
En 2025, les Afghans étaient la nationalité la plus représentée parmi les demandes d’asile dans l’UE

L’OEIL DE BRUXELLES – Des talibans à Bruxelles. La Commission européenne a annoncé son intention d’organiser prochainement des discussions avec des représentants talibans au sujet du renvoi de migrants vers l’Afghanistan. Une déclaration qui s’inscrit dans un durcissement de la politique migratoire européenne.
« La Commission européenne a annoncé lundi 11 mai à l’AFP son intention d’inviter prochainement des responsables talibans à Bruxelles« , informe France info. Au programme des futures discussions : « le renvoi de migrants vers l’Afghanistan« .

« Aucune date précise n’a encore été évoquée pour leur venue« , mais « de sources proches du dossier, une lettre va être envoyée de façon ‘imminente’ à Kaboul afin de fixer une date pour un rendez-vous dans la capitale belge » [RTBF].
« Cette visite, coordonnée avec la Suède, fait suite à deux déplacements de responsables européens en Afghanistan« , portant sur la question migratoire, précise La Libre. « L’idée est désormais de ‘poursuivre ces discussions’ au ‘niveau technique’ à Bruxelles« , explique un porte-parole de l’exécutif européen, cité par le média belge. « Cette confirmation met fin à plusieurs semaines de silence de la part de Bruxelles concernant [ce] projet de visite« , souligne Euractiv.

Durcissement de la politique migratoire européenne
« Portés par une volonté commune de durcir leurs politiques migratoires, une vingtaine de pays de l’UE cherchent des voies pour renvoyer des migrants – et, particulièrement, ceux condamnés par la justice – vers l’Afghanistan« , explique Le Soir. Dans une lettre envoyée en octobre 2025, plusieurs pays « ont exhorté l’UE à trouver des moyens diplomatiques et concrets pour faire avancer ce dossier« , rappelle France 24. « ‘C’est dans ce contexte’ qu’une visite a eu lieu à Kaboul, en janvier » dernier, explique un porte-parole de la Commission cité par France info.
« En 2025, les Afghans étaient encore – de loin – la nationalité la plus représentée parmi les demandes d’asile dans l’UE« , relève Le Monde. « Les pays de l’UE ont reçu environ un million de demandes d’asile déposées par des Afghans entre 2013 et 2024. Environ la moitié […] ont été acceptées au cours de cette période« , précise France 24.

« Mais après avoir accompagné des centaines de milliers d’entre eux durant la guerre qui a déchiré leur pays pendant des décennies, l’Europe met désormais un frein à l’accueil« , ajoute Le Monde.
« Pionnière en la matière, l’Allemagne a déjà brisé ce tabou en procédant, depuis 2024, à l’expulsion groupée d’une centaine d’Afghans, qui avaient tous été condamnés par la justice, par des vols charters facilités par le Qatar« , poursuit le journal du soir, qui contextualise : « plusieurs attaques perpétrées par des Afghans, dont une à la voiture bélier en 2025, ont eu un retentissement médiatique très fort dans le pays« .
« L’Autriche lui a depuis emboîté le pas. Et a reçu mi-septembre une délégation de représentants talibans, à Vienne. Nombre d’autres États membres de l’UE, dont la Belgique ou la Suède, cherchent désormais à suivre ces exemples, vivement plébiscités par les partisans d’une ligne migratoire plus ferme » [Le Soir].

L’Afghanistan, en proie à une crise humanitaire
« Ces visites posent toutefois une avalanche de questions pratiques et éthiques« , s’alarme la RTBF. D’abord parce qu’elles « impliquent de dialoguer avec les responsables talibans, au pouvoir depuis 2021, mais que l’Union européenne ne reconnaît pas officiellement« , note le média belge. Pour entrer en Belgique, pays hôte des institutions européennes, « ces responsables talibans devraient se voir accorder des exemptions, ce que les autorités belges seraient, en théorie, prêtes à faire » [La Libre].

Cette campagne de rapatriement suscite de « vives critiques de la part des ONG et de la gauche politique » [France 24]. « Renvoyer des Afghans dans un pays où près de la moitié de la population ne parvient pas à se nourrir n’est pas une politique migratoire, c’est une décision qui pourrait coûter des vies« , a alerté Lisa Owen de l’ONG International Rescue Committee, citée par France 24.
« D’autres associations de protection des migrants craignent que ce déplacement à Bruxelles permette aux responsables talibans d’identifier certaines personnes qu’ils veulent renvoyer en Afghanistan, au risque de mettre leurs droits fondamentaux en péril« , indique Le Monde.

« Plusieurs sources diplomatiques sollicitées par l’AFP rétorquent que cette visite sert avant toute chose à régler des détails d’ordre pratique » [Le Soir]. Lors de leurs déplacements en Afghanistan, les Européens s’étaient ainsi « renseignés sur la capacité d’accueil de l’aéroport de Kaboul, ou d’autres détails techniques, selon des sources proches des discussions« . o■ o J.-P. S.











