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Église catholique – Cardinal Robert Sarah : « L’homme occidental a la nostalgie de Dieu et cherche à le retrouver »

samedi 4 avril 2026samedi 4 avril 2026 sur JSF

Par Eugénie Bastié, Espérance de Monspey et Guillaume Tabard

Ce « Grand Entretien » – qui intéresse à un niveau supérieur l’avenir politique, social, civilisationnel et spirituel de nos sociétés – est paru dans Le Figaro de ce Samedi Saint, 4 avril. Nous nous abstiendrons d’y ajouter un commentaire laissant aux lecteurs de JSF le choix et la liberté des leurs. – JSF

GRAND ENTRETIEN – Figure écoutée de l’Église catholique, le prélat* publie 2050 , un livre dans lequel il questionne l’avenir de l’Église. Sera-t-elle un phare dans un monde chaotique ou le vestige d’une civilisation morte ?

* Né en 1945 en Guinée, ancien archevêque de Conakry et préfet du dicastère pour le Culte divin jusqu’en 2021, créé cardinal par Benoît XVI, le cardinal Sarah s’est imposé comme une figure de l’Église par la force de sa parole et sa fidélité à la tradition. Il vient de publier 2050, dialogue avec Nicolas Diat (Fayard).

LE FIGARO. – Quand vous regardez votre itinéraire, qu’est-ce qui vous a conduit à écrire ce livre aujourd’hui, 2050  ? Pourquoi avoir choisi cet horizon à la fois proche et lointain ?Passer la publicité

CARDINAL ROBERT SARAH. – Je pense que c’est un acte d’action de grâce, remercier Dieu de ce qu’il a fait de moi. Il m’a fait découvrir sa présence à travers des missionnaires et m’a conduit jusqu’au cœur de l’Église à Rome. Jamais je n’aurais imaginé être là, collaborateur du Saint-Père. Ce que j’écris est donc une profession de foi et une action de grâce. 2050 est une invitation à rester fidèles à ce que nous avons reçu du Christ : une Église lumière du monde. Malgré les angoisses et la confusion, elle restera un phare, car elle est œuvre de Dieu. Elle connaîtra des épreuves, mais, si elle demeure fidèle à la Parole, lumière et nourriture, alors, quelles que soient les ténèbres, elle restera guidée par le Christ, lumière du monde.

Certaines Églises ont disparu au fil de l’histoire. Face à l’évolution actuelle du christianisme dans le monde, qu’est-ce qui nourrit aujourd’hui vos inquiétudes et vos espoirs pour la pérennité de l’Église ?

Mon inquiétude vient surtout de la manière dont l’Occident accueille aujourd’hui Jésus-Christ. On a l’impression qu’il ne s’y intéresse plus, alors qu’il a transmis l’Évangile et possède une longue expérience chrétienne, liturgique, théologique et monastique à partager. Cette richesse devrait être un héritage pour les autres Églises, mais je crains qu’on ne puisse plus compter sur elle. Pourtant, il existe des signes de réveil : nouveaux baptêmes, vie monastique. Mon inquiétude est humaine, car le Christ a promis sa présence. C’est une crise, mais l’Occident peut encore soutenir les jeunes Églises, comme une liane s’appuie sur un arbre pour atteindre la lumière. Nous avons besoin de cette expérience pour voir le Christ et je crois que Dieu n’abandonnera pas ce qu’il a accompli.

Vous écrivez que l’Église est parfois défigurée, réduite à des mots d’ordre changeant. L’Église se dénature-t-elle en devenant une simple ONG humanitaire, au lieu de rester centrée sur Dieu ?

La mission de l’Église est de relier l’homme à Dieu et de transmettre sa parole. Les questions sociales sont importantes, mais ne peuvent être son unique rôle. Aujourd’hui, on insiste sur l’écologie, les migrants ou la paix, qui reste un don de Dieu. Sans lui, elle ne peut être stable. L’Église n’est pas une ONG, mais un mystère, le corps du Christ appelé à éclairer le monde, lumen gentium. Sa mission est de ramener l’homme à Dieu. Pourtant, aujourd’hui, on met davantage l’accent sur son organisation et la synodalité, en oubliant sa mission : celle d’enseigner et d’être envoyée. Il faut redécouvrir cette mission : transmettre la parole et l’amour de Dieu. Elle doit persévérer, prier et garder une liturgie authentique. La liturgie, aujourd’hui, est parfois abîmée et trop bruyante. Comme si on se célébrait nous-mêmes. La messe, ce n’est pas de la « convivialité ».

