
Par Mathieu Bock-Côté.
COMMENTAIRE JSF — Cette chronique du Figaro est parue le 3 octobre. Nous ne voyons pas la nécessité d’un commentaire. Extrayons plutôt de cet article lucide et vigoureux trois citations dignes d’intérêt. Celle-ci d’abord, qui vise la bonne cible : « La politique, chez les mondains en manque de sensations fortes, doit aboutir dans un embrasement de la cité. » Celle-ci encore, qui met en lumière une distinction utile : « LFI n’est pas un parti tribunicien, comme le sont les partis populistes de droite, mais un parti factieux, qui veut détruire la société. » Celle-ci encore, pour finir : « La révolte des lycées donne donc à voir deux forces qui s’accouplent et voient ainsi leur puissance s’amplifier : la passion révolutionnaire française et le revanchisme contre-colonial. » — JSF
CHRONIQUE – La révolte des lycées offre à LFI l’occasion de tester ses forces à sept mois d’une présidentielle qu’elle entend soumettre à une stratégie de blocage, pour paralyser la société, et la conduire au seuil d’une situation révolutionnaire.

À peu près personne n’a vu venu venir le « mouvement social » des lycées. Il a d’ailleurs fallu quelques heures, et même quelques jours, aux commentateurs, pour comprendre les revendications formulées : apparemment, il manquerait d’argent dans les écoles (quelle revendication étonnante !) et elles seraient trop souvent insalubres (alors on va les brûler !). Par ailleurs, les lycéens se sentiraient méprisés par la société (alors attaquons les professeurs, les policiers et les pompiers !). Tout cela va de soi, n’est-ce pas ? Le récit médiatique dominant cherche néanmoins à présenter ces émeutes comme l’expression d’une colère sociale légitime, qu’il faudrait comprendre (encore faudrait-il comprendre ce que disent ceux à qui on tend spontanément le micro). Le préjugé favorable à la révolution qui travaille encore l’intelligentsia pousse spontanément cette dernière à faire les yeux doux aux casseurs, pour peu qu’ils viennent des bons quartiers. La politique, chez les mondains en manque de sensations fortes, doit aboutir dans un embrasement de la cité.
Mais le récit de la révolte sociale bute sur deux réalités. D’abord, il est désormais évident que ces émeutes sont pilotées, de près ou de loin, par LFI et ses proxys, qu’ils se réclament de la « société civile », ou qu’ils se situent dans la mouvance opaque de la gauche radicale, qui souscrit au mythe de la révolution permanente. La gauche radicale dispose d’une base militante financée à même les fonds publics, qui travaille en permanence à mobiliser les insatisfaits chroniques, les revanchards et les déclassés, souvent surchargés de diplômes inutiles, sans aucune valeur sur le marché du travail (oh charme des sciences sociales), et qui compensent leur difficile insertion professionnelle dans la radicalité idéologique. C’est le lumpenprolétariat des temps présents, qui rêve d’égalité vengeresse et qui n’a d’espoir d’avancement social que dans l’appareil d’un parti composé de militants professionnels, comme autrefois. LFI n’est pas un parti tribunicien, comme le sont les partis populistes de droite, mais un parti factieux, qui veut détruire la société.
LFI, chose certaine, a testé ses forces depuis quelques jours, à l’horizon de la présidentielle, qu’elle entend soumettre à une stratégie de blocage, pour paralyser la société et la conduire au seuil d’une situation révolutionnaire. Toujours, les lycées sont aisément mobilisables, et plus encore dans le monde des réseaux sociaux, où la passion mimétique domine. Il s’agira ensuite d’exciter les banlieues, de les convaincre aussi de convertir leur rage identitaire en soulèvement – la forme de ce dernier relève de l’imprévisible. Il faut conduire le pays dans une situation irréversible, où les institutions seront impuissantes ou, du moins, suspendues, la légalité et la légitimité ne semblant plus se recouper, et où viendra le temps des minorités les plus résolues. La gauche radicale rêve de ce moment, où la politique se délivre des convenances bourgeoises pour devenir un pur rapport de force. Cela ne l’empêche pas de se prétendre démocratique et d’œuvrer dans les assemblées, selon les règles de sa propre taqîya.
La révolte des lycées donne donc à voir deux forces qui s’accouplent et voient ainsi leur puissance s’amplifier : la passion révolutionnaire française et le revanchisme contre-colonial. Devant cela, les catégories dominantes de la sociologie sont impuissantes.
On en arrive aux banlieues, aux populations de la « nouvelle France ». Elles ne se joignent pas au mouvement comme la jeunesse d’hier, qui jouait à la révolution à la manière d’un rituel d’initiation aux choses de la vie. Il suffisait de regarder sur les réseaux sociaux les vidéos de la révolte non filtrées par le régime pour comprendre ce dont il est question. Si les enseignants, les policiers et les pompiers sont attaqués, ce n’est pas en tant que représentants de la bourgeoisie (soyons sérieux), mais en tant que représentants d’un pays détesté, auquel on reproche d’avoir hier colonisé le Maghreb et l’Afrique subsaharienne, et sur lequel on veut prendre une revanche civilisationnelle. Le régime dira : mais ils sont français, leurs papiers le prouvent. Certes. Mais on répondra, tristement et lucidement, que la nationalité administrative se craquelle devant le retour des appartenances primordiales, qui parlent davantage le langage de l’origine que de l’appartenance civique.
La révolte des lycées donne donc à voir deux forces qui s’accouplent et voient ainsi leur puissance s’amplifier : la passion révolutionnaire française et le revanchisme contre-colonial. Devant cela, les catégories dominantes de la sociologie sont impuissantes. Elles ne peuvent pas comprendre ce qu’elles ont tout fait pour occulter et rendre théoriquement inimaginable. Il en est de même de la classe dirigeante, qui s’est convaincue de l’interchangeabilité des cultures et des populations, qui croit aussi que la passion révolutionnaire (et sa violence) est une vieillerie du XXe siècle, alors qu’elle est en train de renaître sous nos yeux, canalisée par un parti il y a deux ans intégré au front républicain. o ■o MATHIEU BOCK-CÖTÉ

Les Deux Occidents, Mathieu Bock-Côté, La Cité, 288 p., 22 €. sdp












Trois phrases ronflantes reprises par JSF, et un silence consternant ! M.B.C. le Sociologue mondain qui consulte volontiers son miroir ne voit-il pas que ces catégories dominantes de la sociologie qui sont impuissantes et qui ne peuvent pas comprendre ce qu’elles ont tout fait pour occulter et rendre théoriquement inimaginable, ce sont les siennes ; et que ce qu’elles occultent jusqu’à le rendre inimaginable, il y contribue largement.
Non, la passion révolutionnaire n’est pas en train de renaître sous nos yeux. La France culpabilisée jusqu’à l’aboulie et la confusion, cherche bien plutôt à retrouver un peu d’elle-même, de sa fierté et de sa dignité, et, aussi, une direction respectable, comme l’a montré, à demi-mot, son accueil à Léon XIV.
Non, la classe dirigeante, n’est pas convaincue de l’interchangeabilité des cultures et des populations. Elle prêche cette marmelade « tutti frutti » pour faire passer cet euro-mondialisme, destructeur et ploutocratique, que vous ne mentionnez même pas !
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Mon mot de la fin disparu :
Je l’ai déjà écrit : M.B.C. vous me semblez plus concerné par l’indépendance du Québec que par celle de la France.