
Par la rédaction de Front Populaire.
COMMENTAIRE — Force est de constater que, nonobstant la montée des opinions hostiles dans presque tous les pays du continent, la technostructure de Bruxelles conserve intégralement ses ambitions activistes en vue de mettre en place un réel pouvoir supranational. Bien au contraire, chaque crise, de quelque ordre qu’elle soit, lui sert d’occasion et de prétexte pour accroître encore ses prérogatives, avec l’aval des dirigeants nationaux. L’entreprise, pour contraire qu’elle soit à un véritable esprit européen, n’en conserve pas moins ses attraits pour certains. Dont le pape Léon XIV lui-même, qui devrait, dit-on, lors de son voyage de septembre en France, rendre un hommage tout particulier à la mémoire de Robert Schuman. Le Souverain Pontife marquera-t-il les réserves qui s’imposent quant à la réalité de cette entreprise, sept décennies après ses débuts ? Voudra-t-il rappeler le respect dû aux nations historiques, auxquelles on oppose en fait un mondialisme matérialiste et affairiste, indigne de leur Tradition commune, comme ne cesse de le rappeler avec force le philosophe catholique Pierre Manent ? Cet article, paru le 21 mai dans Front populaire, nous conduit à envisager avec gravité ces questions existentielles. — Je suis Français.
ARTICLE. Jean-Claude Trichet veut en finir avec la politique des petits pas. Fidèle à sa religion de l’intégration, l’ancien président français de la Banque centrale européenne (BCE) réclame une « union fédérale de l’Europe » et une intégration politique beaucoup plus poussée.
C’est devenu une manie chez les européistes : après Mario Draghi, un autre ancien président de la BCE se voit consulté, tel un oracle, concernant l’avenir de l’UE. À 83 ans, le Français Jean-Claude Trichet a reçu le prix du Mérite européen, ce mardi à Strasbourg. Avec l’ancienne chancelière allemand Angela Merkel, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, la présidente moldave Maia Sandu et quelques autres, le haut fonctionnaire français a fait partie des lauréats de cette première édition de l’ordre européen du Mérite, présidée par les présidentes de la Commission et du Parlement, Ursula von der Leyen et Roberta Metsola. C’est à l’occasion de cette grand-messe de l’eurocratie que Le Point a pu interroger Jean-Claude Trichet sur l’avenir politique du Vieux-Continent.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’octogénaire ne se paie pas de mots : « On a besoin d’une union fédérale de l’Europe », lâche-t-il. Sinon, c’est la vassalisation qui nous attend. Sujétion aux États-Unis d’une part, puis à la Russie, « ce qui serait la pire des choses ». Doit-on en conclure qu’il considère la vassalisation à Washington comme un moindre mal ? En tout cas, c’est bien simple. Pour Trichet, la cause du mal, c’est qu’il n’y a pas encore assez d’Europe. Malgré l’euro, « on n’a pas de marché unique des banques commerciales, on n’a pas de marché unique des capitaux, on n’a pas de marché unique des télécommunications, on n’a pas de marché unique des grandes plateformes digitales. D’ailleurs, nous n’avons même pas de grandes plateformes digitales », déplore le technocrate. En somme, l’union politique n’est pas allée assez loin selon lui.
« Ce n’est pas du tout démocratique. Mais c’est comme ça qu’on arrive à créer une fédération »
Preuve en est, selon lui, le milieu des entreprises : « Le pays X ne veut pas que sa banque soit rachetée par une banque du pays Y. On le vit tous les jours », dénonce-t-il en référence à la banque italienne Unicredit qui a échoué à racheter la Commerzbank allemande à cause du blocage de Berlin. Résultat des courses : aucun succès industriel n’est imputable à l’UE. Ou plutôt, affirme Jean-Claude Trichet : « Il n’y en a qu’un : Airbus. Numéro un mondial de l’aviation civile. Mais il n’y en a pas d’autre. Et pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas de marché unique », conclut-il. Sauf que le fameux « champion européen » de l’aviation, dont il a été administrateur pendant cinq ans, ne doit en rien son succès à l’Union européenne, mais à une coopération politique et financière d’État à État. À l’inverse, les projets de coopération industrielle européens sabotés par l’appareil Bruxellois ne manquent pas. On se souvient notamment du veto de la Commission européenne à la fusion du français Alstom et de l’allemand Siemens… au nom du droit de la concurrence européen.
Pour Trichet, le contexte géopolitique est un terrain favorable à une intégration européenne par le prisme de la défense. Pour avoir l’armée unique dont il rêve, il faut une diplomatie unique, qui nécessite de savoir « quelles sont nos analyses géostratégiques, sinon ça ne sert à rien ». Selon lui, il faudrait aussi un « ministre des finances de la zone euro » – proposition qui date de 2011 et que même Emmanuel Macron a fini par abandonner – et la possibilité « d’activation d’une fédération par exception ». Concrètement, il faudrait, selon l’ancien patron de la BCE de 2003 à 2011, qu’en cas de crise de la zone euro, « le Parlement européen ait le dernier mot dans les cas où il y aurait désaccord entre un pays et les institutions européennes, Commission et Conseil ». Problème : les « petits États » ne seront pas d’accord. Mais Trichet a une solution, qui lui vient tout droit d’outre-Atlantique : « C’est le problème de toute fédération. Les États-Unis l’ont résolu par un Sénat où chaque État, grand ou petit, dispose de deux sénateurs. Ce n’est pas du tout démocratique. Mais c’est comme ça qu’on arrive à créer une fédération avec l’accord de l’ensemble de ses parties. » Et de conclure : « Rien n’est jamais terminé, jamais terminé. » L’appétit fédéraliste de l’eurocratie n’a décidément aucune limite.o ■o F.P.