Aujourd’hui, on insiste sur l’écologie, les migrants ou la paix, qui reste un don de Dieu. Sans lui, elle ne peut être stable. L’Église n’est pas une ONG, mais un mystère, le corps du Christ appelé à éclairer le monde, lumen gentium. Sa mission est de ramener l’homme à Dieu. Cardinal Robert Sarah

Pensez-vous qu’il faudrait une liturgie plus sobre, plus silencieuse ?

Une liturgie plus silencieuse doit adorer et célébrer la grandeur aimante de Dieu, tournée vers le salut des hommes. Aujourd’hui, on ne parle presque plus du salut ni de l’âme. Or, l’Eucharistie nourrit l’âme. Sans cela, l’Église manque sa mission.

L’accent mis sur les questions sociales et la synodalité sous le pape François a-t-il ralenti la mission d’évangélisation de l’Église ? Et le pape Léon XIV est-il en train de la recentrer sur l’annonce du Christ ?

Dès sa première homélie, le pape a centré tout sur le Christ, pas sur les questions sociales. Il invite à chercher Dieu, rappelle l’importance du sacerdoce et remet la liturgie dans le regard de Jésus-Christ. Ainsi, il recentre l’Église sur sa mission première : annoncer le Christ, la vie, la lumière et le chemin. Le pape Benoît XVI l’a souvent répété : La liturgie, c’est opus trinitatis, c’est l’œuvre de la Trinité et l’œuvre de Dieu, opus dei. Ce n’est pas une création humaine. Elle doit être belle, adorante, sacrée. Ce n’est pas pour nous rendre heureux entre nous, c’est pour louer Dieu. Et quand Dieu répond à notre liturgie, il nous sanctifie. La liturgie doit nous sanctifier.

Aujourd’hui, le sacerdoce est au cœur des inquiétudes contemporaines, notamment dans des pays occidentaux où de moins en moins de jeunes hommes veulent devenir prêtre. Pourquoi jugez-vous illusoire de supprimer le célibat pour relancer les vocations, et quelle est selon vous la véritable origine de la crise des vocations sacerdotales ?

Les vocations viennent avant tout des familles, or l’Occident détruit souvent la famille, qui est le lieu de la vie et des enfants, source des vocations sacerdotales. Recréer et valoriser la famille est donc essentiel. Les paroisses doivent aussi prier, car le Seigneur a dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux » ; la prière est première pour le prêtre, qui crée de l’avenir et vit pour Dieu. Supprimer le célibat ne relancera pas les vocations : même chez les anglicans, où les prêtres peuvent se marier, cela ne suffit pas. Le prêtre est ipse Christus, le Christ lui-même. Il ne s’est jamais marié. Donc, si on veut vraiment imiter Jésus, si on veut vraiment le Christ lui-même, il faut maintenir le célibat.

Les vocations viennent avant tout des familles, or l’Occident détruit souvent la famille, qui est le lieu de la vie et des enfants, sources des vocations sacerdotales.Cardinal Sarah

Aujourd’hui, pour le monde tel que nous le connaissons aujourd’hui, de quel type de sacerdoce a-t-on besoin ?

Il n’y a pas de nouveau type de prêtre : le prêtre doit être le Christ. Comme Jésus, il commence sa vie missionnaire dans le silence, la prière et le travail. La mission n’est pas d’abord d’être avec les gens, mais de leur apporter Dieu. Sans prière, le prêtre ne peut rien transmettre. Avant d’être utile aux autres, il doit être en contact avec Dieu, comme Jésus se retirait dans le désert. Plus il est donné à Dieu, plus il est envoyé et disponible pour les autres.

Vous dites que l’homme occidental a perdu sa relation à Dieu. Cela est assez manifeste dans nos sociétés très déchristianisées, particulièrement en France. Pourquoi, selon vous, nos sociétés occidentales ont-elles encore besoin de Dieu ?

