
Par Mathieu Bock-Côté.
COMMENTAIRE JSF — Cette chronique est parue dans Le Figaro de ce samedi 4 juillet. Il nous faut nous répéter : les titres et les chapeaux du Figaro sont des édulcorants. Mais les visées du texte de Mathieu Bock-Côté sont claires, sans qu’il soit besoin de les énumérer. On pourra dire qu’il s’agit d’une simple défense du R.N. Ce serait court. Il s’agit, selon nous, de bien davantage. Il s’agit d’une remise en cause globale — idéologique et systémique — de la caste « centriste » au pouvoir, euromondialiste, et de ses dérives tyranniques, de plus en plus ouvertement et clairement dirigées contre les libertés, à la fois nationales, historiques, collectives et individuelles. Est-ce là enfoncer des portes ouvertes ? Pour nous, sans doute, dans nos cercles restreints. Pour tout le monde ? Nous aimerions qu’elles le soient, qu’elles le deviennent toujours davantage. Ce n’est pas encore gagné ! — JSF
CHRONIQUE – Mardi, le parquet européen a mené des perquisitions dans le cadre d’une enquête pour détournement de fonds visant l’ancien groupe Identité et démocratie, auquel appartenait le RN au Parlement européen. Faut-il y voir une nouvelle preuve de l’acharnement judiciaire contre le parti de Marine Le Pen ?

Les perquisitions annoncées cette semaine contre le Rassemblement national et ceux qui évoluent dans son écosystème ne surprennent pas vraiment. Non seulement parce que la présidentielle est la saison des coups fourrés, mais aussi, parce que l’acharnement judiciaire contre le camp national ne date pas d’hier et qu’il ne pouvait que s’accélérer à un moment où il semble avoir de bonnes chances de l’emporter. Le régime, pris d’effroi, prend les grands moyens.
On parle de possibles détournements de fonds. On a pourtant compris depuis longtemps que le Parlement européen cherche, à travers le financement des partis, à domestiquer ces derniers, à se donner une emprise sur eux, ce qui lui permet, ensuite, de soutenir que tel ou tel parti, généralement ceux qui pensent mal, a détourné des fonds, c’est-à-dire, qu’il n’en a pas fait l’usage précis auquel les destine le Parlement européen. Le Parlement européen a pour vocation de dénationaliser la vie politique des partis en les absorbant dans un espace parlementaire nouveau, censé concrétiser la promesse d’une vie démocratique continentale.
On nous dira assurément que la justice est indépendante, qu’elle suit son cours, qu’elle est étrangère aux calculs politiques. Certes. Mais elle est aussi orientée idéologiquement et marquée par une sociologie qui est celle de la classe au pouvoir. Et à l’échelle de l’histoire, à travers une rationalité et une méthode qui lui est propre, elle est devenue un des instruments privilégiés pour mater la révolte des peuples européens ou, pour le dire plus sobrement, celle des mouvements « nationaux-populistes » et « nationaux-conservateurs ».
Au nom de la souveraineté nationale
Tant qu’on était assuré de pouvoir les vaincre dans le cadre électoral classique, il n’était pas nécessaire d’en arriver là. Le pluralisme était toléré dans la mesure où il ne risquait pas d’entraîner la victoire de partis « extrêmes », décrétés illégitimes. L’alternance était organisée à l’intérieur d’un système partisan où des formations politiques cultivant des différences importantes, mais pas fondamentales, s’opposaient sans se combattre frontalement. C’est ce groupe historique, désormais minoritaire dans la population, qu’on appelle désormais « bloc central ». C’est l’expression politique de la technostructure.
Il n’est pas inconsistant idéologiquement : le centrisme autoritaire, comme on l’appelle souvent, ou l’extrême centre, est d’abord l’héritier de l’idéologie mondialiste de 1989 et s’entête à croire notamment aux vertus de l’immigration massive et du multiculturalisme, même s’il préfère l’appeler vivre-ensemble. Il croit au gouvernement des juges. Il considère aussi que la souveraineté nationale est réactionnaire et fait encore de la construction européenne l’horizon indépassable de notre temps.
Surtout, la théorie de l’ingérence étrangère permettra, demain, d’annuler les élections dont le résultat serait désagréable au système : on appellera cela la « jurisprudence roumaine ».
Ce qui ne l’empêche pas de s’improviser soudainement patriote quand vient le temps de mater l’opposition, encore une fois, en laissant croire que son désaccord avec le bloc central serait le fruit d’une ingérence étrangère. Non pas que cette dernière soit inexistante, mais elle ne saurait suffire à expliquer la fracture de sociétés qui souffrent d’abord des choix imposés par le régime diversitaire depuis une quarantaine d’années.
Surtout, la théorie de l’ingérence étrangère permettra, demain, d’annuler les élections dont le résultat serait désagréable au système : on appellera cela la « jurisprudence roumaine ». C’est dans la même logique qu’on veut désormais interdire le financement des campagnes électorales par les banques étrangères – au nom de la souveraineté nationale, encore une fois, en omettant de rappeler que les banques nationales rechignent souvent à financer les partis de l’opposition.
Le contrôle des institutions
Le système se verrouille. Les nominations se multiplient pour s’assurer que si le bloc central perd le gouvernement, il conserve néanmoins le pouvoir sur l’État profond. Ce dernier prépare aussi des lois pour frapper d’interdit idéologique l’opposition en envisageant même de la bannir juridiquement, cette fois au nom de la lutte contre le « racisme ». Il rêve aussi de reprendre le contrôle du récit médiatique en réprimant les médias rebelles.
À l’échelle de l’histoire, on dira que le bloc central, partout, a décrété l’état d’exception, qui consiste à suspendre les conditions ordinaires de la vie politique pour sauver l’ordre politique lui-même – pour sauver, désormais, la démocratie et l’État de droit. Cette rhétorique, probablement sincère, permet aussi à une caste, une nomenklatura, de préserver un mode de vie privilégié et le contrôle des institutions à travers lesquelles elle circule et fait carrière.
On en revient aux perquisitions contre l’écosystème RN. Une justice à bien des égards politique a déjà permis de déstabiliser l’élection présidentielle en éliminant probablement Marine Le Pen – on aura le dernier mot de cette histoire la semaine prochaine. Elle frappe désormais Jordan Bardella. Un régime pour mater une rébellion, s’en donne les moyens, ce qui n’est pas vraiment surprenant. Que les insurgés s’en étonnent serait plus inquiétant.o ■ o MATHIEU BOCK-CÖTÉ

Les Deux Occidents, Mathieu Bock-Côté, La Cité, 288 p., 22 €. sdp











