
Par Aldric Meeschaert.

Ce bref article est paru hier, dans Le Figaro. A vrai dire, il n’appelle pas de commentaire. Sauf pour souligner que lorsque Macron traite quelqu’un de maboul, c’est à sa propre image qu’il renvoie immanquablement dans « l’opinion ». – JSF
Deux jours après les propos d’Emmanuel Macron regrettant « tous les mabouls » qui veulent « se fâcher avec l’Algérie », le sénateur LR Roger Karoutchi a interpellé Laurent NuÑez au Sénat, dénonçant une insulte là où il faudrait, selon lui, « respect » et « dignité ».

Une déclaration présidentielle qui n’en finit plus de faire réagir. Lundi 27 avril, en déplacement à l’hôpital de Lavelanet, dans l’Ariège, Emmanuel Macron a regretté « tous les mabouls » qui veulent « se fâcher avec l’Algérie ». Une saillie visant les partisans d’une ligne plus ferme avec Alger, immédiatement dénoncée par une partie de la classe politique, dont Bruno Retailleau, qui y a vu une attaque contre ceux qui, comme lui, réclament davantage de fermeté dans les relations franco-algériennes.
Deux jours plus tard, c’est dans l’hémicycle du Sénat que la formule est revenue en boomerang. Lors des questions d’actualité au gouvernement, le sénateur Les Républicains Roger Karoutchi a interpellé le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez d’une formule cinglante : «Monsieur le Ministre, dans le cadre des relations franco-algériennes, pouvez-vous nous donner votre définition du terme “maboule” ?»
Un dialogue «totalement assumé par le gouvernement»
Le ministre de l’Intérieur a choisi de ne pas répondre directement sur le mot employé par le chef de l’État, préférant replacer l’échange sur le terrain diplomatique et sécuritaire. «Je suis en poste comme ministre de l’Intérieur depuis six mois et demi. Et quand je suis arrivé, nous n’avions plus aucune relation avec l’Algérie, plus aucune relation sécuritaire, plus aucune relation migratoire», a-t-il rappelé, insistant sur «l’importance de la relation avec l’Algérie, et notamment en termes sécuritaires».
À lire aussi Macron critique les «mabouls» qui veulent «se fâcher avec l’Algérie», Retailleau réagit
Sans s’attarder sur la polémique sémantique, Laurent Nunez a également évoqué les dossiers les plus sensibles. «Je vous rappelle ce qui s’est passé avec Boualem Sansal , qui a été libéré», a-t-il indiqué, avant d’ajouter : «Évidemment que dans un coin de ma tête, et dans le coin de la tête de tout le gouvernement, nous avons la situation de Christophe Gleizes en tête, évidemment.» Un dialogue «exigeant», a-t-il insisté, mais «nécessaire» et «totalement assumé par le gouvernement».
« Alors fou ou lucide ? »
Roger Karoutchi, lui, n’a pas laissé passer. Né à Casablanca dans une famille juive pied-noir, le sénateur LR a répondu en convoquant l’arabe, l’hébreu et l’histoire. «Monsieur le ministre. “Maboul”, en arabe, ça veut dire fou», a-t-il lancé, avant de poursuivre : «Mais en langue hébraïque, livre de la Genèse, chapitre 6, verset 17, » hammaboul mayim”, c’est le déluge des eaux qui distingue la lucidité de Noé. Alors fou ou lucide ?» Le sénateur a ensuite égrené ses griefs contre le régime algérien. «Quand Christophe Gleizes est toujours prisonnier de manière injuste du régime algérien. Quand Kamel Daoud est condamné à plusieurs années de prison pour un livre qui ne circule même pas en Algérie», a-t-il dénoncé. Avant d’élargir son réquisitoire aux OQTF, aux accords de 1994 et aux accords franco-algériens de 1968, jugés «totalement déséquilibrés au détriment de la France».
« Monsieur le ministre, pouvez-vous nous donner votre définition du terme maboul ? » interroge @RKaroutchi. pic.twitter.com/bRtEoUajBF
— Les Républicains Sénat (@lesRep_Senat) April 29, 2026
Prenant soin de distinguer « le régime algérien » du « peuple algérien », Roger Karoutchi a accusé Alger de faire « en permanence tout feu, tout bois sur le rejet de la France pour conforter son pouvoir ». Puis, en contrepoint de l’expression présidentielle, il a conclu par une leçon de vocabulaire politique : « Et si on devait, au plus haut niveau de l’État, utiliser des mots en arabe, je préférerais sincèrement plutôt que “maboul”, qu’on utilise le très beau mot de “sharaf” qui veut dire respect, loyauté et qui a d’ailleurs son équivalent en hébreu, “kavod”, qui veut dire la même chose, respect, dignité, loyauté.» La chute, elle, visait directement le ton employé au sommet de l’État. « Et si on avait en plus le sentiment qu’on avait dans la vie publique française, le respect et la dignité, plutôt que l’insulte, tout irait mieux. » o ■oALDRIC MEESCHAERT












Natif d’Alger j’ai écrit un petit ouvrage de mémoire publié en 2023 et ai évoqué le massacre de la rue d’Isly à Alger le 26 mars 1962. Lors de la campagne pour l’élection présidentielle de 2022 le président sortant Emmanuel Macron qui recevait les représentants de rapatriés français df’Algérie s’exprima au micro le 26 janvier 2022 et dit » le massacre de la rue d’Isly à Alger en 1962 est impardonnable pour la République ».
Où sont les « mabouls » ?