Une société, comme un arbre, meurt si elle se coupe de ses racines. Un fleuve s’assèche s’il perd sa source. L’Occident a besoin de Dieu pour vivre. Le bonheur ne vient pas de la richesse matérielle, même dans la pauvreté, certains sont heureux. Ceux qui viennent en Occident cherchent non seulement le pain ou le travail, mais aussi la foi et les valeurs qui ont façonné une culture chrétienne. Il faut transmettre cette richesse essentielle, Dieu et la foi chrétienne.

Pensez-vous qu’aujourd’hui les sociétés occidentales vivent dans un déni de leurs racines ?

Bien sûr, puisque vous avez renoncé à vos racines chrétiennes, au moins en théorie. Car, dans la pratique, votre musique, votre architecture, votre littérature, tout est chrétien. Vos villes, vos rues ont des noms chrétiens. Cette crise sera surmontée d’une façon ou d’une autre, parce qu’aucun homme ne peut survivre sans racines.

Aujourd’hui, est-ce que l’Occident peut encore transmettre quelque chose aux pays émergents, ou est-ce plutôt l’Afrique et l’Asie qui sont devenus le cœur du catholicisme ?

Nous avons besoin les uns des autres. Vous apportez votre expérience théologique, liturgique et monastique, héritage essentiel pour consolider notre foi, et nous offrons notre dynamisme et notre jeunesse. Les prêtres asiatiques et africains soutiennent aussi concrètement les diocèses.

Dans votre livre, vous avez des phrases très sévères sur les démocraties libérales. Vous dites qu’il existe une forme de tyrannie démocratique qui, parfois, bafoue la loi naturelle. Pourquoi cette critique de la démocratie ?

La démocratie, née en Occident, ne peut pas être imposée à toutes les cultures. Chaque peuple a une histoire différente et doit pouvoir l’acquérir progressivement. Imposer un modèle unique crée des violences et des dégâts. Regardez tous les dégâts que la démocratie crée en Orient. On tue des personnes pour imposer la démocratie. Mieux vaut favoriser la collaboration, le partage et permettre à chacun d’évoluer à son rythme, sans uniformiser les sociétés.

La démocratie, née en Occident, ne peut pas être imposée à toutes les cultures. Cardinal Sarah

Quel regard posez-vous sur les évolutions législatives occidentales, par exemple la loi sur la fin de vie en France. Est-ce que, selon vous, on est en train d’opérer une rupture anthropologique inédite ?

Je pense que vous prenez une décision qui va au-delà de votre pouvoir. Personne ne peut décider qui doit mourir, qui doit vivre, sauf Dieu. Personne ne peut dire « cet enfant est malformé, il doit disparaître ». Ce sont des lois inhumaines, à mon avis. Toute vie est digne de respect. La liberté, ce n’est pas de tuer quelqu’un. Tuer quelqu’un, c’est de la barbarie.

Comment, dans une société où les croyants sont minoritaires et les non-croyants majoritaires, convaincre que la vie a une origine divine sans chercher pour autant à imposer la même vision pour tous ?

La mission de l’Église est de transmettre la pensée de Dieu sur l’homme, par la Révélation, la théologie et la tradition. Si elle se tait, chacun croit pouvoir se créer lui-même, alors que nous sommes des créatures voulues par Dieu, par amour. Nous ne décidons pas de notre vie. Dieu a une pensée de père envers nous. Aujourd’hui, beaucoup refusent de reconnaître Dieu comme créateur, pensant se créer eux-mêmes. La grandeur de l’homme, pour moi, c’est quand l’homme se met à genoux devant Dieu, reconnaît Dieu comme son père, comme son créateur, qui lui veut du bien. L’Église doit proclamer clairement cette vérité : nous sommes faits à l’image de Dieu, par amour.

L’homme a la nostalgie de Dieu et cherche à le retrouver, ce qui explique l’augmentation des baptêmes, signe de résurrection et de vitalité de l’Église.

Que pensez-vous de ce sursaut des baptêmes en France, marqué par une forte hausse ces dix dernières années ? Est-ce seulement un rattrapage des adultes non baptisés enfants, ou un véritable début de rechristianisation depuis le Covid ?

