
Par Radu Portocala.

Pendant toute la période d’installation du « régime de démocratie populaire » en Roumanie – c’est-à-dire pendant une bonne dizaine d’années –, des gens étaient envoyés en prison ou dans les camps de travaux forcés sur la base de listes émises par le ministère de l’Intérieur. Ils appelaient cela des « propositions d’arrestation », comme s’il s’était agi de leur accorder quelques gratifications.
Je donne ici en exemple la première page d’une de ces listes. La durée de détention proposée était généralement de 24 mois (ils calculaient toujours en mois, peut-être parce que c’était plus impressionnant), mais, pendant la détention, un simple avis ministériel pouvait augmenter indéfiniment la peine.

Arrêtés avant même de savoir pourquoi
Sur cette page, les motifs d’arrestation sont : « Impliqué dans une organisation subversive » (c’est-à-dire un groupe qui critiquait la politique du gouvernement), « Liaisons avec le service d’espionnage français » (ce qui voulait dire qu’il fréquentait l’Institut français), « Propagande anti-démocratique et instigation contre la collectivisation de l’agriculture » (c’est-à-dire critiquer la confiscation des terres des paysans), etc. À noter que tous sont déjà arrêtés au moment où cette liste décide pourquoi il faut les arrêter.
Tout cela était possible parce qu’un décret avait institué la « peine administrative ». Le nom d’un malheureux se trouvait sur une de ces listes (le plus souvent à la suite d’une dénonciation) et la police politique (la Securitate) procédait à son arrestation. Il n’y avait ni enquête, ni procès, ni possibilité de se défendre, ni même un mandat d’arrestation.
De la Roumanie communiste à Bruxelles

J’écris ces choses parce que c’est exactement de la même manière que l’Union européenne punit le colonel suisse Jacques Baud, le Français Xavier Moreau et bien d’autres, coupables de ne pas penser comme le veut Bruxelles. L’Union européenne, dont on nous explique que c’est à la fois le temple de la démocratie et le bouclier qui défend notre liberté, réprime la parole libre par les mêmes moyens que ceux employés dans le monde soviétique. Sans procès, sans débat contradictoire, sans défense, des hommes et des femmes sont condamnés pour ce qu’ils pensent, pour ce qu’ils disent. La peine administrative d’inspiration soviétique a été ramenée à la vie par les bureaucrates répressifs de Bruxelles. C’est un exploit.
(… Et j’ajoute que c’est également un exploit de vouloir, comme presque tous les candidats à l’élection présidentielle française, réformer cette Union européenne qui, manifestement, est irréformable.) o■oRADU PORTOCALA
Ces lignes sont parues le 29 octobre sur la page FB de leur auteur.
Radu Portocala est écrivain et journaliste, spécialisé notamment en Relations Internationales.
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Publié en 2026 …
Descente dans la Roumanie de Ceaușescu.
Un témoignage puissant qui nous plonge dans l’enfer de la dictature communiste roumaine : surveillance généralisée, délation et culte de la personnalité.
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