
Par Jean-marie Le méné, Pascale Morinière et Emmanuel Belluteau.

Cette tribune est parue dans Le Figaro il y a deux jours. Nous n’y ajouterons pas de commentaire. Seulement ceci : ceux qui ont suivi presque in extenso, comme le rédacteur de ces lignes, le voyage du Saint-Père en Espagne ont pu mesurer que Léon XIV n’hésite pas à affirmer, sur ce sujet, ses positions fermes en des termes clairs et nets, presque provocateurs, comme ce fut le cas devant les Cortès, à Madrid. Et cette assemblée, y compris sa majorité progressiste, lui a réservé, debout, une interminable ovation. Macron aura une tâche difficile s’il entend, commer on peut le supposer, instrumentaliser la visite pontificale.
TRIBUNE – Derrière le vote sur la fin de vie le 15 juillet, se cache une raison peu avouée, expliquent les présidents de trois associations : la venue du pape Léon XIV fin septembre. Selon eux, le président de la République veut une photo parfaite à Notre-Dame, quitte à faire passer une loi civilisationnelle à la va-vite.
Pascale Morinière est présidente de la Confédération des associations familiales catholiques.
Jean-Marie Le Méné est président de la Fondation Jérôme Lejeune.
Emmanuel Belluteau est président de la Fondation OCH (Office chrétien des personnes handicapées).
Il existe un mot pour qualifier ce que la France s’apprête à voter le 15 juillet : l’inversion des valeurs. Donner la mort s’appellerait «prendre soin» ; abandonner, se dirait «accompagner» ; le médecin qui guérit deviendrait celui qui injecte ; et l’interdit de tuer, socle de toute civilisation, se muerait en «ultime liberté». Le quinquennat qui s’achève incarne parfaitement cette inversion. Après avoir légalisé la PMA sans père, inscrit l’avortement dans la Constitution, le président de la République veut désormais graver l’euthanasie au fronton de son bilan.
On nous répète que cette loi répond à une demande populaire. C’est l’inverse : plus les Français connaissent le sujet, plus ils le rejettent. En deuxième lecture, de très nombreux députés ont changé de camp. Cette «attente» a été manufacturée. L’audiovisuel public, financé par tous, s’est mué en outil de propagande : documentaires et fictions à thèse, héroïsation des candidats à l’euthanasie, plateaux peuplés de militants de l’«aide à mourir», opposants à peine conviés et jamais écoutés. Une poignée de militants a décrété le sens de l’Histoire, puis disqualifié ceux qui résistaient. Jamais ces militants ne paient le prix de leurs idées ; ceux qui le paieront seront les vieillards, les malades, les personnes handicapées, les personnes dépressives. Quant aux mutuelles, ferventes partisanes de cette «avancée», elles y réaliseraient de substantielles économies. Un enthousiasme qui aurait dû mettre la puce à l’oreille.
Instrumentaliser la venue de l’évêque de Rome afin de valoriser un président qui viendra de promulguer une loi autorisant l’euthanasie : il n’est pas d’inversion plus achevée.
Reste le ressort le moins connu. Du 25 au 28 septembre, le pape Léon XIV effectuera une visite d’État en France, avec un passage attendu à Notre-Dame de Paris relevée en cinq ans. Emmanuel Macron, qui a personnellement appuyé l’invitation au Vatican, rêve déjà de l’image : lui et le Saint-Père sous les voûtes de la cathédrale ressuscitée. Un obstacle gêne ce tableau : pour le chef de l’Église catholique, figure morale reconnue et respectée au-delà même du cercle des croyants, l’euthanasie est une atteinte gravissime à la dignité de l’Homme. Recevoir le pape tout en faisant voter la mort serait intenable, sauf à classer le dossier avant son arrivée. Voilà ce que peu voient : la visite de septembre a contribué à précipiter le calendrier parlementaire. Solder l’euthanasie en juillet, pour que septembre ne soit qu’une belle carte postale, sans ombre au tableau. Instrumentaliser la venue de l’évêque de Rome afin de valoriser un président qui viendra de promulguer une loi autorisant l’euthanasie : il n’est pas d’inversion plus achevée.
Le reste se négocie. Pour «apaiser» et permettre que le texte «aille jusqu’au bout» (les mots sont d’un rapporteur), le gouvernement s’apprête à retirer le délit d’entrave, disposition pénale contestée. Peut-être lâchera-t-il aussi, fin juin, une «clause de conscience d’établissement», pour contenter une partie des opposants. Peu importent les concessions : du moment que la digue cède et que l’interdit tombe ! Le Sénat a rejeté le texte deux fois ; la commission mixte paritaire a constaté le désaccord. Qu’importe : usant de la faculté que lui ouvre l’article 45, le gouvernement choisirait de donner le dernier mot aux députés, et le vote tomberait la veille des vacances, quand le pays regarde ailleurs. Tout serait légal. Rien ne serait légitime. Car la régularité d’une procédure n’a jamais prouvé la justice d’une loi.
Autre mécanisme de l’inversion, la mort érigée en «soin». On cesserait de demander les raisons profondes de ceux qui la réclament. Le vieillard qui se sent «de trop», le malade qui craint de coûter, le dépressif qu’on n’a pas écouté : tous rangés dans la même case, «personne autonome exerçant son droit». Voilà l’inversion ultime : la médecine, née pour protéger les plus fragiles, offrirait la mort au plus fragile de tous, celui dont la demande de mourir était d’abord un appel à être considéré et encouragé à vivre. À cet appel, on aurait répondu par la mort.
Tout reste possible. Le premier ministre ne serait pas favorable à cette proposition de loi. D’après la constitution, c’est lui qui décide s’il donne le dernier mot à l’Assemblée. L’enjeu est civilisationnel. Nous l’appelons à ne pas passer outre le vote des sénateurs et à ne pas donner, par son silence, le dernier mot à l’Assemblée. Et nous appelons chaque Français à interpeller son député. Une société se juge à la manière dont elle prend soin de ses plus vulnérables. La nôtre s’apprête à détourner les yeux. Empêchons-la. o■












Je me souviens que Pierre Boutang lançait contre Valéry Giscard d’Estaing, qu’il détestait, l’accusation, de fond de vouloir inoculer aux classes populaires les vices de la grande bourgeoisie d’argent.
On pourrait en dire autant d’Emmanuel Macron. Mais là, il s’agit d’inoculer d’autres vices : les siens qui sont ceux de la dépravation des mœurs érigée en principe de progrès.