L’homme a la nostalgie de Dieu et cherche à le retrouver, ce qui explique l’augmentation des baptêmes, signe de résurrection et de vitalité de l’Église. Mais baptiser ne suffit pas. Il faut que les baptisés vivent en chrétiens, incarnent le Christ et reflètent sa parole. Comme les premiers disciples, ils ont besoin d’un accompagnement, d’une formation solide et prolongée, spirituelle et humaine. L’homme, pour grandir dans la foi, à l’image d’un enfant qui passe du lait à une nourriture plus consistante, a besoin d’un accompagnement.

Quels peuvent être les moyens très concrets de garder dans une pratique régulière ceux qui ont l’enthousiasme de la conversion, mais qui, parfois, ont peut-être du mal à tenir dans la durée ?

L’accompagnement des fidèles passe par une liturgie et une homélie soignée. Si on ne parle pas de Dieu ni de l’Évangile, on ne peut former ceux qui viennent une fois par semaine. Une homélie de cinq minutes ne nourrit pas la foi. Comme à l’école ou à l’université, il faut du temps et de la profondeur pour éduquer. L’homélie du dimanche doit former, enseigner et nourrir véritablement l’âme des chrétiens.

Vous insistez sur la liturgie d’une manière globale. Quelle est votre position sur l’usage du missel ancien : faut-il élargir ses possibilités comme l’ont fait Jean-Paul II et Benoît XVI, ou privilégier l’unité du rite pour toute l’Église, comme l’a fait le pape François avec son motu proprio ?

La diversité des rites est une richesse pour l’Église : ambrosien, mozarabe, latin ou orthodoxe, chacun exprime une sensibilité particulière. La messe tridentine, célébrée depuis mille six cents ans par des papes et des saints, ne devrait pas être interdite. Benoît XVI souhaitait la coexistence des rites ancien et nouveau. L’eucharistie doit unir, pas diviser. Je pense que, dans la bataille, on se détruit mutuellement, on ne progresse pas. Il faut accueillir généreusement la messe tridentine et retrouver unité, harmonie et diversité comme un enrichissement pour toute l’Église.

Une question douloureuse traverse l’Église en ce moment. Que conseillez-vous à la Fraternité Saint-Pie X : doivent-ils suspendre les ordinations prévues et poursuivre le dialogue avec l’Église, ou continuer malgré tout leurs projets ?

La décision d’ordonner des évêques sans l’accord du Saint-Siège est grave et risque de déchirer l’Église, le corps du Christ. Avant toute action, il faut prier. Mais je le répète, on ne sauve pas les âmes dans la désobéissance. Parce que le Christ nous a sauvés en obéissant jusqu’à la croix, jusqu’à la mort de la croix. Ils sont libres d’agir, mais cela serait une immense souffrance pour Jésus. L’appel est à l’unité, à la prière, pour éviter de déchirer son corps et respecter son œuvre de salut.

Comment percevez-vous l’inquiétude identitaire face à l’islamisation croissante en Occident, et quel doit être selon vous le rôle de l’Église : uniquement un dialogue interreligieux ou aussi une mission de conversion ?

Le Concile nous appelle au dialogue interreligieux et au respect des autres religions, car elles sont une tentative humaine noble d’approcher Dieu. Mais l’Église catholique est différente, elle proclame un fait historique. Dieu vient vers l’homme pour le recréer à son image. Les religions ne sont pas égales, sinon on détruit l’incarnation. L’islam peut nous interpeller sur la prière et la centralité de Dieu, nous réveillant à notre foi. Si nous négligeons notre foi, les musulmans s’imposeront culturellement. C’est la majorité qui commande. Et s’il n’y a plus de chrétiens, vous allez suivre les lois musulmanes, les coutumes musulmanes. Je ne pense pas qu’il faille avoir peur, mais considérer tout cela comme un stimulant, un réveil de notre foi chrétienne. o ■

Robert Sarah, avec Nicolas Diat, 2050, Fayard, 2026, 288 p., 22,90 €.

Eugénie Bastié, Espérance de Monspey et Guillaume Tabard

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Maurras y constate la tragique infériorité du régime républicain en matière de politique internationale, spécialement face à la menace allemande de l’époque. Prévoyant la guerre à venir il conclut à la nécessité de remettre un roi à la tête du pays. Prolongeant le réalisme de la pratique capétienne des relations internationales, ancêtre de la pensée géostratégique française.

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