
Par Pierre Marcellesi.
Cet article d’un vrai et excellent connaisseur du cinéma est paru le 30 juin, dans Boulevard Voltaire. On le lira avec intérêt, ce dimanche, jour où JSF a toujours parlé de films, anciens ou en salles. — Je Suis Français
« Il serait d’autant plus dommage de passer à côté de ce diptyque que les défauts de la première partie ont clairement été corrigés dans la seconde ».

Prévue initialement le vendredi 3 juillet, soit un mois jour pour jour après la première partie du diptyque, la sortie en salles de La Bataille de Gaulle – J’écris ton nom a finalement été avancée d’une semaine. Une stratégie pleine de bon sens qui permet au film d’Antonin Baudry d’être visible pendant les trois jours de la fête du Cinéma et d’inciter le public encore hésitant à bien vouloir donner une chance aux deux longs-métrages, le premier enregistrant jusqu’à présent des scores insuffisants au box-office au regard de son budget colossal de 37 millions d’euros… Déception de taille pour un récit épique censé fédérer l’ensemble des Français encore attachés à leur Histoire.
Il serait d’autant plus dommage de passer à côté de ce diptyque que les défauts de la première partie ont clairement été corrigés dans la seconde.
De Gaulle contre Giraud
Largement consacré à l’unification de l’effort de guerre français auprès des Alliés et à celle des mouvements de résistance, J’écris ton nom, en référence au poème de Paul Éluard sur la liberté, démarre en 1943 avec l’offensive, au Fezzan, du général Leclerc et prend fin avec la cérémonie du 11 novembre 1944, trois mois après la Libération, durant laquelle de Gaulle et Churchill se recueillirent devant la tombe du Soldat inconnu.
Alors que l’amiral Darlan était la figure antagoniste du premier film, le général Giraud lui succède dans le mauvais rôle, incarnant cette résistance tardive et opportuniste, revenue du vichysme, qui, pour complaire aux Américains, pourchasse les gaullistes à Alger. Soutenu par 400.000 soldats, contre seulement 13.000 pour de Gaulle, Giraud apparaît aux yeux de Roosevelt comme le seul véritable interlocuteur des troupes françaises, celui sur lequel l’Oncle Sam peut exercer son contrôle…
Plus méfiant, en effet, à l’égard des projets anglo-saxons, indomptable, le chef de la France libre peut heureusement compter sur Jean Moulin, qui créera non sans difficultés, au cours du récit, le Conseil national de la Résistance, et sur le général Leclerc, qui se bat sur le terrain avec ses hommes – la bataille de la ligne de Mareth, qu’il dirige avec force contre des panzers allemands, est un sommet de bravoure patriotique qui rappelle celle de Bir Hakeim, menée dans le premier film par le général Kœnig.
Un discours souverainiste
Là où la première partie de La Bataille de Gaulle semblait hésiter entre plusieurs positionnements et naviguer maladroitement entre les genres, J’écris ton nom assume l’épique, la solennité.
À ce sujet — Cinéma – La Bataille de Gaulle, une première partie qui peine à convaincre
Plus politique, également, le film clame haut et fort l’importance de défendre la souveraineté française, un étendard porté par de Gaulle qui lui permet de dénoncer l’ingérence américaine dans la politique française et de gagner, en conséquence, l’ascendant sur son adversaire, le général Giraud, au cours d’un vote à main levée du Comité français de libération nationale (CFLN).
Consciencieux (orgueilleux ?), le réalisateur élude volontairement le débarquement américain en Normandie dont de Gaulle fut lamentablement écarté et dont on nous a suffisamment rebattu les oreilles au cinéma, et préfère rappeler au spectateur les sombres projets de Roosevelt pour notre pays : amputer la France de l’Alsace-Lorraine et d’une partie du nord, imposer des préfets américains et britanniques dans les départements (!) et instaurer une nouvelle monnaie d’occupation…
Dans le bras de fer qui oppose le Général au président des États-Unis, le Britannique Winston Churchill, matois et débonnaire, fascine par sa capacité à jouer sur les deux tableaux en fonction des « dividendes » que pourra en tirer son peuple. Comme quoi, les intérêts nationaux sont des réalités dont il faut savoir tenir compte. Pour une fois que le cinéma le reconnaît…o ■oPIERRE MARCELLESI
4,5 étoiles sur 5.
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l’Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l’Université de Paris Nanterre













