
Une chronique qui se veut ironique – et qui l’est vraiment, fourmillant d’idées saugrenues et drôles. Parfois désopilantes. Moment de détente rafraîchissant dans le contexte politique sous tension. Une ironie parfois fondée sur des poncifs ou des options politiques sous-jacentes qui ne sont pas les nôtres, ou même y sont contraires. Même en un tel cas, Samuel Fitoussi rend compte de la situation avec esprit et intelligence des circonstances. Le lecteur de JSF en fera la critique si bon lui semble.
Par Samuel Fitoussi.
À propos de ces chroniques du Figaro, Christophe Boutin a écrit : « Fitoussi est toujours aussi bon. Mais là, c’est un vrai régal… Et le pire est qu’il n’est sans doute pas loin de la réalité ». Avis partagé. Cet article, un peu plus intello que d’habitude, mais fin et délicat, sans cesser d’être de l’humour, est paru hier, 15 juin. JSF

CHRONIQUE – Une semaine sur deux, Samuel Fitoussi pose son regard ironique sur l’actualité. Aujourd’hui, il imagine le parcours de l’Équipe de France de football lors du Mondial aux États-Unis, au Mexique et au Canada.
14 mai. Didier Deschamps annonce sa liste de 26 joueurs. Il convoque peu de milieux de terrain, et beaucoup d’attaquants, car son objectif principal est de ne pas avoir besoin de faire jouer Marcus Thuram. En conférence de presse, il déclare : «Nous utiliserons des spécialistes dans tous les domaines: un nutritionniste pour les repas, un médecin pour la préparation physique, et Raymond Domenech pour l’astrologie.»
1er juin. La FFR affrète un avion pour transporter les Bleus aux États-Unis. Un deuxième avion est affrété pour transporter leurs consoles de jeux vidéo. Un troisième est affrété pour leurs coiffeurs.
2 juin. Les joueurs s’installent dans leur magnifique hôtel à Boston ; les chambres sont grandes et luxueuses. Évidemment, la chambre la plus grande est occupée par la mère d’Adrien Rabiot. Briefés par Federico Valverde, les joueurs souhaitent tous, par sécurité, être le plus loin possible de la chambre d’Aurélien Tchouameni.
6 juin. L’Équipe de France s’avance confiante. Deschamps a fait signer une attestation sur l’honneur à Tchouameni, par laquelle il s’engage quoi qu’il arrive à ne pas tirer de penalty. D’après une rumeur, Jules Koundé aurait réussi un centre à l’entraînement (attention : cette rumeur paraît improbable et n’est pas vérifiée). Un survivant de la Seconde Guerre mondiale assure avoir vu, dans sa jeunesse, Théo et Lucas Hernandez faire de bons matchs.
9 juin. Warren Zaïre-Emery, qui n’a que 14 ans, a le mal du pays et appelle sa mère tous les jours.
10 juin. Inquiétudes autour de l’état de santé de William Saliba, meilleur défenseur de sa génération (l’auteur de cette chronique est supporter d’Arsenal, mais néanmoins parfaitement objectif), qui souffre du dos. Le préparateur physique des Bleus mène une enquête : Saliba a le même kinésithérapeute qu’Arthur Fils et Abou Diaby, et ce kiné a eu son diplôme dans une pochette-surprise !
11 juin. Ça y est ! La Coupe du Monde commence. Les supporters Français sont au rendez-vous. Patrick Bruel a obtenu de la justice qu’il n’ait pas à se rendre au commissariat pendant les matchs de l’Équipe de France. Les journalistes de Libération ont obtenu de leur direction de pouvoir transformer les locaux en grande fan zone pour regarder les matchs de l’Algérie. Dans les rangs de la Police nationale, l’ambiance est excellente, car un grand concours de pronostics a été organisé : il s’agit de parier sur quels matchs provoqueront le plus de voitures brûlées (c’est serré entre les matchs du Maroc, de l’Algérie, de la Tunisie et de la Turquie).
16 juin. France-Sénégal. La France domine, mais peine à concrétiser ses occasions. Parce qu’ils souhaitent tous jouer au même poste, Dembélé, Mbappé, Olise et Doué n’arrêtent pas de permuter et se rentrent sans cesse dedans. Malgré les entrées de Cherki et Barcola, la France s’incline 1-0. Les supporters français se rassurent : même si les Bleus étaient éliminés, il resterait l’équipe d’Algérie, dont 18 joueurs sur 26 sont nés en France !
Au sein de l’effectif du Portugal, on s’inquiète de l’état de santé de Cristiano Ronaldo, qui déclare des symptômes de la maladie d’Alzheimer. À New York, il loge d’ailleurs dans le même Ehpad que Messi, Modric et Guillermo Ochoa.
18 juin. Le staff des Bleus réalise que Olise ne parle pas français ; les séances d’entraînement sont désormais menées en anglais. L’entente entre nos attaquants s’améliore.
20 juin. Au-delà de l’équipe de France, la Coupe du Monde offre une belle édition. Bukayo Saka, Declan Rice, Gabriel Martinelli, Martin Odegaard, David Raya, Leandro Trossard, Kai Havertz et Viktor Gyökeres éclaboussent la compétition de leur talent. Avec le Brésil, Neymar effectue une super action (pour se rendre du lit de l’infirmerie aux toilettes de l’infirmerie). Au sein de l’effectif du Portugal, on s’inquiète de l’état de santé de Cristiano Ronaldo, qui déclare des symptômes de la maladie d’Alzheimer. À New York, il loge d’ailleurs dans le même Ehpad que Messi, Modric et Guillermo Ochoa.
26 juin. La France bat la Norvège et se qualifie, dans la douleur, pour les seizièmes de finale. Problème : Mbappé a effectué un repli défensif et aura donc besoin d’une période de repos, il ne reviendra que pour les demi-finales.
9 juillet. Grâce à un triplé d’Olise (son quatrième dans la compétition), la France bat l’Angleterre et se qualifie pour les demi-finales ! En défense, Upamecano est très régulier : jamais moins de 3 énormes erreurs par match, jamais plus non plus.
15 juillet. En demi-finales contre la Belgique, la France parvient, au bout du suspense et de la fatigue, à l’emporter à l’issue des prolongations. Où nos joueurs ont-ils trouvé ces ressources mentales ? Ils voulaient à tout prix éviter de perdre car ils craignaient qu’Emmanuel Macron les console en les câlinant.
19 juillet. Finale France-Argentine. Dembélé s’avance confiant puisqu’il ne peut de toute façon pas être plus mauvais que lors de sa finale de 2022. La Fifa souhaite à tout prix que Messi gagne ; l’arbitre expulse donc deux joueurs français dès la première minute (trois avec Rabiot, mais sa mère descend sur la pelouse et fait annuler son carton rouge). L’Argentine mène cinq-zéro à trois minutes de la fin, moment que choisit Mbappé pour se réveiller et inscrire un quintuplé. Malheureusement, Didier Deschamps a catégoriquement refusé de préparer les séances de tir au but ; la France s’incline. Emiliano Martinez, le goal de l’Argentine, célèbre en frappant les joueurs de l’équipe de France avec la Coupe du Monde.o ■ oSAMUEL FITOUSSI

Samuel Fitoussi, « Pourquoi les intellectuels se trompent » aux Éditions de l’Observatoire.












