
Par Arnaud Florac.
Cet article est paru le 1er mai dans Boulevard Voltaire. Il complète utilement notre publication de même date sur les cérémonies de Camerone 2026 tenues la veille à Aubagne. On peut s’y reporter. Il y figure trois belles photos de la famille de France présente à ces cérémonies où, d’ailleurs, le Comte de Paris faisait partie des invités d’honneur. Nous n’ajouterons pas d’autre commentaire. — Je Suis Français.

En première approche, il pourrait être contre-intuitif d’établir un lien entre la Légion étrangère et les têtes couronnées. L’une serait rustique, silencieuse, faite pour le choc. Les autres s’étourdiraient, depuis la chute de la plupart des monarchies, dans des fêtes bavardes qui n’en finiraient pas. Ces caricatures ne rendent évidemment pas compte du réel, et singulièrement de la grande porosité entre les familles princières et les képis blancs. Au fond, ils partagent les mêmes valeurs de don de soi au service du bien commun, d’exemplarité et d’idéal. C’est ce que retrace l’exposition « La noblesse de servir », dont le vernissage a eu lieu ce lundi à Aubagne, au musée de la Légion étrangère.
Dans les murs de la Légion, qui a refondé ici sa maison mère après avoir quitté Sidi Bel Abbès après l’indépendance de l’Algérie, on retrouvera une autre histoire des armées et de la noblesse européenne – une histoire beaucoup moins connue.
Au service de la patrie
Pour commencer, les familles ayant régné sur la France (en fait, les Orléans et les Bonaparte), que la loi républicaine empêchait de vivre en France et même de servir dans l’armée régulière, se sont tout naturellement tournées vers la Légion quand il s’est agi de s’engager au service de la patrie, en bénéficiant des largesses de l’identité déclarée et de la nationalité présumée étrangère. Jean d’Orléans, duc de Guise, au seuil de la guerre de 1914, fut reçu par le Président Poincaré qui lui proposa immédiatement un poste dans la Légion. Ce sera finalement en 1940 que son fils, Henri d’Orléans, comte de Paris, s’engagera sous le nom de légionnaire d’Orliac, tandis que le prince Napoléon prendra le nom de Blanchard, au même moment, et coiffera lui aussi le képi blanc. On peut citer, également, le prince Louis II de Monaco, saint-cyrien (1891-93) à titre étranger, puis sous-lieutenant dans la Légion. Il quittera l’armée, six ans plus tard, avec le grade de lieutenant et la Légion d’honneur à titre militaire. Il se réengagera en 1914 pour la durée de la guerre, en tant que capitaine, et sera démobilisé avec le grade de colonel et sera même admis dans la deuxième section des officiers généraux. Ce 30 avril 2026, son arrière-petit-fils, le prince Albert II de Monaco, est l’invité d’honneur de la cérémonie de Camerone à Aubagne tout comme le prince Jean, comte de Paris, et le prince impérial Jean-Christophe Napoléon.
Autre prince de sang royal, Aage de Danemark (1887-1940), petit-fils du roi Christian IX de Danemark et descendant par sa mère, une Orléans, de Louis-Philippe, roi des Français et fondateur de la Légion étrangère. En 1922, il rejoint la Légion étrangère avec le grade de capitaine à titre étranger et est affecté au Maroc où il sera cité à l’ordre de l’armée en 1923. Alternant des postes en état-major et en unité combattante, il servira successivement aux 2e, 1er et 3e régiments étrangers d’infanterie. Il meurt brusquement de maladie en 1940 au Maroc. Sa dépouille sera transféré après le second conflit mondial à Sidi Bel Abbès. En 1962, elle rejoindra finalement le carré du Légionnaire à Puyloubier, dans les Bouches-du-Rhône.
Il faudrait aussi dire un mot de Dimitri Amilakvari, prince géorgien de noblesse immémoriale, qui commandait la 13e demi-brigade de Légion étrangère en 1940. Seule unité française à avoir vaincu l’Axe, lors des glorieux combats de Narvik, la « 13 » combattra ensuite sous les ordres du prince en Égypte – celui-ci y trouvera la mort.
Toutes ces figures, et bien d’autres sans doute, figurent dans l’exposition qu’organise la Légion étrangère dans l’enceinte de son quartier général historique. Si vous habitez dans la région, et même si vous n’y habitez pas, c’est l’occasion de découvrir ou de redécouvrir le lien particulier qui unit la Légion aux têtes couronnées.
Pour élargir un peu la perspective, on notera qu’Europe 1 consacre, ces jours-ci, tous les matins, un court reportage à la Légion et à ceux qui y servent, les fameux « hommes sans nom ». Il n’est pas anodin que, dans ces temps troublés, nous soyons, plus qu’à l’accoutumée, admiratifs et pleins de gratitude envers ceux qui sont venus du bout du monde offrir leur vie pour notre pays. Cette exposition, entre autres, a le mérite de le rappeler. o ■ o ARNAUD FLORAC














