
Par Max-Erwann Gastineau

Ce texte de Max-Erwan Gastineau — toujours excellent — est paru le 10 septembre sur sa page Facebook. Nous ne le commenterons pas, laissant aux lecteurs — notamment les profs — le soin de le faire. — JSF

Le classement #PISA et ma conversation avec une amie professeure des écoles en Bretagne depuis une bonne dizaine d’années
Vous avez tous entendu parler de ce classement qui montre que le niveau des élèves français (lecture, maths…) continue de s’effondrer plus vite que chez nos voisins européens…
Vous avez tous entendu dire que ces résultats poursuivaient une chute déjà observée au sortir du Covid, accentuant une pente elle-même observée depuis au moins deux décennies (La fabrique du crétin de Jean-Paul Brighelli est sortie en 2005)…
Vous en avez tous entendu parler et vous vous êtes donc dit, armés du sel de votre remarquable bon sens, que l’urgence était au « savoir lire, écrire et compter » que chaque ministre de l’Éducation (ou presque…) reprend à son compte lors de son discours d’investiture, la main sur le cœur. Vous vous l’êtes dit… mais vous n’y êtes pas du tout !
« Il paraît que le niveau chute, lançais-je à cette amie, hier soir, sous un ton faussement étonné. Tu le sens, toi ?
— Eh bien, je trouve que je n’ai plus le temps de faire correctement mes maths et mon français…
— Ah bon ?! Mais tu dois faire quoi à la place ?
— Sciences, histoire, géo, éducation morale et civique, éducation à la vie affective, sport, musique, arts… qui sont survolées aussi puisqu’il n’y a que 6 h par jour !
— Éducation à la vie affective ?????
— Oui, c’est le tout dernier, celui-là ! »
Et ce n’est pas fini ! Le ministre de l’Éducation nationale annonce vouloir développer un enseignement d’introduction à l’IA…
Voilà…
Oui, le sentiment que les constats, les classements et les rapports s’accumulent mais que, malgré tout, la fuite en avant se poursuit n’est pas qu’un sentiment.
Oui, un « État profond », fait d’inamovibles jargonneux, fonctionne en pilotage automatique, sans comptes à rendre, à l’abri de toute forme de responsabilité sociale… faute de volonté politique, de ministres suffisamment indignés, suffisamment forts, suffisamment crédibles, installés depuis suffisamment longtemps pour faire contrepoids, reprendre en main la rue de Grenelle et entamer la rénovation que les Français exigent ; celle qui préservera leurs enfants des doctrines qui ont échoué et les méprisent…
PS : le niveau s’effondre en France plus vite qu’ailleurs, mais il s’effondre partout en Europe, nuancera-t-on. Certes ! Mais justement… Puisque le contexte ne nous aide pas, mettons les bouchées doubles ! Convenons que le « savoir lire, écrire et compter » (et j’ajouterais : « se repérer », avec l’histoire et la géo) est devenu encore plus vital à l’ère des réseaux sociaux que dans les années 2000.
L’école doit se recentrer, cesser de se disperser. La Nation en a besoin. Elle a besoin de citoyens instruits (la démocratie sans instruction publique n’a jamais été un projet), de citoyens qui mettent des mots avant de mettre les poings (l’absence des uns favorisant l’emploi des autres, les pédopsychiatres le savent tous) et, d’un point de vue purement utilitariste mais d’intérêt national : l’industrie a aussi besoin de gens instruits (l’effondrement en maths suit celui du français, tout étant lié…).
PS bis : l’école doit se recentrer. Elle ne doit pas chercher à remplacer les parents, mais renouer avec sa vocation historique pour les compléter. Cette tâche ne sera pas la moins rude. Mais il importe, là aussi, d’en convenir : au centre de la réussite éducative — je l’ai observé en Chine lorsque j’y travaillais et vivais au sein d’une famille chinoise ; je l’ai observé pour moi-même, dans mon enfance bretonne, et mes proches —, il y a toujours les parents.
La réussite éducative, c’est l’alliance féconde de la famille et de l’école. Une alliance culturelle (la culture devant être ici entendue comme tout ce qui n’a pas besoin d’être dit et martelé, car elle recouvre un implicite social partagé, le lien tacite, noué de mœurs et de règles héritées, au fondement de toute société et des évolutions lentes qui la polissent) qui produit de la confiance et une mécanique bien huilée entourant l’enfant d’attendus saillants.
Détruisez l’une (la famille) et vous détruirez l’autre (l’école) ! « Les parents ne s’investissent plus comme avant », souligne d’ailleurs le ministre de l’Éducation. Et donc l’école pallie ce défaut d’investissement, ou cherche à le faire — en faisant toujours plus d’éducation (morale) et toujours moins de transmission des savoirs —, lorsqu’elle ne commet pas l’erreur de s’y adapter, en supprimant les devoirs à la maison le soir « pour ne pas renforcer les inégalités » (sic), comme il est désormais demandé aux professeurs…o■o MAX-ERWAN GASTINEAU
Max-Erwann Gastineau est un essayiste, politologue et chroniqueur français. Diplômé en histoire et en relations internationales, il a étudié au Canada puis à Trinité-et-Tobago. Son parcours professionnel l’a conduit en Chine, aux Nations unies, à l’Assemblée nationale ainsi que dans le secteur de l’énergie, où il a notamment occupé le poste de directeur des affaires publiques et territoires chez France Gaz. Il est l’auteur de deux ouvrages publiés aux éditions du Cerf : Le Nouveau Procès de l’Est (2019), consacré aux fractures culturelles et politiques entre l’Europe de l’Est et l’Europe de l’Ouest, et L’Ère de l’affirmation : répondre au défi de la désoccidentalisation (2023), qui analyse le recul de l’influence occidentale. Il a également contribué au Dictionnaire des populismes et publie régulièrement des tribunes dans Le Figaro Vox, Marianne, Atlantico, ainsi que dans Front Populaire.











