
9 juin 1954.
Les amours romantiques ont toujours fait plus de bruit que les autres. Peut-être est-ce parce que le XIXème siècle a eu le goût passionné de l’Amour et des passions. George Sand et Alfred de Musset nés en ce « temps de fous et de folles qui ont abusé de leur cœur, empoisonné par le sang et par la pensée de l’étranger », occupent une place éminente dans l’histoire du sentiment.
Ce livre est d’abord le récit du drame à trois personnages qui s’est joué à Venise entre George, Alfred et le médecin Pagello. Est-il utile d’en rappeler les grandes lignes ? Les deux amants, George Sand et Musset partent pour Venise où ce dernier tombe malade. Sa compagne devient amoureuse du médecin qui le soigne, Pagello. Elle s’efforce de cacher sa trahison à Alfred soupçonneux, puis repentant de ses soupçons, et réussit à l’amener à renoncer à elle et à repartir seul à Paris. Mais l’amour eut sa revanche ! Vite lassée de Pagello, George poursuivit celui qu’elle avait écarté ; les sanglots de la « Nuit de décembre » furent d’abord chantés par elle. Après de monotones alternatives de renouement et de rupture qui brisèrent le poète, « l’individualiste orgueilleuse » et « l’individualiste amoureux » se séparèrent. L’aventure détermina des maux irrémédiables.
Après avoir étudié dans une première partie les divers aspects de la physionomie, du caractère, du tempérament de ses personnages, l’auteur examine et explique dans une deuxième et troisième partie leur comportement pour conclure à la manière d’un ouvrage à thèse où il diffuse les idées qu’il sert.
Les aspects de cette liaison étaient déjà connus ; les intéressés ne se sont pas fait faute de changer leur sentiment : « La confession d’un enfant du siècle », « Les nuits » de Musset, « Lettres d’un voyageur » de George Sand sont des œuvres présentes à toutes les mémoires ; il existe même une « Confession de Pagello » qui n’a pas voulu être en reste avec ses géniaux comparses. Mais il faut savoir en déchiffrer le contenu et ne leur faire dire ni trop, ni trop peu.

Maurras confronte leurs mémoires psychologiques avec ce qu’on a de certain sur les événements contemporains. Jusqu’à lui l’érudition avait établi les faits, mais négligeait d’en faire valoir le sens et d’en tirer les conséquences qu’ils comportent. C’est le mérite de Maurras de nous donner une interprétation appuyée sur un choix rigoureux des documents et de fines inductions confirmées par la suite. Il s’attache à déceler l’état précis des pensées et des sentiments de nos héros. « J’ai cherché le secret des événements dans les cœurs », nous dit-il. Cette recherche témoigne d’une étonnante pénétration de la psychologie féminine. Ainsi il découvre un coin de la vérité sur cette histoire d’amour d’où n’est pas exclue l’émotion.
Non content de reconstituer avec un art remarquable le dramatique épisode de Venise, il a voulu y mettre une vue générale de l’amour romantique. Dans un article du « Figaro » il avouait lui-même que la moitié de sa vie intellectuelle s’était dépensée à la critique du sentiment et du goût romantiques. Ce livre représente la synthèse de ses remarques sur cette « maladie de l’esprit français ». Il souhaite mettre fin à ce qui en subsiste et ce qui en renaît.
Ainsi l’aventure de Venise met en lumière la philosophie morale du romantisme et prononce aussi la condamnation de l’amour romantique, vicié dans ses conditions et dans sa nature. « L’amour n’est pas une règle de vie. Pour bien aimer, il ne faut pas aimer l’Amour. »
Cet ouvrage de critique historique et littéraire, d’analyse psychologique sera précieux aux « mussettistes » et aux « sandistes » ; il permettra aux non spécialistes de se familiariser avec deux des plus puissantes personnalités de la littérature du XIXème siècle.
Pour se procurer l’ouvrage :

Nombre de pages : 232.
Prix (frais de port inclus) : 26 €.
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