
Un accord commercial de principe a été trouvé entre Bruxelles et Manille (ici Ursula von der Leyen rencontrant le président philippin, Ferdinand Marcos Jr., en 2023)

L’OEIL DE BRUXELLES – L’Union européenne et les Philippines ont annoncé, mardi 22 septembre, être parvenus à un accord substantiel dans les négociations sur un accord de libre-échange. Cette annonce s’inscrit dans la stratégie de diversification commerciale menée par Bruxelles depuis plusieurs mois en Asie-Pacifique comme en Amérique latine.
Deux ans et demi après la reprise des négociations, « la Commission européenne a annoncé [mardi 22 septembre] un accord de libre-échange avec les Philippines« , relèvent Les Échos. Dans un communiqué conjoint, le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, et la ministre philippine du Commerce et de l’Industrie, Maria Cristina Aldeguer-Roque, ont déclaré « qu’ils étaient parvenus à un ‘accord substantiel’ » [Politico].

« Les Philippines, avec leurs 113 millions d’habitants, constituent un marché important pour les exportateurs de l’UE. Les entreprises européennes exportent un nombre particulièrement important de machines, de moyens de transport, de produits pharmaceutiques et d’équipements médicaux« , souligneDie Welt.
« L’accord de libre-échange sera probablement conclu en 2027 et signé en 2028. Mais les contours sont particulièrement positifs pour l’UE« , résume La Matinale européenne.
« Maintenant, le travail se transforme en finition du travail« , a déclaré Šefčovič aux journalistes mardi à Bruxelles. « Nous avons chargé nos équipes de conclure officiellement l’accord dans les mois à venir » [Politico].
Suppression de « plus de 94 % des droits de douane«
Une fois signé, cet accord commercial « supprimera plus de 94 % des droits de douane [et] couvrira plus de 97 % des échanges bilatéraux » [Euronews]. Selon la Commission européenne, « le commerce bilatéral entre l’UE et les Philippines a un potentiel de croissance bien supérieur aux niveaux actuels, qui s’établissent à 17,6 milliards d’euros pour les biens et à 10,3 milliards d’euros pour les services« , précise La Matinale européenne.
Pays de l’Indo-Pacifique en forte croissance, cet accord pourrait notamment profiter « aux producteurs européens dans des secteurs comme les équipements de transport, les médicaments, machines-outils, mais aussi les producteurs de porcs, volailles et autres produits laitiers » [BFM Business]. Via cet accord, la Commission vise également « une meilleure protection de sa propriété intellectuelle, avec une ‘liste commercialement pertinente d’indications géographiques protégées’ […], une coopération renforcée dans les minéraux critiques [ainsi que] des ‘engagements ambitieux’ en matière environnementale » [Les Échos].
L’annonce de cet ‘accord substantiel’ a été saluée par la France, « qui a par le passé été sceptique à l’égard des accords commerciaux qui ont exposé son puissant lobby agricole à la concurrence étrangère« , rappelle Politico. Selon le ministre du Commerce, Nicolas Forissier, « cette évolution est une bonne nouvelle pour nos entreprises et pour notre commerce« , ajoutant que la France restera « vigilante« . De plus, « le Copa Cogeca, organisation qui rassemble les principaux syndicats agricoles européens, a salué les avancées promises pour les agriculteurs de l’UE » [BFM Business].

Une « moisson » commerciale sans précédent pour Bruxelles
Si l’accord UE-Philippines se confirmait, ce dernier « viendrait s’intégrer dans une politique bien plus ambitieuse de l’Europe« , estiment Les Échos. Il intervient, en effet, « plus d’un an après que les États-Unis ont imposé de nouveaux droits de douane d’ampleur à de nombreux partenaires commerciaux, déclenchant des mesures de rétorsion et alimentant les tensions dans le commerce mondial » et depuis, « l’Union européenne cherche à nouer de nouveaux liens commerciaux« , rappelle Euronews.
« Depuis l’année dernière, il est devenu très clair que le paysage commercial connaît une transformation fondamentale. Et je pense qu’en raison des turbulences sur le marché mondial, […] l’Europe donne l’image d’un partenaire qui tombe à pic« , selon Maroš Šefčovič, en précisant que depuis « l’an dernier, [son] téléphone n’arrêtait pas de sonner, et ces coups de fil initiaux se traduisent maintenant par des accords commerciaux bien concrets. […] Nous n’avons jamais réalisé une telle moisson » [BFM Business]. « Face à la Chine et aux États-Unis, l’UE pousse ses pions en Asie-Pacifique« , résumeFrance 24.
Après l’accord politique UE-Mercosur de décembre 2024, signé en janvier 2026 et appliqué provisoirement depuis le 1er mai 2026 pour son accord commercial intérimaire, le commissaire Šefčovič a « confirmé que les discussions sont sur le point d’aboutir pour un traité de libre-échange avec la Thaïlande et que des négociations sont en cours avec la Malaisie » [Les Échos]. Il a également « affirmé vouloir ‘conclure avec l’Inde et l’Indonésie’ avant la fin de l’année« , précise le média économique. Pour le commissaire, « l’Asie du Sud-Est est la région dans laquelle il faut être » [Politico].
Les autres fronts commerciaux de l’UE

« Parallèlement, les Européens poursuivent leurs efforts pour tenter de résoudre à l’amiable leurs déséquilibres commerciaux avec la Chine. Les 27 imputent en grande partie leur déficit commercial colossal avec la Chine (autour d’un milliard d’euros par jour) à des pratiques déloyales de Pékin, qu’ils accusent de détruire des pans entiers de l’industrie européenne« , rappelle BFM Business. Le commissaire du Commerce se rendra en Chine les 8 et 9 octobre, afin d’obtenir de Pékin des « résultats crédibles » [La Matinale européenne].
Par ailleurs, « l’Union européenne veut désormais aller plus loin avec certains partenaires [comme avec le] partenariat renforcé annoncé la semaine dernière avec le Canada » en tant que membre associé [Les Échos]. « L’Australie […] et la Nouvelle-Zélande […] pourraient également bénéficier d’un statut spécial, comme proposé récemment par la présidente du Parlement européen Roberta Metsola« , fait savoir le journal économique.

Pour l’heure, concernant l’accord UE-Philippines, au-delà de sa signature, « les deux parties n’ont pas encore convenu de la mise en œuvre et des détails techniques » [Die Welt]. Celui-ci devra ensuite « être approuvé par les États membres et le Parlement européen« , conclut le média allemand. ■ o J.-P. S.











