
Selon un sondage publié par Yougov, 55 % des Britanniques souhaiteraient faire marche arrière et réintégrer l’Union européenne

L’OEIL DE BRUXELLES – Dix ans après le référendum historique de 2016, le spectre du Brexit hante de nouveau la vie politique britannique et divise le Parti travailliste du Premier ministre Keir Starmer, déjà fragilisé. Pour effectuer un hypothétique retour au sein de l’Union européenne, Londres devra renoncer à ses privilèges historiques.

« Le Brexit revient au cœur de la vie politique britannique, sur fond de crise interne au sein du Parti travailliste et de recomposition du paysage électoral face à la montée de [la formation d’extrême droite] Reform UK », souligne La Tribune. Dix ans après le vote des Britanniques en faveur d’un départ du Royaume-Uni de l’Union européenne, le sujet « a repris le centre du débat » mais reste « un vrai tabou » [RFI].
. »La séquence a été déclenchée par la sortie de l’ex-ministre de la Santé Wes Streeting, désormais candidat potentiel à la succession [du Premier ministre Keir] Starmer« , rapporte La Tribune. Après avoir qualifié le Brexit d' »erreur catastrophique », « Wes Streeting a fait valoir ce week-end que le Royaume-Uni devrait réintégrer l’Union européenne à l’avenir », complète The Guardian.
L’ancien ministre de la Santé ne cache pas son envie de remplacer Keir Starmer à la tête du pays, d’autant que celui-ci est particulièrement fragilisé après un revers subi lors des dernières élections locales. « La crise est d’autant plus visible au Royaume-Uni post-Brexit, qui avec cinq chefs de gouvernement en six ans change aussi souvent de Premier ministre que Chelsea d’entraîneur. Il ne reste que Larry, le chat de Downing Street, pour assurer un semblant de stabilité« , ironise The Economist, relayé par Courrier international.

L’ambivalence du Parti travailliste sur le Brexit
« Pour certains observateurs, cette offensive vise aussi à compliquer la trajectoire d’autres prétendants« , explique La Tribune. Les propos de Wes Streeting « ont ravivé des dissensions sur l’Europe, restées longtemps en sommeil, au sein de la direction du Parti travailliste au pouvoir » [The Guardian].
Le quotidien britannique rappelle qu' »Andy Burnham, maire du Grand Manchester, qui brigue un retour à Westminster pour défier le Premier ministre, a déjà déclaré qu’il souhaitait que la Grande-Bretagne réintègre l’Union européenne de son vivant. Il a toutefois précisé lundi qu’il ne tenterait pas de concrétiser ce projet s’il devenait Premier ministre à court terme« .
Quant à Keir Starmer, sa position sur l’UE « a déjà évolué à plusieurs reprises« , note Politico. Le média rappelle que l’actuel Premier ministre avait défendu, en 2019, « la libre circulation des personnes« , avant d’en faire « une ligne rouge, au même titre que le refus de rester dans l’union douanière et le marché unique de l’UE« . « Une fois au pouvoir, il a incontestablement encore changé de cap, faisant d’un rapprochement avec l’Europe l’un des traits marquants de son mandat de Premier ministre« .

Pour le Financial Times, « l’attitude du Parti travailliste vis-à-vis du Brexit est comparable à celle du pays envers l’Église« . « Oui, la plupart des gens marmonneront qu’ils essaient de mener une vie vaguement chrétienne, mais très peu sont suffisamment engagés pour aller à l’église le dimanche. Il en va de même pour le Parti travailliste et l’UE« .
La presse française s’amuse à penser que ce trait de caractère est propre aux Britanniques dans leur ensemble. « Les Anglais ont toujours eu un rapport compliqué avec l’Union européenne. Ils ont toujours voulu en faire partie, et en même temps, ils ont passé tout leur temps à s’en plaindre. Un ‘je t’aime moi non plus’ perpétuel« , résume RMC.
Bruxelles ne fera pas de traitement de faveur

Interrogé par The Guardian, Georg Riekeles estime que la situation a bien changé depuis le référendum de 2016 lors duquel les Britanniques ont voté en faveur du « leave ». « Le monde du Brexit n’existe plus« , explique-il, faisant allusion « au militarisme russe, à la coercition économique chinoise et à la politique ‘America first’ de Donald Trump« . « Je pense que toute personne sensée devrait comprendre que le Royaume-Uni et l’UE font partie du même espace stratégique« , ajoute-t-il.
Mais « pour beaucoup à Bruxelles, pour véritablement progresser dans ce rapprochement avec l’UE, le Royaume-Uni devra abandonner ses lignes rouges actuelles – sur les relations économiques et commerciales ou sur les normes agricoles par exemple« , avance RFI. L’ancien commissaire européen britannique entre 2016 et 2019, Julian King, estime également que « la porte est ouverte, mais [qu’il] ne faut pas s’attendre à une offre spéciale » similaire aux exceptions dont bénéficiait le pays avant son départ [The Telegraph].

Symbole de cette perte de privilèges, le Royaume-Uni devrait renoncer définitivement au fameux rabais budgétaire obtenu autrefois par Margaret Thatcher. Par conséquent, le Royaume-Uni « devrait payer au moins 5 milliards de livres sterling de plus par an pour son adhésion qu’avant le Brexit« , selon Julian King [The Telegraph]. Et ce n’est pas tout. En plus de cette ristourne budgétaire, « le Royaume-Uni bénéficiait [durant ses 47 ans d’appartenance à l’UE] de dérogations concernant l’adhésion à l’euro, à l’espace Schengen à la politique d’asile« , poursuit le journal britannique.
Georg Riekeles estime que les États membres pourraient donc accueillir une nouvelle demande d’adhésion du Royaume-Uni de manière « très chaleureuse« , mais aussi « très ferme« . En d’autres termes : « le prix à payer pour une réintégration serait une adhésion à des conditions normales« .o■ o J.-P. S.











