’il m’exhorte à propager; de sa ferme intention de penser par lui-même… Tout cela est fort beau, mais n’a aucun rapport avec le sujet. Il s’agit de savoir si M. Paul Mariéton a pris le titre des Amants de Venise dans le Dictionnaire — que je n’ai jamais eu le dessein de monopoliser — ou dans mon article du 5 septembre 1896 à la Revue encyclopédique Larousse. Il s’agit de savoir si mes protestations publiques dans la même revue, le 31 octobre 1896, n’ont pas été d’abord vérifiées par ce fait public que M. Mariéton s’inclina et que son livre, édité en décembre suivant, s’appela simplement Une Histoire d’amour. Il s’agit de savoir comment, ensuite, a été surprise ma bonne foi.
Du moment qu’il n’a pu contester aucun des points matériels énumérés dans ma lettre du 8 juin dernier, parue au Gaulois le 14, du moment qu’il avoue en fait, M. Mariéton ferait mieux de le dire sans tortiller. Mais ses réponses peu directes n’ont pu qu’aggraver la signification de l’aveu.
Restent les paroles dont il se plaint. Quelle que soit la méchanceté naturelle à un homme qui se défend ou l’atroce rigueur de sa philosophie, je regretterais de telles paroles si le sourire universel — sourire d’indulgence, sourire d’ironie et de raillerie — qui, jusqu’ici, veilla sur M. Paul Mariéton n’avait fini par le gâter et par nous rendre ses gentillesses trop onéreuses. À force de s’entendre dire que ce qu’ils font ne tire pas à conséquence, il y a des enfants qui deviennent insupportables parce qu’ils se croient tout permis.
En tout cas, je ne lui permettrai aucune insinuation, aucune équivoque. « Je croyais, vous écrit-il, monsieur le directeur du Gaulois, je croyais cette affaire de pure propriété littéraire dûment réglée entre nous ». Entre nous, c’est à dire entre M. Mariéton et moi, le « règlement » a consisté dans une concession pure et simple qu’il a sollicitée de moi en octobre 1901 — une lettre de lui en fait foi — concession volontaire, gratuite, mais — je l’ai établi — obtenue au moyen d’une allégation fausse et — je l’ai établi encore — sous des conditions que M. Paul Mariéton s’est empressé de ne pas remplir.
Il est évidemment fâcheux d’occuper le public de telles affaires. À qui la faute ?… Ce n’était pas moi qui me glorifiais, le 7 juin dernier, dans le Gaulois, d’ « Une histoire d’amour », des « Amants de Venise » : c’était M. Mariéton, et « longuement » ! Chose bizarre, « il n’y songe plus » aujourd’hui ; il ne rêve que d’oublier depuis que je lui ai rafraîchi la mémoire.
Avec mes vifs remerciements pour l’insertion de cette nouvelle lettre, veuillez recevoir, monsieur le directeur du Gaulois, l’expression de mes sentiments distingués.
Charles Maurras.
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Nombre de pages : 232.
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