
Près de deux mois avant l’annonce officielle de la tenue d’un référendum sur la reprise des négociations d’adhésion du pays à l’UE, la Première ministre islandaise Kristrún Frostadóttir a été reçue à Bruxelles par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le 14 janvier 2026

L’OEIL DE BRUXELLES – Le compte à rebours est lancé. Dans moins d’une semaine, les Islandais seront appelés aux urnes le 29 août pour répondre à une question simple : « L’Islande doit-elle reprendre les négociations d’adhésion avec l’Union européenne ? » Derrière cette formulation claire se cache un débat ancien et complexe, ancré dans la vie politique du pays.
Depuis plusieurs mois, les sondages montrent une population partagée en deux, avec des proportions quasi égales de partisans et d’opposants. Ce scrutin intervient dans un contexte géopolitique tendu, où la position stratégique de l’île et ses liens historiques avec l’Europe prennent une importance nouvelle.

Un pays divisé entre intégration européenne et souveraineté nationale
L’Islande n’en est pas à son premier débat sur l’adhésion. En 2009, au lendemain de l’effondrement de son système bancaire, le pays avait officiellement demandé à rejoindre l’Union européenne. Les négociations avaient toutefois été interrompues en 2013, notamment en raison de désaccords sur la pêche, secteur clé de l’économie islandaise. Le gouvernement avait officiellement retiré sa candidature deux ans plus tard, en 2015.
Aujourd’hui, l’Islande est déjà très intégrée à l’Europe : elle appartient à l’Espace économique européen et à Schengen, ce qui lui permet de participer au marché unique et de circuler librement, sans pour autant disposer d’un siège à la table des décisions européennes.
Pour les partisans du « oui » emmenés par la Première ministre Kristrún Frostadóttir, arrivée au pouvoir en 2024, cette situation illustre un paradoxe : être dans le système européen sans pouvoir peser sur ses règles. Les opposants, eux, mettent en avant la souveraineté nationale et la maîtrise des ressources halieutiques, considérées comme un pilier identitaire. Les produits de la mer représentent près de 40 % des exportations islandaises de biens.
Malgré les divisions, les liens entre l’Islande et l’Union européenne restent étroits. Le 18 mars dernier, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas et la ministre des Affaires étrangères islandaise Thorgerdur Katrín Gunnarsdóttir ont signé un partenariat de sécurité afin d’instaurer un dialogue annuel spécifique sur la sécurité et la défense entre l’Islande et l’UE. L’île participe au marché unique via l’Espace économique européen (EEE), ce qui lui permet de participer au marché unique européen sans être membre de l’Union, appartient à Schengen, et prend part à des programmes comme Erasmus+ ou Horizon Europe. En revanche, l’Islande ne faisant pas partie de l’union douanière de l’UE, des frontières et procédures douanières demeurent entre elle et l’Union européenne pour les échanges de marchandises.

Un choix stratégique dans un environnement géopolitique bouleversé
La question européenne revient aujourd’hui en force, portée par les évolutions géopolitiques dans l’Arctique et l’Atlantique Nord. Située au cœur du GIUK Gap, abréviation anglaise de « passage Groenland-Islande-Royaume-Uni », une zone maritime stratégique reliant l’Arctique et l’Atlantique nord, l’Islande ne dispose pas d’armée permanente. Elle s’appuie notamment sur son appartenance à l’Otan et sur l’accord bilatéral de défense qui la lie aux États-Unis depuis 1951.
La guerre en Ukraine et les déclarations répétées de Donald Trump sur le Groenland ont ravivé les inquiétudes quant à la stabilité de la région. Le territoire autonome appartenant au Danemark est situé à moins de 300 kilomètres de Reykjavík.
Pour un petit État, l’appartenance à des ensembles plus vastes peut constituer une protection supplémentaire. Dans ce contexte, le référendum du 29 août dépasse largement la question technique de la reprise des négociations : il interroge la place de l’Islande dans un monde où les grandes puissances redessinent les équilibres internationaux.

Un processus d’adhésion qui pourrait être relancé
Plus de dix ans après le retrait de sa candidature, l’Islande envisage donc de rouvrir le dossier européen. Si le « oui » l’emporte, les négociations devraient reprendre, avant qu’un second référendum – probablement en 2027 – ne soit organisé pour se prononcer sur un éventuel accord final.
Dans le cas de l’Islande, l’examen de l’acquis européen serait néanmoins plus rapide que pour d’autres candidats, car le pays applique déjà une large part des règles de l’Union via son appartenance à l’Espace économique européen. « Nous pourrions envisager un processus d’intégration beaucoup plus rapide si les citoyens islandais décidaient de réintégrer l’Europe« , déclarait ainsi la commissaire européenne à l’Élargissement, Marta Kos, en juin.
Les négociations d’adhésion passent par l’examen d’une trentaine de chapitres thématiques couvrant l’état de droit, la justice, l’économie, l’environnement ou encore les normes techniques. Lors du précédent processus islandais, 27 des 33 chapitres substantiels avaient été ouverts et 11 avaient été provisoirement clos lorsque les négociations ont été suspendues. Une partie du travail déjà réalisé pourrait donc servir de base à de nouvelles discussions.

Des négociations encore incertaines
Les questions à régler restent cependant nombreuses, notamment sur la pêche et la gestion des ressources maritimes. Celles-ci constituent l’un des dossiers les plus difficiles, avec l’agriculture et certaines questions économiques : les règles européennes en la matière ne sont pas intégrées à l’accord sur l’Espace économique européen.
Selon un sondage réalisé en juillet par l’institut Maskína , 53 % des Islandais soutiennent la reprise des négociations, 47 % s’y opposent. Un autre sondage Gallup au début du mois, indiquait que 46 % des électeurs soutenaient le « Oui », 46 % le « Non » et 8 % se déclaraient indécis.
Actuellement, neuf États sont officiellement reconnus comme candidats à l’Union européenne. Parmi eux figurent le Monténégro, pays le plus avancé dans le processus d’adhésion selon la Commission européenne. Au 14 juillet 2026, il avait provisoirement clos 18 de ses 33 chapitres de négociation. ■ o J.-P. S.











